Philosophie et Romantisme

 Le Rationalisme mécanique du XVIIIe siècle fut une déformation de l’âme, un excès. La tendance naturelle de l’homme a fuir les excès va produire l’excès contraire. Le Rationalisme va engendrer un nouveau courant qui va mettre en lumière  les éléments omis.

L’excès du Rationalisme fut dans la raison déductive. L’esprit nouveau va passer de la froide raison, au sentimentalisme débordant.

La tradition newtonienne avait insisté sur le rationnel, oubliant le côté «animal» de l’homme, l’univers des sentiments. La tradition romantique va insister davantage sur le côté sentimental de l’être humain.

       La philosophie du romantisme qui apparaît au début du XVIIIe siècle et son dédain pour la raison n’est donc qu’une réaction contre la philosophie de la froide raison déductive. Au passage, notons que ce rejet n’est pas celui de la raison classique, mais de l’interprétation qu’en avait fait la pensée cartésienne et mécanique. 

1.  Les nouvelles découvertes

       La réaction contre le Rationalisme vint en grande partie par les découvertes et le développement des sciences historiques. L’étude anthropologique révéla d’abord que  l’uniformité newtonienne n’existait pas dans toute la nature, et que l’étude de la race humaine devait non seulement se concentrer sur ce qui rapproche les humains, mais aussi sur ce qui les différencie.

       L’étude des sociétés révéla aussi qu’il y a quelque chose qui surpasse la physique sociale. Elle révéla aussi que l’expérience individuelle est plus importantes que tous les principes des sciences mathématiques déductives.

       L’humanité doit  davantage  être étudiée  par une méthode génétique et historique que par une méthode analytique et mécanique. La méthode mécanique était sans doute valable pour la matière, mais  peut-elle être  totalement applicable à la vie, plus particulièrement à la vie humaine?

       La philosophie romantique voulut être une réaction contre cette approche non historique de l’humanité. Mais là aussi, l’excès fut palpable.  L’histoire fut réduite à un flux d’éléments instables, oubliant les éléments permanents dans l’histoire. La religion  subit aussi une nouvelle mutation. Le Rationalisme prônait plutôt une religion naturelle (déisme), une religion de la raison. Une religion froide. En réaction, le romantisme philosophique proposera la domination des sentiments sur le raisonnement, particulièrement dans le domaine religieux.

       Ces réactions contre le Rationalisme contribuèrent grandement à l’anarchie des sentiments qui se manifestèrent  particulièrement dans le subjectivisme protestant et le quiétisme catholique. La religion devint rapidement un vague sentiment qui s’absorbait en  un Dieu fait à l’image de l’homme. Plus de dogme, plus de croyances communes: uniquement le droit de chaque individu d’interpréter les textes sacrés à sa manière, la possibilité de s’unir directement et immédiatement à Dieu, sans intermédiaire. Chacun devint ainsi son propre maître, et toute contrainte extérieure (surtout morale et religieuse) était vue comme une erreur. L’individualisme triompha partout.

 

2. J.-J.Rousseau: père du romantisme philosophique

       L’anarchie des sentiments amena donc la philosophie du romantisme. Le père de ce nouveau courant fut Jean-Jacques Rousseau. Le romantisme s’inspira de cet homme, plus par sa façon de vivre que par sa pensée elle-même. 

Né à Genève, le 28 juin 1712, il passa son enfance, après la mort de sa mère, à lire des romans dans la bibliothèque familiale. « En peu de temps, dit-il, j’acquis, par cette dangereuse méthode….une intelligence unique à mon âge sur les passions…Je n’avais rien conçu, j’avais tout senti.»

       En 1728,- âgé de 16 ans-  il rencontre le curé catholique de Confignon, près de Genève, qui s’occupe de la conversion des jeunes calvinistes et protestants. L’abbé de Ponverre, – Rousseau s’inspira de lui pour écrire son Vicaire savoyard- voulut le ramener à une existence moins romantique. «Il me donne, dit-il, les premières vraies notions de vertu, que ma propre nature n’avait comprise que par excès.»

       En 1736, – âgé de 24 ans – il admet sa névrose.« Mes passions m’ont fait vivre et mes passions m’ont tué.» La  totale privation de sommeil arrive à le convaincre qu’il lui reste alors peu de temps à vivre. Il vécut ainsi le reste de sa vie, à savoir plus de quarante ans.

En 1745, – il a trente-trois ans- il rencontre Thérèse Le Vasseur. Il se résigne à l’épouser  en 1768. Avec elle, il aura cinq enfants. Il les confia tous à la charité et il les abandonna le lendemain de leur naissance..

       La vocation de Rousseau se dessine au moment il rend visite à Diderot qui était en prison pour ses Lettres sur l’inconscient.  Rousseau lit alors une annonce sur une question posée par l’Académie de Dijon dans Le Mercure de France. « Le nouvel essor des sciences et des arts a-t-il contribué à la purification de la morale?»

       La réponse à cette question lui est donnée comme une révélation, aussi au pied d’un arbre dans le bois de Vincennes.

Voici comment il décrit la réponse à cette question dans ses Confessions:

« Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite, c’est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture: tout à coup, je me sens l’esprit ébloui de mille lumières; des foules d’idées vives s’y présentent à la fois avec une force et une confusion qui me jeta dans un trouble inexprimable; je sens ma tête prise par un étourdissement semblable à l’ivresse. Une violente palpitation m’oppresse, soulève ma poitrine; ne pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un des arbres de l’avenue, et j’y passe une demi-heure dans une telle agitation qu’en me relevant j’aperçus tout le devant de ma veste mouillé dans mes larmes, sans avoir  senti que j’en répandais. O Monsieur ! si j’avais jamais pu écrire le quart de ce que j’ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j’aurais fait voir toutes les contradictions du système social ! avec quelle force j’aurais exposé tous les abus de nos institutions ! avec quelle simplifié j’aurais démontré que l’homme est bon naturellement et que seules les institutions l’ont avili. »

       Le romantisme de Rousseau se présente habituellement sous trois aspects différents: premièrement, dans la haine de la raison. Deuxièmement, dans la primauté des sentiments. Troisièmement, dans le naturalisme.

a/ la haine de la raison

       Rousseau avait une haine terrible de la raison. Les textes pour le prouver ne se comptent plus. Citons-en quelques-uns.

       Dans le troisième livre de ses Confessions, il écrit: Deux choses inalliables s’unissent en moi sans que j’en puisse concevoir la manière: un tempérament très ardent, des passions vives, impétueuses, et des idées lentes à naître, embarrassées et qui ne se présentent jamais qu’après coup. On dirait que mon coeur et mon esprit n’appartiennent pas au même individu. Je sens tout; je ne vois rien. Il faut que je sois de sang-froid pour penser…Cette lenteur de penser jointe à cette vivacité de sentir, je ne l’ai  pas seulement dans la conversation, je l’ai même seul et quand je travaille.

       Et encore dans son Discours sur l’origine de l’inégalité:« L’état de réflexion est un état contre nature. L’homme qui médite est un animal dépravé.»  Rousseau remplace donc l’activité de l’intelligence par le sentiment. La pensée rationaliste avait mis l’accent sur le caractère universel des lois. La pensée romantique va mettre toute l’importance sur le caractère individuel et personnel des sentiments. Rousseau verse dans ce que l’on pourrait appeler un quiétisme laïc. Il substitue l’union à Dieu par l’union à la nature. et il propose une attitude passive vis-à-vis de la poussée des passions.

 

b/ primauté des sentiments

       Jacques Maritain affirme que Rousseau ne professe pas seulement en théorie la philosophie du sentiment, il est lui-même sentiment et il vit cette attitude  avec une sorte d’héroïsme. Il vit le primat de la sensibilité.

       Est-ce à dire que la raison est nulle chez lui. Non. Mais la raison joue un double rôle. Elle se met d’une part au service de la passion, pour dénoncer les vices du siècle, comme il se doit. D’autre part, la raison, comme  une lampe impuissante, assiste aux ivresses du mauvais désir. Mais elle se garde d’intervenir: il pèche  en le voulant. Il assiste impuissant à la chose; il voit qu’il fait mal, tout en levant les yeux vers le bien qu’il aimerait bien faire. Il fait le mal sans le haïr en quelque sorte.

       Voilà l’âme de Jean-Jacques Rousseau. Il consent d’être à la fois le oui et le non. Et il le peut, dans la mesure où il consent à déchoir de l’état de raison, et à laisser végéter tels quels les morceaux disjoints de son âme. Maritain dit encore que la sincérité de Rousseau consiste à ne jamais toucher à ce qu’on découvre en soi à chaque instant de la vie, de crainte d’altérer son être.

       «Il faut être soi». Il faut être sa sensibilité comme Dieu est son être.  Il faut tenir pour un péché tout essai de se former ou de  se laisser former, de se rectifier, de ramener à l’unité des discordances. Qu’elle vienne de la raison, qu’elle vienne de la grâce, toute forme imposée au monde intérieur de l’âme humaine, lèse sacrilègement la nature.

       En suivant ainsi les pentes sans fin de l’individualité matérielle, Rousseau a complètement lâché l’unité du moi spirituel. Maritain conclut en disant que l’étoffe ne tient plus. Rousseau a arrive à une sorte d’éclatement du moi spirituel. En refusant de se perdre dans dans l’abîme de Dieu, où il se serait trouvé, il a préféré chercher dans l’âme de la nature sensible, où il ne se trouvera jamais.

 

c/ le naturalisme

       Le romantisme de Rousseau s’exprime  aussi dans le naturalisme. Ici, il faut bien s’entendre et se comprendre. Pour les scolastiques, le mot naturel peut être pris dans un double sens: métaphysique et historique. En métaphysique, le mot est synonyme d’essence. Ce qui est naturel est ce qui répond aux exigences et inclinations de cette essence. Il est naturel que l’homme pense parce qu’il est un être rationnel. Pris au sens historique, le mot naturel signifie ce qui est primitif et original. Ce qui existe avant le développement tout en étant susceptible de se développer.

       Rousseau tente d’unifier ces deux sens. La nature, pour lui, est un comme un état d’avant-culture par lequel tous les hommes doivent passer. Cet état  est la condition primitive des choses. Les choses devraient respecter ou restaurer cet état primitif si elles veulent être en accord avec leur essence.

       L’état primitif,  tel que conçu par Rousseau, est l’essence de l’homme. Pour comprendre cette nouvelle façon d’exprimer l’essence de l’homme, il faut remonter en arrière, et relire ce que Luther avait enseigné au sujet de la nature humaine. Le théologien allemand avait dit que la nature humaine était essentiellement mauvaise. Il avait enseigné aussi que la grâce ne pouvait pas toucher d’une manière intrinsèque la nature humaine, mais  qu’elle pouvait le faire uniquement d’une façon extrinsèque.Les disciples de Luther en avaient déduit que si la grâce ne pouvait pas toucher intrinsèquement la nature humaine, celle-ci n’était pas nécessaire. La théologie protestante présenta donc une nouvelle théorie sur la grâce.

       La philosophie présenta par la suite une nouvelle théorie sur la nature humaine. Selon la conception traditionnelle, l’homme en Adam avait reçu des dons surnaturels de Dieu. Le premier homme avait été fait créature et enfant de Dieu. Par le péché, le premier homme perdit tous ces dons. Selon la pensée traditionnelle, la nature humaine n’en fut pas intrinsèquement corrompue. L’intelligence humaine fut obscurcie, sa volonté fut affaiblie, mais sa nature ne fut pas totalement corrompue comme l’enseigne encore aujourd’hui la tradition catholique. A contraire, selon Luther, la grâce ne peut rien changer dans le coeur de l’homme qui est totalement mauvais. L’homme ne peut être restauré que par une intervention extérieure, sur laquelle il n’a aucun contrôle.

       À partir de ces données, Rousseau va proposer une nouvelle anthropologie. L’état naturel, selon lui, correspond à l’état surnaturel du paradis. La dépravation dans la nature humaine ne vient pas du serpent qui fait chuter l’homme, mais de la civilisation. C’est elle qui a corrompu l’homme primitif. Il faut que l’homme revienne à cet état antérieur, à son état de nature originel que la société a détruit.

       Jacques Maritain résume ainsi l’attitude rousseauiste.  «Cela signifie que l’homme a vécu à l’origine dans un paradis purement naturel  de bonheur et de bonté, et que la nature elle-même assure désormais l’office que remplissait la grâce dans la conception catholique. Il signifie aussi qu’un tel état de bonheur et de bonté, de parfaite justice et de la souffrance, est naturel  à l’homme, c’est-à-dire essentiellement exigé par notre nature. Non seulement donc il n’y a pas de péché originel, dont nous portons en naissant la culpabilité, et dont nous gardons les blessures, non seulement il n’y a pas en chacun de nous un foyer de concupiscence et de penchants maladifs nous inclinant au mal, mais encore l’état de souffrance et de peine, est un état essentiellement contre nature introduit par la civilisation, et dont notre nature réclame à tout prix que nous affranchissions. Voilà dans sa logique le dogme de la Bonté naturelle.»

       Rousseau se sent divinement inspiré. Sa bonté naturelle semble unie à sa nature, comme la grâce l’est au croyant dans la tradition chrétienne. Ce mysticisme sentimental le conduit à avoir une opinion particulière de lui-même. En 1763, il écrivait à M. de Malesherbes: «…De tous les hommes que j’ai connus en ma vie, aucun ne fut meilleur que moi.» C’est dire à quel point, il ne doutait pas de sa position philosophique.

 

3. Le romantisme philosophie et la politique

       Rousseau tente d’appliquer sa doctrine romantique à la politique, à la religion, à l’éducation.

a/ la politique

 
       Dans son Discours sur l’inégalité, Rousseau  présente l’homme naturel. Celui-ci  mène une existence plutôt solitaire, sauvage, insouciante, mais heureuse, sans aucun besoin auquel ne puisse suffire le pur instinct. Cet état naturel lui fournit tous les éléments du vrai bonheur. L’homme est indépendant. L’homme se suffit à lui-même. Cet état n’est pas seulement un état de bonheur parfait, mais un état d’égalité totale. Les distinctions entre les individus n’existent pas. Chacun poursuit la quête de ses propres intérêts. Personne n’est brimé par l’existence de l’autre.

       La multiplication de la race humaine engendre par la suite un état de dépravation. L’ennemi de l’homme fut la création de la société, qui mit fin à cet état de bonheur primitif. «Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire  «Ceci est à moi», et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile.» (Discours sur l’inégalité)

       La mal en général découle de l’institution de la société civile. La guerre, le meurtre, la compétition sont nés avec l’arrivée de la société. Comme il lui semble impossible de revenir à cet état de nature originel, Rousseau va proposer dans le Contrat social un remède à cette dépravation. Comme la liberté et l’égalité, caractéristiques de l’état naturel, sont disparues de la société civile, il faut trouver un compromis pour remettre ces deux réalités à l’avant-scène de l’activité humaine.

       Comme l’homme ne peut pas retrouver son état de nature, il doit recourir à un contrat social dans lequel les égalités sociales compenseront les inégalités naturelles. Comment  arriver à trouver cette nouvelle société, où tous les citoyens pourraient être libres et égaux ? Comment arriver à concilier ce que veut la nature et ce que veut la loi, telle qu’elle est exigée par la société? Comment faire en sorte qu’on puisse créer une nouvelle association entre les hommes, tout en respectant les libertés de chacun ? La réponse de Rousseau se résume ainsi: il faut constituer un tout organique sans subordination d’une partie à une autre. C’est ce qu’il nomme le contrat social.  Un pacte  librement consenti entre des personnes qui vécurent dans un état naturel, mais qui doivent maintenant vivre en société.

       Dans ce nouveau pacte civil, chacun est en droit de se demander où se situe la liberté humaine. Rousseau définit la liberté en ces mots: «Chaque personne se donnant à tous ne se donne à personne. Et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquiert le même droit qu’on lui cède sur soi…Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale: et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout.»           ( Contrat social )

       Chacun en se soumettant à la volonté commune, ne se soumet donc à personne, et est ainsi un être libre. L’égalité est assurée dans le nouveau contrat social parce que chaque individu aliène sa personne et ses droits à la communauté. Chaque individu, en se réduisant à zéro, devient ainsi l’égal de l’autre. Cette conception de la liberté me laisse  pantois !
 

b/ l’éducation

       L’homme est donc naturellement bon. C’est la civilisation lui le rend mauvais. Rousseau va appliquer cette théorie à l’éducation dans son oeuvre Émile.

       Rousseau demande que l’enfant ne doive jamais agir par obéissance. Il demande qu’on ne lui donne jamais d’ordre, afin que l’enfant n’arrive pas à croire que nous avons autorité sur lui. Désobéir n’est pas grave et ne doit jamais amener des reproches.

       L’éducation ne doit pas consister à inculquer des vertus positives, ni à éviter les vices de la nature. L’éducation doit permettre à l’enfant de se développer selon son état naturel qui est bon. L’enfant ne doit pas prendre des habitudes, mais il peut se penser sur la bonne voie, s’il agit contre la raison et la tradition.

       Rousseau propose la libre expression et néglige toute formation de la volonté et la discipline. La discipline, selon lui, détruit l’état naturel de l’homme, comme la civilisation détruit la bonté naturel de l’être humaine.

       Rousseau enseigna aux autres comment élever leurs enfants, mais n’eût pas le courage d’élever les siens.  Il se sépara de tous ses enfants pour les confier à la crèche. Il eut, selon plusieurs auteurs, une affection particulière pour son chien.

 

c/ la religion

       Les théories de Rousseau trouvent un écho semblable dans son attitude face à la religion. La religion ne doit pas venir du dehors, avec sa kyrielle de dogmes. Elle doit venir du coeur de chacun, et uniquement selon les besoins de chacun.

       C’est dans le Vicaire savoyard que Rousseau exprime toute sa pensée sur cette question. On y retrouve déjà les principes de la religion libérale contemporaine, comme l’absence de toute doctrine et de tout dogme, un christianisme sans histoire, au-dessus du  temps et de l’espace, un christianisme sans péché, forcément sans rédempteur et sans repentir. Une religion  toute pragmatique, avec la divinisation de la nature, et toutes ses conséquences.

       Le Vicaire savoyard affirme que le monde se divise en deux parties: ce qui vaut la peine d’être connu, et ce qui ne le vaut pas. Ce qui vaut la peine d’être connu, ce sont les vérités pratiques. Ce qui  ne vaut pas la peine d’être connu, ce sont les vérités spéculatives.

       L’homme n’est pas fait pour la méditation. L’homme est fait pour l’action. Seules les vérités pratiques ont donc de la valeur. Bien avant William James, père du pragmatisme anglais, Rousseau enseigne que seul est vrai ce qui est utile.

       Quant à la révélation divine, le Vicaire savoyard entretient un «doute respectueux». Le Vaicaire sent qu’il existe une Providence, mais il lui est incapable de  la démontrer. Et ça lui importe peu d’ailleurs.

       Enfin, dans ce texte du Vicaire savoyard, Rousseau divinise la nature. Dans la pensée rationaliste, la nature se confondait avec le cosmos que la raison essayait de déchiffrer et de comprendre. Avec Rousseau, la nature est localisée dans l’homme. Et cette nature absorbe Dieu à l’intérieur de l’homme. Bref, Dieu est moins l’être transcendant que l’être ressenti par chacun à l’intérieur de lui. On voit l’influence de Rousseau, dans le monde religieux contemporain. Dieu n’est plus le Tout Autre. Il devient ce que chacun veut bien qu’il soit, quelque chose qui se fond dans l’image que chacun veut bien inventer.

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