Une empreinte mortuaire – un portrait incisif exécuté par J.A. Houdon

 

Portrait de l’écrivain et philosophe Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
1779 – Variante en costume moderne d’un modèle, exécuté par Jean Antoine Houdon d’après le masque mortuaire de Rousseau, ayant appartenu au marquis de Girardin et exposé au Salon de 1779.

Terre cuite, piédouche en marbre

Paris, musée du Louvre
RF 2530
Legs d’Atherton Curtis, 1958

L’histoire de ce portrait est liée à celle du masque mortuaire de Rousseau (Genève, Bibliothèque universitaire). L’empreinte du visage du philosophe a été faite quelques heures après sa mort à la demande de son hôte, le marquis de Girardin, seigneur d’Ermenonville, par le sculpteur Jean-Antoine Houdon. L’artiste utilisa ensuite le masque de l’écrivain en le moulant afin de créer des portraits en buste parfaitement ressemblants, lesquels eurent un très grand succès public. Le buste en terre cuite du Louvre, daté de 1779, est un bel exemplaire de cette image célèbre.  C’est une épreuve moulée à l’atelier,  comme l’indique la couture visible sur l’épaule gauche et à l’arrière de la perruque, dont la fine exécution a été probablement supervisée par le sculpteur.

Rousseau est représenté non pas idéalisé à l’antique, comme Houdon choisit de le faire sur d’autres portraits, mais en costume contemporain : il porte une perruque et l’habit à la française avec veste, gilet, chemise à jabot et cravate serrée autour du cou. La sobriété de la tenue permet de se concentrer sur le visage, dont le sculpteur a travaillé les traits avec précision. Le regard perçant du philosophe, souvent évoqué par ses contemporains, a été rendu par le traitement particulier des yeux, dont l’iris est creusé en cuvette (et non simplement incisé).

Le Temps des Lumières

Durant la seconde moitié du 18e siècle, l’esprit des Lumières réévalue les pensées dominantes, qu’elles soient religieuses, politiques ou artistiques. La génération d’écrivains et de philosophes à laquelle appartient Jean-Jacques Rousseau ouvre la voie aux journalistes, orateurs et hommes politiques qui, comme Mirabeau, font vaciller en France ce qui devient bientôt l’Ancien Régime. La confrontation des idées et des opinions se fait aussi dans les milieux artistiques. En France, le Salon, exposition temporaire de l’art contemporain de l’époque organisé régulièrement au Louvre à partir de 1737, devient la vitrine des peintres et des sculpteurs agréés par l’Académie royale. C’est là qu’est dévoilée au public la statue de Jacques Saly, commandée par la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV.

Source Musée du Louvre

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