Lettres à Sara

Texte établi d’après le manuscrit de la BPUN (MsR 9)

L’édition critique est publiée dans le Bulletin de l’Association Jean-Jacques Rousseau,

n° 53, 1999 (ISSN 1423 – 1018)


Le Barbon amoureux ou  Lettres à Sara

Jam nec Spes animi credula mutui.

————

On comprendra sans peine comment une espéce de défi a pu faire écrire ces quatre lettres. On demandoit si un amant d’un demi-siécle pouvoit ne pas faire rire. Il m’a semblé qu’on pouvoit se laisser surprendre à tout age, qu’un Barbon pouvoit même écrire jusqu’à quatre lettres d’amour, et intéresser encore les honnêtes gens, mais qu’il ne pouvoit aller jusqu’à six sans se deshonorer. Je n’ai pas besoin de dire ici mes raisons, on peut les sentir en lisant ces Lettres; après leur lecture on en jugera.

[ 1] Lettres à Sara
Prémiére Lettre

Tu lis dans mon coeur, jeune Sara; tu m’as pénétré, je le sais, je le sens. Cent fois le jour ton oeil curieux vient épier l’effet de tes charmes. A ton air satisfait, à tes cruelles bontés, à tes méprisantes agaceries, je vois que tu jouis en secret de ma misére; tu t’applaudis avec un souris moqueur du desespoir où tu plonges un malheureux, pour qui l’amour n’est plus qu’un opprobre. Tu te trompes, Sara; je suis à plaindre, mais je ne suis point à railler: je ne suis point digne de mépris, mais de pitié, parce que je ne m’en impose ni sur ma figure ni sur mon age, qu’en aimant je me sens indigne de plaire, et que la fatale illusion qui m’égare m’empêche de me voir tel que tu es. Tu peux m’abuser sur tout, hormis sur moi-même; tu peux me persuader tout au monde, excepté que tu puisses partager mes feux insensés. C’est le pire de mes supplices de me voir comme tu me vois; tes trompeuses caresses ne sont pour moi qu’une humiliation de plus, et j’aime avec la certitude affreuse de ne pouvoir être aimé.
Sois donc contente. Hé bien, oui, je t’adore; oui, je brule pour toi de la plus cruelle des passions. Mais tente, si tu l’oses, de m’enchaîner à ton char comme un soupirant en cheveux gris, comme un amant barbon qui veut faire l’agréable, et, dans son extravagant délire, s’imagine avoir des droits sur un jeune objet. Tu n’auras pas cette gloire, ô Sara, ne t’en flate pas: tu ne me verras point à tes pieds vouloir t’amuser avec le jargon de la galanterie, ou [2] t’attendrir avec des propos langoureux. Tu peux m’arracher des pleurs, mais ils sont moins d’amour que de rage. Ris, si tu veux, de ma foiblesse; tu ne riras pas, au moins, de ma crédulité.
Je te parle avec emportement de ma passion, parce que l’humiliation est toujours cruelle, et que le dédain est dur à supporter: mais ma passion, toute folle qu’elle est, n’est point emportée; elle est à la fois vive et douce comme toi. Privé de tout espoir, je suis mort au bonheur et ne vis que de ta vie. Tes plaisirs sont mes seuls plaisirs; je ne puis avoir d’autres jouissances que les tiennes, ni former d’autres voeux que tes voeux. J’aimerois mon Rival même si tu l’aimois; si tu ne l’aimois pas, je voudrois qu’il put mériter [obtenir] ton amour; qu’il eut mon coeur pour t’aimer plus dignement et te rendre plus heureuse. C’est le seul desir permis à quiconque ose aimer sans être aimable. Aime et sois aimée, ô Sara. Vis contente, et je mourrai content.

[3] Seconde Lettre.

Puisque je vous ai écrit, je veux vous écrire encore. Ma prémiére faute en attire une autre; mais je saurai m’arrêter, soyez-en sure; Et c’est la maniére dont vous m’aurez traité durant mon délire, qui décidera de mes sentimens à vôtre égard quand j’en serai revenu. Vous avez beau feindre de n’avoir pas lu ma Lettre: vous mentez, je le sais, vous l’avez lue. Oui, vous mentez sans me rien dire, par l’air égal avec lequel vous croyez m’en imposer: si vous étes la même qu’auparavant, c’est parce que vous avez été toujours fausse, et la simplicité que vous affectez avec moi ne prouve que vous [m’] n’en avez jamais eu. Vous ne dissimulez ma folie que pour l’augmenter; vous n’étes pas contente que je vous écrive si vous ne me voyez encore à vos pieds: vous voulez me rendre aussi ridicule que je peux l’être; vous voulez me donner en spectacle à vous-même, peut-être à d’autres, et vous ne vous croyez pas assez triomphante, si je ne suis deshonoré.
Je vois tout cela, fille artificieuse, dans cette feinte modestie par laquelle vous espérez m’en imposer, dans cette feinte égalité par laquelle vous semblez vouloir me tenter d’oublier ma faute, en paroissant vous-même n’en rien savoir. Encore une fois, vous avez lu ma Lettre; je le sais, je l’ai vu. Je vous ai vu, quand j’entrois dans vôtre chambre, poser précipitamment le Livre où je l’avois mise; je vous ai vu rougir et marquer un moment de trouble. Trouble séducteur et cruel qui peut-être est encore un de vos piéges, et qui m’a fait plus de mal que tous vos regards. Que devins-je à cet aspect qui m’agite encore? Cent fois en un instant, prêt à me précipiter aux pieds de l’orgueilleuse, que de combats, que d’efforts pour me retenir! Je sortis pourtant, je sortis palpitant [4] de joye d’echapper à l’indigne bassesse que j’allois faire. Ce seul moment me venge de tes outrages. Sois moins fiére, ô Sara, d’un penchant que je peux vaincre, puisqu’une fois en ma vie j’ai déjà triomphé de toi.
Infortuné! J’impute à ta vanité des fictions de mon amour-propre. Que n’ai-je le bonheur de pouvoir croire que tu t’occupes de moi, ne fut-ce que pour me tyranniser! Mais daigner tyranniser un amant grison seroit lui faire trop d’honneur encore. Non, tu n’as point d’autre art que ton indifférence; ton dédain fait toute ta coqueterie, [et] tu me désoles sans songer à moi. Je suis malheureux jusqu’à ne pouvoir [pas même] t’occuper au moins de mes ridicules, et tu méprises ma folie jusqu’à ne daigner pas même t’en moquer. Tu as lu ma lettre, et tu l’as oubliée; tu ne m’as point parlé de mes maux, parce que tu n’y songeois plus. Quoi! je suis donc nul pour toi? mes fureurs, mes tourmens, loin d’exciter ta pitié, n’excitent pas même ton attention? Ah! où est cette douceur que tes yeux promettent? où est ce sentiment si tendre qui paroit les animer?…… Barbare!……. insensible à mon état tu dois l’être à tout sentiment honnête. Ta figure promet une ame; elle ment, tu n’as que de la férocité. ………… Ah Sara! j’aurois attendu de ton bon coeur quelque consolation dans ma misére.

[5] Troisiéme Lettre.

Enfin, rien ne manque plus à ma honte, et je suis aussi humilié que tu l’as voulu. Voila donc à quoi ont abouti mon dépit, mes combats, mes resolutions, ma constance? Je serois moins avili si j’avois moins résisté. Qui, moi! j’ai fait l’amour en jeune homme? J’ai passé deux heures aux genoux d’une enfant? j’ai versé sur ses mains des torrens de larmes? j’ai souffert qu’elle me consolât, qu’elle me plaignît, qu’elle essuyât mes yeux ternis par les ans? j’ai receu d’elle des leçons de raison, de courage? J’ai bien profité de [mes] ma longue expérience et de mes tristes réflexions! Combien de fois j’ai rougi d’avoir été à vingt ans ce que je redeviens à cinquante! Ah! je n’ai donc vécu que pour me deshonorer! Si du moins un vrai repentir me ramenoit à des sentimens plus honnêtes: mais non; je me complais malgré moi dans ceux que tu m’inspires, dans le délire où tu me plonges, dans l’abbaissement où tu m’as réduit. Quand je m’imagine à mon âge à genoux devant toi, tout mon coeur se souléve et s’irrite; mais il s’oublie et se perd dans les ravissemens que j’y ai sentis. Ah! je ne me voyois pas alors; je ne voyois que toi, fille adorée: tes charmes tes sentimens tes discours remplissoient(,) formoient tout mon être: j’étois jeune de ta jeunesse, sage de ta raison, vertueux de ta vertu. Pouvois-je mépriser celui que tu honorois de ton estime? Pouvois-je haïr celui que tu daignois appeller ton ami? Helas! cette tendresse de pere que tu me demandois d’un ton si touchant, ce nom de fille que tu voulois recevoir de moi me faisoient bientôt rentrer en moi-même: tes propos si tendres, tes caresses si pures m’enchantoient [6] et me déchiroient, des pleurs d’amour et de rage couloient de mes yeux. Je sentois que je n’étois heureux que par ma misére, et que si j’eusse été plus digne de plaire je n’aurois pas été si bien traité.
N’importe. J’ai pu porter l’attendrissement dans ton coeur. La pitié le ferme à l’amour, je le sais, mais elle en a pour moi tous les charmes. Quoi! j’ai vu s’humecter pour moi tes beaux yeux? j’ai senti tomber sur ma joue une de tes larmes? Ô cette larme, quel embrasement dévorant elle a causé! et je ne serois pas le plus heureux des hommes? Ah, combien je le suis au dessus de ma plus orgueilleuse attente!
Oui, que ces deux heures reviennent sans cesse, qu’elles remplissent de leur retour ou de leur souvenir le reste de ma vie. Eh qu’a-t-elle eu de comparable à ce que j’ai senti dans cette attitude? J’étois humilié, j’étois insensé, j’étois ridicule; mais j’étois heureux, et j’ai goûté dans ce court espace plus de plaisirs que je n’en eus dans tout le cours de mes ans. Oui, Sara, Oui, charmante Sara, j’ai perdu tout repentir, toute honte; je ne me souviens plus de moi; je ne sens que le feu qui me dévore; je puis dans tes fers braver les huées du monde entier. Que m’importe ce que je peux paroitre aux autres? j’ai pour toi le coeur d’un jeune homme, et cela me suffit. L’hiver a beau couvrir l’Etna de ses glaces, son sein n’est pas moins embrasé.

[7] Quatriéme Lettre.

Quoi! c’étoit vous que je redoutois; c’étoit vous que je rougissois d’aimer? Ô Sara, fille adorable, ame plus belle que ta figure! Si je m’estime desormais de quelque chose, c’est d’avoir un coeur [qui sait] fait [sentir] pour sentir tout ton prix. Oui, sans doute, je rougis de l’amour que j’avois pour toi, mais c’est parce qu’il étoit trop rampant trop languissant trop foible, trop peu digne de son objet. Il y a six mois que mes yeux et mon coeur dévorent tes charmes, il y a six mois que tu m’occupes seule et que je ne vis que pour toi: mais ce n’est que d’hier que j’ai appris à t’aimer. Tandis que tu me parlois et que des discours dignes du Ciel sortoient de ta bouche, je croyois voir changer tes traits ton air ton port ta figure; je ne sais quel feu surnaturel luisoit dans tes yeux, des rayons de lumiére sembloient t’entourer. Ah Sara! si réellement tu n’es pas une mortelle, si tu es l’Ange envoyé du Ciel pour ramener un coeur qui s’égare, dis-le moi; peut-être il est tems encore. Ne laisse plus profaner ton image par des désirs formés malgré moi. Helas! si je m’abuse dans mes voeux dans mes transports, dans mes téméraires hommages, guéri-moi d’une erreur qui t’offense, apprend-moi comment il faut t’adorer.
Vous m’avez subjugué, Sara, de toutes les maniéres, et si vous me faites aimer ma folie, vous me la faites cruellement sentir. Quand je compare vôtre conduite à la mienne, je trouve un sage dans une jeune fille, et je ne sens en moi qu’un vieux enfant. Vôtre douceur, si pleine de dignité de raison de bienseance, m’a dit tout ce [8] que ne m’eut pas dit un accueil plus sévére; elle m’a fait plus rougir de moi que n’eussent fait vos reproches; et l’accent un peu plus grave que vous avez mis hier dans vos discours m’a fait aisément connoitre que je n’aurois pas du vous exposer à me les tenir deux fois. Je vous entends, Sara, et j’espére vous prouver aussi que si je ne suis pas digne de vous plaire par mon amour, je le suis par les sentimens qui l’accompagnent. Mon égarement sera aussi court qu’il a été grand, vous me l’avez montré, cela suffit; j’en saurai sortir, soyez-en sure: quelque aliené que je [sois] puisse être, si j’en avois vu toute l’étendue, jamais je n’aurois fait le prémier pas. Quand je méritois des censures vous ne m’avez donné que des avis, et vous avez bien voulu ne me voir que foible lorsque j’étois criminel. Ce que vous ne m’avez pas dit, je sais me le dire; je sais donner à ma conduite auprès de vous le nom que vous ne lui avez pas donné et si j’ai pu faire une bassesse sans la connoitre, je vous ferai voir que je ne porte point un coeur bas. Sans doute c’est moins mon age que le vôtre qui me rend coupable. Mon mépris pour moi m’empêchoit de voir toute l’indignité de ma démarche. Trente ans de différence ne me montroient que ma honte et me cachoient vos dangers. Helas! quels dangers? Je n’étois pas assez vain pour en supposer: je n’imaginois pas pouvoir tendre un piége à vôtre innocence, et si vous eussiez été moins vertueuse, j’étois un suborneur sans en rien savoir.
Ô Sara! ta vertu est à des épreuves plus dangereuses, et tes charmes ont mieux à choisir. Mais mon devoir ne dépend ni de ta vertu ni de tes charmes, sa voix me parle et je le suivrai. Qu’un [(?)] éternel oubli ne peut-il te [voiler] cacher mes erreurs! Que ne les puis-je oublier moi-[9] même! Mais non, je le sens, j’en ai pour la vie, et le trait s’enfonce par mes efforts pour l’arracher. C’est mon sort de bruler jusqu’à mon dernier soupir d’un feu que rien ne peut éteindre, et auquel chaque jour ôte un dégré d’espérance et en ajoûte un de déraison. Voila ce qui ne dépend pas de moi; mais voici, Sara, ce qui en dépend. Je vous donne ma foi d’homme qui ne la faussa jamais, que je ne vous reparlerai de mes jours de cette passion ridicule et malheureuse que j’ai pu [quelquefois] peut-être empêcher de naitre, mais que je ne puis plus étouffer. Quand je dis que je ne vous en parlerai [plus] pas, j’entends que rien en moi ne vous dira ce que je dois taire. J’impose à mes yeux le même silence qu’à ma bouche: mais de grace imposez aux vôtres de ne plus venir m’arracher ce triste secret. Je suis à l’épreuve de tout, hors de vos regards: vous savez trop combien il vous est aisé de me rendre parjure. Un triomphe si sur pour vous et si flétrissant pour moi pourroit-il flatter vôtre belle ame? Non, divine Sara, ne profane [plus] pas le Temple où tu es adorée, et laisse au moins quelque vertu dans ce coeur à qui tu as tout ôté.
Je ne puis ni ne veux reprendre le malheureux secret qui m’est échappé; il est trop tard, il faut qu’il vous reste, et il est si peu intéressant pour vous qu’il seroit bientôt oublié si l’aveu ne s’en renouvelloit sans cesse. Ah! je serois trop à plaindre dans ma misére si jamais je ne pouvois me dire que vous la plaignez, et vous devez d’autant plus la plaindre que vous n’aurez jamais à m’en consoler. Vous me verrez toujours tel que je dois être, mais connoissez-moi toujours tel que je suis: vous n’aurez plus à censurer mes discours, mais souffrez mes Lettres; c’est tout ce que je vous demande. Je n’approcherai de vous que comme d’une Divinité devant laquelle on impose silence à ses passions. [10] Vos vertus suspendront l’effet de vos charmes; votre présence purifiera mon coeur; je ne craindrai point d’être un séducteur en ne vous disant rien qu’il ne vous convienne d’entendre; je cesserai de me croire ridicule quand vous ne me verrez jamais tel; et je voudrai n’être plus coupable, quand je ne pourrai l’être que loin de vous.
Mes Lettres? Non. Je ne dois pas même desirer de vous écrire, et vous ne devez le souffrir jamais. Je vous estimerois moins si vous en étiez capable. Sara, je te donne cette arme, [(?)] pour t’en servir contre moi. Tu peux être dépositaire de mon fatal secret, tu n’en peux être la confidente. C’est assez pour moi que tu le saches, ce seroit trop pour toi de l’entendre répéter. Je me tairai: qu’aurois-je de plus à [dire] te dire? Banni-moi, méprise-moi desormais, si tu revois jamais ton amant dans l’ami que tu t’es choisi. Sans pouvoir te fuir, je te dis adieu pour la vie. Ce sacrifice étoit le dernier qui me restoit à te faire. C’étoit le seul qui fut digne de tes vertus et mon coeur.

[Fragment d’une cinquième Lettre à Sara]

Non il n’y a point de paix sur la terre, puisque mon coeur n’en jouit pas. Ce n’est pas ta faute, [adorable] chère [ô] Sara, c’est la mienne; ou plustot c’est celle du sort qui [si loin de toi (me) fit naitre si loin de toi avec un coeur qui ne pouvoit appartenir qu’à toi seule / mit dans un h(omme) à qui tu ne peux être [un coeurune ame faite pour la tienne un coeur qui ne peut être qu’à toi fit naitre] mit loin de moi le seul bien [qu’il m’a rendu] qui pouvoit me rendre heureux. Helas! ce bien n’étoit la possession ni de ton coeur ni de ta personne. [Je te le jure, et tu dois m’en croire]. Mon imagination te laisse toujours trop loin de mon espérance pour t’exposer jamais à mes desirs. Ma passion, ma passion fatale ne m'[égara] aveugla jamais à ce point, elle m’égaroit sans me séduire, et [quand] je me laissois entrainer par sa seule force sans voir aucun but qui put m’attirer. [C’étoit] Le comble de mes voeux étoit que tu visses ma folie et qu’elle n’excitat pas tes mépris. Tu [vis mon coeur] la connus, tu [me] la plaignis, tu me consolas: j’étois content. Je [l’avois toujours] le serai si cet état si doux pouvoit durer [toute ma vie]toujours [en marge]: mon bonheur seroit le même si tu pouvois n’aimer rien et te laisser adorer en silence. Je passerois mes jours dans cette occupation délicieuse, sans rien desirer sans rien appercevoir au delà. Mais je jouis de ma position sans pouvoir t’en donner aucune. [Corps du texte:] Mais, [chere Sara], mon coeur est plein, le tien est vuide il ne peut l’être longtemps et ce n’est pas moi qui peux le remplir. [Au crayon] Tu aimeras Sara si déjà tu n’aimes, voila le tourment affreux qui m’est reservé, et que la certitude de l’éprouver un jour me fait déjà sentir d’avance. J’ai trop su me rendre justice pour ne pas me soumettre à mon sort, mais je [ne puis] sens avec effroi que le tien dépend d’un autre. Non, mon desespoir n’est pas de n’être point aimé, mais qu’un autre doive l’être. C’est pour toi fille angélique que je m’afflige. Qu’il ait mon coeur et je lui pardonne; mais qui saura t’aimer comme moi.

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