La Musique

Rousseau musicien

« Il faut assurément que je sois né pour cet art, puisque j’ai commencé de l’aimer dès mon enfance, et qu’il est le seul que j’aie aimé constamment dans tous les temps ».

Il faut donc se tenir pour dit que la vie du copiste fut préférée à celle du philosophe. C’est pourtant comme théoricien, davantage que comme compositeur, que Jean-Jacques Rousseau appartient à l’histoire de la musique. Son œuvre musicale, même si elle lui valut un succès assez remarquable (ainsi le Devin du Village), ne présente guère d’originalité.

L’auteur de la Lettre sur la musique française est surtout l’un des plus brillants protagonistes de la querelle des Bouffons, au cours de laquelle il entreprend de défendre la mélodie contre la prépondérance de l’harmonie dans la musique française et dans les importants traités de Jean-Phillippe Rameau.

Le chant est dès l’origine des langues attaché à l’expression des passions humaines, tandis que l’harmonie n’est qu’un supplément tardif. Surtout, nous ne pouvons être touchés que par l’imitation des affects éprouvés par le compositeur et exprimés dans le chant. Le musicien reproduit, non l’objet lui-même, mais les émotions que cet objet inspire à l’âme sensible : « Il ne représentera pas directement ces choses, mais il excitera dans l’âme les mêmes mouvements qu’on éprouve en les voyant « .

L’harmonie ne passe pas le niveau purement sensuel, et s’avère donc inapte au mode spécifique de l’imitation musicale, qui concerne l’âme.

Le Devin du village

Le Devin du Village (1752) est l’oeuvre mucisale la plus connue de Jean-Jacques Rousseau.

Jean-Jacques Rousseau ne passe cependant pas tout son temps à copier de la musique : il en compose aussi.

En mars 1752, lors d’un séjour chez son ami Mussard à Passy, il jette sur le papier quelques airs d’une pastorale dans le style italien. Sur les encouragements de son hôte, il reprend ces morceaux et esquisse, en l’espace d’une semaine, les paroles et la musique d’un opéra-comique, le Devin du village.

Il finira le récitatif et le « remplissage » en trois semaines à Paris. Son désir d’entendre l’œuvre l’incite à la faire répéter à l’Opéra : son ami, l’écrivain Duclos, sert d’intermédiaire et, sans que l’on connaisse le nom de l’auteur, la pièce est jouée.

Elle plaît immédiatement et l’intendant des Menus Plaisirs la demande pour la cour.

Le 18 octobre 1752, le premier opéra-comique français est ainsi représenté à Fontainebleau, devant le roi Louis XV.

Cette pièce est sans prétention, mais sa couleur nouvelle et sa simplicité contrastent avec le style majestueux alors à l’honneur: elle obtient un triomphe. Jean-Jacques, présent à la représentation, connaît un des moments les plus délicieux de son existence, quand  » un murmure de surprise et d’applaudissement « , puis une ivresse aussi « pleine » que « douce » envahit la salle.

La nuit qui suit ce grand jour est moins bonne : invité à se présenter le lendemain à l’audience du roi, Jean-Jacques redoute tant son incontinence urinaire que sa timidité, et l’offre quasiment assurée d’une pension l’embarrasse : que deviendrait l’ami de la vérité une fois pensionné par le pouvoir ?

Il décide de quitter Fontainebleau avant l’audience. Cette fuite sera l’occasion de sa première brouille avec Diderot, qui blâme vivement sa conduite.

Le Devin du village sera repris en mars 1753, avec le même succès, simultanément au château de Bellevue, avec Mme de Pompadour dans le rôle de Colin, et à l’Opéra, où il sera joué jusqu’en 1829. Quelques mois plus tôt (décembre 1752), Narcisse était représenté à la Comédie française.

Paris ne semble parler que de lui, mais une célébrité d’un autre genre l’attendait.

Citation 
« J’entendais autour de moi un chuchotement de femmes qui me semblaient belles comme des anges, et qui s’entre disaient à mi-voix : cela est charmant, cela est ravissant; il n’y a pas un son là qui ne parle au cœur. Le plaisir de donner de l’émotion à tant d’aimables personnes m’émut moi-même jusqu’aux larmes, et je ne les pus contenir au premier duo en remarquant que je n’étais pas seul à pleurer. »  (Confessions, l.VIII, O C I, pp.378-379).



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