Jean Jacques Rousseau à Montmorency

Mont-Louis.

L’Ermitage, que Madame d’Epinay offrit à Rousseau en 1756, n’existe plus. Il se trouvait 10 rue de l’Ermitage et fut malheureusement détruit. La maison de santé « l’Ermitage » occupe maintenant son emplacement. Cela ferait sourire Jean-Jacques, qui confiait à Madame d’Épinay : « Ah, Madame, quelle habitation délicieuse. Voici un asile fait pour moi. »… Mais on peut marcher dans la magnifique châtaigneraie située de l’autre côté de la route, en haut de la rue de l’Ermitage, et imaginer le lieu tel que Rousseau l’a connu.

Rousseau habite cette belle maison -à l’époque perdue dans la nature- entre le 9 avril 1756 et le 13 décembre 1757, en compagnie de Thérèse Levasseur et de la mère de celle-ci.
Ils arrivent de Paris, où, depuis fin 1749, ils habitaient l’hôtel du Languedoc, rue de Grenelle-Saint-Honoré, Rousseau étant alors secrétaire d’ambassade.
À l’Ermitage, il commence à écrire La Nouvelle Héloïse, avant de se brouiller avec Madame d’Épinay. Les sentiments qu’il éprouve pour la comtesse d’Houdetot, la belle-soeur de celle-ci qu’il a rencontrée dans le parc de Montmorency, nourrissent en effet son inspiration poétique… ainsi que les railleries et jalousies de son entourage. Espérant trouver une vie plus calme et retirée, il accepte la proposition du procureur fiscal de Montmorency et habite ensuite Mont-Louis, entre le 15 décembre 1757 et le 9 juin 1762. C’est une des plus longues stations de sa vie de voyageur, et peut-être la plus heureuse.

La petite maison a besoin de réparations et le procureur laisse à Rousseau le loisir de conduire les travaux comme il l’entend. « Je trouvais… le moyen de me faire, d’une seule chambre au premier, un appartement complet composé d’une chambre, d’une antichambre et d’une garde-robe. Au rez-de-chaussée étaient la cuisine et la chambre de Thérèse. » Entre mai et août 1759, le Maréchal de Luxembourg, voisin de Rousseau, met à sa disposition le petit château de Montmorency -détruit en 1792- pour lui permettre d’être plus à son aise pendant le plus gros des travaux. C’est à Mont Louis que Rousseau compose -souvent dans le minuscule bâtiment situé au fond du jardin (le « donjon »)- la Lettre à d’Alembert sur les spectacles, Julie ou la Nouvelle Héloïse, les Lettres à Malesherbes, Émile, le Contrat Social. C’est également ici qu’il se fâche « vraiment » avec Voltaire, en 1760, à la suite de la Lettre à d’Alembert sur les spectacles qui attaque violemment le théâtre.

Le 8 juin 1762, Rousseau est averti par le prince de Conti qu’il a été condamné pour la publication de l’Émile. Il souhaiterait ne pas fuir, être jugé et pouvoir répondre à ses accusateurs, mais le prince et le Maréchal de Luxembourg, craignant peut-être pour leur propre personne, lui demandent de quitter Montmorency. En quelques minutes, il plie bagages. Rue de Saint-Denis, une plaque signale la grande porte par laquelle il quitte le château du Maréchal (sur l’emplacement duquel a été construit depuis le château du Duc de Dino).
Les meubles de Mont-Louis seront vendus par Thérèse afin de financer l’exil. Rousseau se réfugie à Yverdon en Suisse, puis chez Madame Boy de La Tour à Môtiers-Travers, près de Neuchâtel. Trois ans plus tard, en septembre 1765, chassé par les habitants de Môtiers, il séjournera à l’Ile Saint-Pierre, sur le lac de Bienne, avant d’être accueilli par le philosophe Hume en Angleterre… et de retrouver le continent en venant habiter Trie-Château.

Voir aussi Rousseau en Oise et en Val d’Oise.

Autres demeures de l’auteur
L’écrivain a terminé sa vie à Ermenonville. Son corps repose au Panthéon à Paris. Thérèse, décédée le 12 juillet 1801, repose dans le cimetière de Plessis-Belleville, près d’Ermenonville.

Pour visiter le lieu
Musée Jean-Jacques Rousseau, Mont Louis, 5 rue Jean-Jacques Rousseau ou 4 rue du Mont-Louis, 95160 Montmorency. Ouvert tous les jours de 14h à 18h, sauf le lundi. Tel. : 01 39 64 80 13. Fax : 01 39 89 91 23. En transports en commun, descendre à la gare d’Enghien-les-Bains, puis prendre le bus 615 ou 13.
Le musée de La Chevrette de Deuil-la-Barre est situé dans l’ancienne conciergerie du château, démoli en 1786. Il donne un aperçu de ce qu’était le château à l’époque où Madame d’Épinay y accueillait Rousseau et les encyclopédistes (rue Jean Bouin, tél. : 01 34 28 60 41).

À voir aux alentours :

- Paul Eluard à Eaubonne,
- Eugène Sue à Bouqueval et Saint-Brice-sous-Forêt,
- Edith Wharton à Saint-Brice-sous-Forêt,
- Les Goncourt, Dumas, Gautier, etc. chez la Princesse Mathilde à Saint-Gratien,
- Benjamin Constant à Hérivaux,
- Anna de Noailles à Epinay-Champlâtreux,
- Mauriac à Vémars.

Petite bibliographie
Jean-Jacques Rousseau et l’île enchantée, par Raymond Trousson, dans Balade en Val d’Oise sur les pas des écrivains. Marie-Noëlle Craissati. Éditions Alexandrines.
Rousseau à Mont-Louis. Article dans Demeures inspirées et sites romanesques, tome IV, Editions de l’Illustration. Paul-Emile Cadilhac et Robert Coiplet.
Jardins d’écrivains. José Cabanis et Georges Herscher. Éditions Actes Sud, 1998.
Les affaires de l’Ermitage. Henri Guillemin, in Annales Jean-Jacques Rousseau, 1941-1942.
Les Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau existent depuis 1905 (rédaction/administration : Charles Wirz, 26 rue Voltaire, CH-1201 Genève. Tel. : 022 344 80 50).
Thérèse Levasseur. Article de Marie-Evelyne Le Coat, dans Vivre en Val d’Oise n°30 -février 1995. 50 F.

 

Source: Terre des écrivains

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