Etudes sur les discours

images-1Analyse du Discours

Ce discours, contrairement aux essais de Rousseau (Le Contrat Social, L’Emile), est écrit d’une plume passionnée, voire impétueuse à certains moments, faisant de sa lecture un vrai plaisir (c’est d’ailleurs une des raisons de sa récurrence aux épreuves du bac philo …)

En termes de méthodologie, Rousseau retrace l’aventure de l’humanité depuis son origine (mais en dehors de tout cadre religieux), la peint dans son état de nature pour mieux comprendre comment l’humanité, décadente selon lui, en est arrivée là.

Rousseau distingue deux types d’inégalité : naturelle (ou physique) et morale. L’inégalité naturelle découle de différences d’âge, de santé, ou d’autres caractéristiques physiques, elle ne peut être remise en cause. C’est l’inégalité morale que vise Rousseau, celle établie par une convention humaine. Rousseau va donc explorer d’où vient cette convention. Pour y parvenir, Rousseau a recours à une expérience de pensée, l’état de nature, qui ne constitue donc pas une vérité historique.

Notre analyse suit le plan général du Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes :

La dédicace décrit le lieu où vivre, les conditions fondamentales de la cité juste.

La préface est de méthode. L’académie de Dijon posait une question de droit politique. Rousseau s’es tenu “dans les bornes d’une discussion générale et purement philosophique, sans personnalité ni applications”.
L’exorde repose la question de l’Académie dans cette nouvelle perspective. On peut concevoir deux types d’inégalités : l’inégalité naturelle, dont le nom seul montre qu’il est vain d’en chercher l’origine, et l’inégalité sociale, instituée par l’homme. C’est elle dont il faut trouver la source, hors de l’histoire, puisqu’elle l’a fait naître. Hors de l’histoire, c’est-à-dire dans un hypothétique état de nature, degré zéro du progrès, naissance virtuelle dont seul le coeur d’un homme juste peut garder la mémoire ou celer la chimère.

Première partie du Discours sur l’origine des inégalités 

Rousseau décrit l’homme à l’état naturel : c’est un être fort, agile, plus faible mais plus organisé que les animaux de son environnement. Son corps est son seul outil et sa seule arme (Rousseau dit même que l’homme de la civilisation serait facilement battu par l’homme naturel dans un combat). Dépouvru de sens moral, l’homme naturel ni connaît ni le bien ni le mal, c’est un être infra-moral (Rousseau réfute ainsi le vice attribué par Hobbes à l’homme de la nature). Sa pensée est composée d’opérations simples. Il n’a que peu de besoins, et pour cela il parvient facilement à les satisfaire. Ses passions sont celles de la nature : la nourriture, le sexe et le repos sont les seules choses bonnes pour lui et ses seuls maux sont la douleur et la faim. Il n’y a aucune raison pour que l’homme sauvage cesse d’être sauvage. Le sauvage est un être naïf, autosuffisant et pacifique. Cependant, le sauvage ressent de la pitié, source d’empathie, contrairement à l’homme civilisé dominé par l’amour-propre et l’égoïsme.

L’homme naturel est ainsi équilibré par ses deux tendances, la pitié (qui le pousse vers les autres) et l’auto-conservation (qui l’isole). Dans l’état civil, les lois et les vertus joueront les rôles de ces deux instincts.

Ainsi, l’inégalité est à peine perceptible dans l’état de la nature.

En de nombreux points, le sauvage ressemble aux animaux, à l’exception de sa faculté à se perfectionner. Cette perfectibilité sera la source de sa sortie de l’état naturel et la cause de son malheur, selon Rousseau. L’homme est avant tout un animal. Il étudie donc l’homme sous deux formes : son aspect physique puis son aspect moral et psychologique.

Rousseau décrit également l’évolution de la langue : cri de la nature au départ, la langue évolue car les ses idées sont plus complexes. Ainsi, les premiers mots utilisés avaient des significations plus qu’aujourd’hui, la langue se spécialise ainsi au fur et à mesure de son développement. La langue, au départ pratique devient peu à peu métaphysique et abstraite.

Voltaire caricaturera ce mythe du bon sauvage, pensant que Rousseau voulait faire régresser l’humanité, ce qui est faux. L’état de nature chez Rousseau n’est qu’une fiction théorique, un artefact intellectuel pour comprendre d’où vient l’homme. Il ne s’agit donc pas d’un projet. Rousseau se brouillera également avec DIderot, lorsque ce dernier niera la possibilité d’un homme de nature ni bon ni mauvais.

Seconde partie du Discours sur l’origine des inégalités

Si la première partie du discours est une reconstruction minutieuse de l’homme naturel, la seconde partie est une exploration des racines de l’inégalité :

« Le premier qui ayant enclos un terrain s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : “Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne!” Mais il y a grande apparence qu’alors les choses en étaient déjà venues au point de ne plus pouvoir durer comme elles étaient : car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’esprit humain : il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l’industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d’âge en âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature. […] La métallurgie et l’agriculture furent les deux arts dont l’invention produisit cette grande révolution. Pour le poète, c’est l’or et l’argent, mais pour le philosophe ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes, et perdu le genre humain. »

C’est donc la propriété, l’usurpation qui a crée et institutionnalisé l’inégalité entre les hommes. Le travail, et l’oppression qui en découle, est la conséquence de la propriété. L’institution de la propriété est le début de l’inégalité morale, parce que si les hommes peuvent “posséder” les choses, alors les différences de « patrimoine » sont sans rapport avec les différences physiques. Cependant, Rousseau ne dénonce pas en soi la propriété (comme le fera l’anarchiste Bakounine), il dénonce les inégalités de propriété.

Rousseau explique les grandes phases de l’évolution technologique (métallurgie et agriculture) et son influence sur la psychologie humaine. L’amour conjugal, la coopération et en particulier la création de rôles entre les sexes (qui rend les femmes soumises aux hommes, sont des sources d’inégalité.

A ce stade, si l’homme naturel était régi par le besoin, l’homme civilisé vit de loisir puisque la coopération et la division des tâches libère son temps. Les arts se développent, certes, mais les rapports humains sont fondés désormais sur l’intérêt et non plus la pitié.

La propriété institue des classes, des conflits entre riches et pauvres car le propriétaire agit comme s’il possédait les travailleurs. La solution à ce conflit est un contrat, proposé par les riches aux pauvres, pour former des sociétés politiques. Les pauvres sont persuadés que, en acceptant la création d’une société politique, ils seront libres en sécurité et de préserver leur liberté. Mais selon Rousseau, il s’agit d’un assujettissement : « L’homme est né libre et partout il est dans les fers ».On voit ainsi en quoi le Discours sur l’origine des inégalités annonce le Contrat Social.

Conclusion sur le Discours sur l’origine des inégalités de Rousseau

Rousseau dresse un portrait très sévère de la modernité. Son pessimisme historique (l’histoire signifie décadence) se marie avec un optimisme anthropologique (l’homme est naturellement bon). L’iéngalité provient de la propriété, mais la croissance de l’inégalité est due au développement de l’esprit humain.

Unknown

 

L’ essai du philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau publié en 1755. discours_inegalite

Etude sur le discours i : PL1-Bermingham

 

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