Rousseau écrit une première lettre à Voltaire

SAMEDI 11 DéCEMBRE 1745

Rousseau écrit une première lettre à Voltaire, en lui proposant les modifications qu’il a opérées dans La Princesse de Navarre, devenue Les Fêtes de Ramire.

On prépare en cette fin d’année 1745 le mariage du dauphin Louis-Ferdinand de France, fils de Louis XV, avec Marie-Josèphe de Saxe. Les futurs époux, qui ont pour l’heure seize et quatorze ans, n’imaginent certainement pas que leur union donnera lieu au tout premier échange de Voltaire et Rousseau.

Et pourtant ! C’est en effet le samedi 11 décembre que le jeune Rousseau, âgé de seulement trente-trois ans et célèbre pour avoir produit un petit intermède, les Muses Galantes, s’adresse à son aîné. Il s’agit d’apporter quelques modifications au texte de la Princesse de Navarre, divertissement jadis écrit par Voltaire, mis en musique par Rameau et qui doit, dans les tout prochains mois, agrémenter la soirée de noces. Réduction en un acte, modification du canevas : c’est sur la pointe des pieds, et sur un ton des plus respectueux, que le jeune musicien genevois prend la plume : «Il y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards… pour avoir fait la musique d’un opéra je me trouve, je ne sais comment, métamorphosé en musicien.»

Si Rousseau se prête à ce jeu, c’est uniquement parce que le duc de Richelieu, intendant des Menus Plaisirs du Roi, a «insisté» : d’ailleurs, «c’est le seul parti qui convienne à l’état de [s]a fortune.» Le seul espoir du jeune musicien est de se voir un jour procurer «l’honneur d’être connu» de son illustre correspondant.

Voltaire répond le 15 décembre. La Princesse de Navarre n’est, confie t-il, qu’une «mauvaise esquisse de quelques scènes insipides et tronquées qui devaient s’ajuster à des divertissements qui ne sont points faits pour elle.» Rousseau est donc libre d’en faire ce qu’il veut. Encore le célèbre dramaturge se dit-il fâché de le voir employer ses talents «à un ouvrage qui n’en est pas trop digne.»

On connaît la suite : Rousseau se substituera à Rameau pour l’écriture des articles de musique dans l’Encyclopédie, accentuant ainsi sa réputation de musicien, et ses rapports avec Voltaire seront, pour quelque temps encore, des meilleurs. C’est après, mais après seulement, qu’il lui faudra déchanter.

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