Ermenonville – Le parc Jean Jacques Rousseau

Historique

Si le Parc Jean-Jacques Rousseau ne représente aujourd’hui qu’une fraction des jardins paysagers de la famille Girardin, sa partie méridionale n’en demeure pas moins le témoin conséquent de la période charnière qui marque l’avènement du siècle des Lumières et annonce la fin de l’Ancien Régime. Devenu une référence incontournable de l’art des jardins, le Parc Rousseau incarne le basculement d’une vision nouvelle de la société tant par les idées que par sa conception paysagère des jardins qui renouvèle l’histoire du paysage.

Dessiné sur soixante-trois hectares, le Parc Jean-Jacques Rousseau est intimement lié à la peinture de paysages et inspiré, pour sa composition, par des œuvres de peintres majeurs comme Claude Le Lorrain, (vers 1600-1682), Nicolas Poussin (1594-1665), Salvador Rosa (1615- 1673) ou encore Francisco Zuccarelli (1702-1788), et par les idées « naturalistes » de Jean-Jacques Rousseau.

Au gré de la promenade, le jardin se révèle et donne à lire une succession de tableaux dans une nature célébrée comme sauvage, dépourvue de limites visuelles grâce notamment aux « ha ! ha ! », fossés que Charles Bridgman initie sur une grande étendue à Stowe (Angleterre) et que le paysagiste William Kent popularise ensuite. Comme l’analyse avec raison l’historien d’art Daniel Arasse, la construction paysagère imaginée par René-Louis de Girardin met en évidence l’importance du détail et une double promenade, celle des yeux et celle des jambes. Au gré de son agencement et des monuments qui en rythment la composition, le jardin propose non seulement une promenade des sens mais aussi de l’esprit, en donnant à lire une page essentielle de l’Histoire de France, avec l’esprit des Lumières comme fil conducteur.

De 1766 à 1776, le marquis de Girardin rompt avec l’ordre classique et fait du domaine d’Ermenonville, un univers intimiste et sensible où se dessinerait un « jardin de la nature ». Influencé tant par ses visites des jardins italiens et anglais comme celui de Leasowes près de Birmingham (Royaume Uni), que par une éducation humaniste et un goût pour la poésie, Girardin se fait conseiller, dans son entreprise inédite, par le peintre Hubert Robert (1733-1808) et l’architecte paysagiste Jean-Marie Morel (1728-1810). Réagissant avec véhémence aux principes de Le Nôtre et du jardin à la française, le marquis fait du « marais » d’Ermenonville un lac, un « élément de nature » où l’eau ne joue pas seulement le rôle de miroir : elle accueille la faune et la flore, elle place la vie au-devant de la forme (1763).

Dans un traité demeuré célèbre, Girardin recommande : « Ce n’est ni en architecte, ni en jardinier, mais en poète et en peintre qu’il faut composer des paysages ». Le Temple de la Philosophie moderne dédié à Montaigne, le Cénotaphe de Rousseau, les multiples écritures poétiques et citations gravées, les fabriques, ces petits monuments symboliques agrémentant le parcours, témoignent de l’engouement du siècle pour les arts et tous les domaines de la connaissance. Son hôte célèbre, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), y passe les dernières semaines de sa vie avant d’être inhumé sur l’Ile des Peupliers, qui devient rapidement une icône reproduite en de nombreux pays. Le « voyage à Ermenonville » s’instaure dès 1777, prenant la forme d’un pèlerinage, où se succédèrent d’illustres visiteurs comme l’empereur Joseph II d’Autriche et la reine Marie Antoinette, Danton et Robespierre, Bonaparte, Madame de Staël, suivis par toute la génération des Romantiques.

Au même titre que les jardins de Versailles donnent à lire la Monarchie et ses valeurs, Ermenonville complète cette « Histoire de France en jardins », en marquant le glissement du siècle des Lumières vers la Révolution française, tout en annonçant le 19e siècle des Romantiques.

Le jardin et ses fabriques, restaurés par le Département de l’Oise en 2011 et 2012, ont conduit la Commission nationale des centres culturels de rencontre à labelliser en 20l2 le Parc Jean-Jacques Rousseau, Centre culturel de rencontre. De nos jours, le Centre culturel implanté sur site ravive l’esprit du créateur et prolonge l’héritage multiforme et passionnant de ce lieu, avec une programmation culturelle généreuse et variée.

Pour en savoir plus : http://www.oise.fr/parc-rousseau/

Ermenonville : le parc Jean-Jacques Rousseau 

Fabriques subsistant
au moins en partie
(numéros rouges):

1 – cascade
2 – grotte des naïades
3 – banc de la Reine
4 – colonne de pierre
5 – glacière
6 – tombe de Mayer
7 – table des mères
8 – tombeau de Jean-Jacques Rousseau
9 – emplacment du kiosque rustique (?)
10 – grotte préhistorique
11 – tombe de l’inconnu
12 – temple de la philosophie moderne
13 – autel de la rêverie
14 – banc des vieillards
15 – dolmen
16 – jeu d’arc
17 – pont de la brasserie
18 – le gouffre
19 – prairie arcadienne

Ainsi que :
20 – borne de l’entrée

plan du parc Jean-Jacques Rousseau avec ses fabriques

Autres éléments :
(numéros noirs) :

21 – embarcadère
(du XIXème siècle)
22 – île des Peupliers
23 – ponts
24 – château d’eau
E – entrée du parc

Fabriques disparues :
(numéros bleus) :

25 – l’archipel
26 – cabane de Philémon et Beaucis
27 – grotte du berger
28 – l’ermitage
29 – obélisque
30 – souterrain
31 – grotte de Thomson
32 – brasserie
33 – saule de la romance

Ainsi que :
34 – maison où mourut Rousseau
35 – cénotaphe de Girardin

Nota :     1) la forme des étangs a sensiblement évolué, j’indique le tracé actuel.
2) l’emplacement indiqué pour les fabriques détruites est approximatif. Il est repris de C. Samaran,
avec les redressements nécessaires pour corriger les distorsions topographiques du plan joint à sa description
3) je n’ai pas signalé les très nombreux arbres remarquables.

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