Installation de Rousseau à Montmorency, au Mont-Louis

La biographie de Jean-Jacques Rousseau semble être faite de brusques ruptures, chacune sanctionnée par une date précise. Le jeudi 15 décembre 1757 est l’une d’elles. Tandis qu’il vivait tranquillement avec Thérèse dans la demeure de l’Ermitage que Mme d’Epinay avait mise depuis l’année précédente à sa disposition, le voilà contraint à une sortie précipitée. Il écrit le 17 décembre à son ancienne bienfaitrice : «Rien n’est si simple, Madame, et si nécessaire que de sortir de votre maison quand vous n’approuvez pas que j’y reste. Sur votre refus de consentir que je passasse à l’Hermitage le reste de l’hiver, je l’ai donc quitté le quinze décembre. Ma destinée était d’y habiter malgré mes amis et malgré moi, et d’en déloger de même.» Ses «amis» ne sont autres que Diderot et surtout Grimm, que Rousseau soupçonne, à juste titre pour ce dernier, d’être à l’origine de sa brouille avec Mme d’Epinay.

Le philosophe s’installe le même mois au Mont-Louis avec Thérèse. C’est M. Mathas, procureur fiscal, qui lui a suggéré le Mont-Louis, petite demeure rurale en assez mauvais état, mais qui a l’avantage d’être disponible pour un loyer modeste. Jean-Jacques fait faire des travaux pour consolider le plancher de sa chambre et pour mettre une porte à son «donjon», petite gloriette au fond du jardin qu’il utilise comme lieu de travail. C’est dans ce donjon qu’il achèveLa Nouvelle Héloïse et rédige La lettre à d’Alembert sur les spectaclesEmile ou de l’éducation et Du Contrat social.

Il semble que l’installation de Rousseau au Mont-Louis (devenu aujourd’hui musée Jean-Jacques Rousseau) n’ait pas seulement dynamisé sa veine créatrice, mais lui ait également apporté un soulagement dont ses propres amis sont témoins, ou dont ils relaient le sentiment. C’est par exemple le cas d’Alexandre Deleyre qui écrit, début janvier : «Eh bien, cher citoyen, vous êtes donc tout à fait chez vous cette fois-ci. J’en suis charmé, parce que vous serez plus tranquille. J’irai vous voir avec beaucoup plus de plaisir, et je compte aller faire les rois à votre nouvelle solitude. Quelles sont vos pensées dans cet étroit séjour ? étroit, non, puisque c’est celui de la liberté.» Et Deleyre de conclure d’une formule très adaptée, on en conviendra, à la gloriette du philosophe : «Je remarque, mon cher, qu’elle [la liberté] se réfugie toujours en de petits coins, car plus on est au large, moins on est à son aise.»

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