1746 – Des enfants bien placés ?


1746
: « Ces enfants, quand ils revenaient de nourrice, étaient de nouveau confiés aux sœurs et à des « bonnes » placées sous leurs ordres. Madame Laroche, qui les visita, fut singulièrement touchée de la manière dont elles les traitaient, et qui était conforme, suivant elle, au caractère français. Elles leur témoignaient une indulgente affection, et favorisaient leurs jeux : comme tous les enfants de trois à cinq ans, ils sautaient, chantaient et jouaient et leur mine rayonnait de santé. Les cuisines avec leurs grandes marmites de fer étaient remarquables de propreté. La nourriture très simple mais bien préparée, consistant en lentilles, en pois, avec un peu de viande et du pain bis. Le vêtement des enfants était blanc et gris de fer ; des bonnets noirs avec une bordure blanche, des fichus et des tabliers blancs, complétaient un costume dont le principal mérite était dans la propreté »[16].

Sans donner totalement crédit à cette description idyllique, on peut cependant noter que les conditions de vie des enfantsabandonnés s’étaient considérablement améliorées depuis la réfection et l’élargissementdes locaux. Ces locaux, J. J. Rousseau les connaissait-il ? Les avait-il visités ou bien avait-il lu simplement cet « Abrégé historique de l’établissement de l’hôpital des Enfants- Trouvés » rédigé par Arrault, le directeur des Enfants-Trouvés, Abrégé publié par le Mercure de France en juin 1746 qui faisait l’éloge d’une institution de pointe pour l’époque, permettant de réduire notablement l’infanticide et d’éviter à l’enfant une exposition inhumaine et cruelle ? Comme le souligne également Louis Sébastien Mercier : « L’infanticide était aussi rare qu’il était commun autrefois »[17]. L’article d’Arrault se terminait par une profession de foi qui avait sans doute enthousiasmé J. J. Rousseau et allumé en lui quelque réminiscence platonicienne : « Il s’agit de la conservation de ces Enfans de l’Etat ; ils sont d’autant plus au public qu’ils ne sont à personne en particulier : comme Enfans de l’Etat il faut les conserver, c’est la force et la gloire : l’humanité le demande, la Religion l’exige et la Société y trouve son avantage »[18].

Face à ces vœux pieux subsiste cependant la réalité : celle d’une mortalité effrayante lors du transfert des nouveau-nés en province chez leurs nourrices, nourrices exploitées elles- mêmes par des « meneurs » qui, ne se souciant nullement du sort de l’enfant, organisaient un véritable trafic de nouveau-nés qui profitait à tout le monde. Josette Ménard[19] estime à 10 % le pourcentage des enfants qui survivaient à cette épreuve alors que les « enfants bourgeois » dont parle également J. J. Rousseau (OCIV, 274)avaient une survie de 65 % à l’âge de un an. Ces enfants de familles aisées disposaient en effet d’une nourrice individuelle qui faisait l’objet d’une surveillance rigoureuse. Maisla majorité des nouveau-nés était soumise au régime le plus éprouvant. Et si le nourrisson, après un terrible voyage, arrivait vivant dans le village de la nourrice, l’incompétence, la pauvreté, voir la cruauté ou du moins la bêtise de cette nourrice mercenaire aggravaient considérablement son sort.
J. J. Rousseau ignorait-il vraiment cela ? On voit à travers l’Emile qu’il ne se faisait guère d’illusion quant aux soins donnés par la plupart de ces nourrices mercenaires. Prônant des vêtements amples où l’enfant pourrait bouger ses membres, il ajoute dans le Manuscrit Favre : « On doit s’attendre à de grandes oppositions de la part des nourrices à qui l’enfant bien garrotté donne moins de peine que celui qu’il faut veiller incessamment. D’ailleurs sa malpropreté devient plus sensible dans un habit ouvert ; il faut le nettoyer plus souvent. Enfin la coutume est un argument qu’on ne refutera jamais au gré du peuple » (OCIV, 75). Certaines nourrices, ajoute-t-il, vont même jusqu’àfrapper les nourrissons qui pleurent trop longtemps : « Des nourrices brutales les frappent quelquefois » (OCIV, 77). Tout cela est-il étonnant puisque c’est l’argent qui règne ici aux dépens de l’enfant ? « S’agit-il de chercher une nourrice ? On la fait choisir par l’accoucheur. Qu’arrive-t-il de là ? Que la meilleure est toujours celle qui l’a le mieux payé. Je n’irai donc pas consulter un accoucheur pour celle d’Emile ; j’aurai soin de lachoisir moi-même » (OCIV, 273). Est-ce à dire qu’il choisit lui-même la nourrice qui devait allaiter les enfants de Thérèse ? Vu le mode d’abandon « ordinaire » dont il parle il est peu probable qu’il en ait été ainsi. Des réflexions qu’il formule ici naquirent san sdoute les regrets qu’il éprouva alors.

L’honneur de Thérèse

Mais n’y a-t-il pas d’autres étrangetés dans la lettre étonnante que J. J. Rousseauadresse à Madame de Francueil ? Il convient tout d’abord de noter que cette lettre necomporte pas, à l’inverse des autres aveux que nous allons voir, la mention de la fidélité et de l’honnêteté de Thérèse. Mais dès le début, expliquant à Madame de Francueil les raisons de l’abandon, il cite, juste après avoir cité la pauvreté, la nécessité de ne pas déshonorer Thérèse : « Ensuite vient la considération de leur mère qu’il ne faut pas déshonorer ». Abandonner ses enfants peut-il rendre une femme honorable ? Ne pas les abandonner peut-il la déshonorer ? J. J. Rousseau parle ensuite de : « Leur mère, victime de mon zèle indiscret, chargée de sa propre honte » et des enfants « ayant à porter à la fois le déshonneur de leur naissance et celui de leur misère ». D’où viennent donc toutecette honte et tout ce déshonneur ? Il ajoute aussitôt pour ne pas laisser s’installer unmalentendu : « Que ne me suis-je marié, me direz-vous ? ». La honte de Thérèseconsiste donc à avoir des enfants hors mariage. C’est, du moins, la raison officielle qu’il propose à Madame de Francueil. Sans être ouvertement signalée, la mauvaise conduite de Thérèse est cependant suggérée dans la mesure où J. J. Rousseau la décrit comme étant incapable de s’occuper de ses enfants et forcée de les « abandonner à eux- mêmes ». Ce choix du mot « abandonner » dans le contexte de la lettre est assez troublant. J. J. Rousseau dit par ailleurs que Thérèse est encore : « moins en état de les nourrir que moi » et écrit quelques lignes plus loin : « Il ne faut pas faire des enfans quand on ne peut pas les nourrir ». N’a-t-il pas tout dit en ayant l’air de ne rien dire ? Cette phrase terrible, que J. J. Rousseau semble prêter, par un tour de style, à Madame de Francueil, ne serait-elle pas un aveu voilé de l’incapacité de Thérèse, voir même de son indignité ? Ne dit-il pas ainsi que, de toutes façons, les enfants auraient été abandonnés puisque Thérèse est incapable de s’en occuper ? Sous une apparence de courtoisie cette lettre nous semble très critique vis-à-vis de Thérèse. Est-ce parce qu’elle aussi aurait divulgué le secret aux Dupin pour en avoir quelque avantage matériel sans que jamais J. J. Rousseau ne soit mis au courant ? Ou bien veut-il, dénigrant ses qualités domestiques, dénigrer autre chose ? Son honneur, par exemple, tout en ayant l’air de le défendre vigoureusement ?

Revenons à cette notion d’honneur qui nous semble importante dans la mesure où J. J. Rousseau y fera allusion à plusieurs reprises. C’est ainsi que dans le livre septième des Confessions J. J. Rousseau, faisant le premier aveu des abandons, nous présente ces abandons comme l’« Unique moyen de sauver son honneur » (OCI, 344), l’honneur deThérèse, naturellement. Il sera aussi question de : « L’honneur de celle qui m’étaitchère » (CC, 6673) dans la longue lettre qu’il adresse à Monsieur de Saint-Germain le 26 février 1770 pour lui expliquer les raisons des abandons. En quoi l’honneur de Thérèseserait-il bafoué par le fait d’avoir des enfants de J. J. Rousseau ? Certes, elle les avait eus hors mariage : « Je lui déclarai d’avance que je ne l’abandonnerais ni ne l’épouseraisjamais » (OCI, 331) dit-il juste après avoir fait sa connaissance et juste avant qu’elle lui fasse l’aveu de sa virginité perdue. C’est d’ailleurs l’argument qu’il semble donner, nous l’avons vu, à Madame de Francueil. Mais J. J. Rousseau conçoit-il le mariage officiel comme nécessaire à l’union charnelle de deux êtres qui s’aiment ? Il a toujours dit le contraire et considère comme sacrée toute union librement consentie par contrat mutuel : « Je suppose l’amour innocent et libre, ne recevant de lois que de lui-même ; c’est à lui seul qu’il appartient de présider à ses mystères, et de former l’union des personnes ainsi que celle des cœurs » (OCV, 78, note*) dit-il dans la Lettre à d’Alembert. St Preux dit plus fermement encore à Julie dans la lettre XXI de la Nouvelle Héloïse : « N’as-tu pas suivi les plus pures lois de la nature ? N’as-tu pas librement contracté le plus saint des engagements ? Qu’as-tu fait que les lois divines et humaines ne puissent et ne doivent autoriser ? Que manque-t-il au nœud qui nous joint qu’unedéclaration publique ? Veuille être à moi, tu n’es plus coupable. O, mon épouse ! O, ma digne et chaste compagne ! (…) Ce n’est qu’en acceptant un autre époux que tu peux offenser l’honneur. Sois sans cesse à l’ami de ton cœur pour être innocente. La chaîne qui nous lie est légitime, l’infidélité seule qui la romprait serait blâmable, et c’est désormais à l’amour d’être garant de la vertu » (OCII, 100, 101). Notons les mots qu’ilemploie: «Ce n’est qu’en acceptant un autre époux que tu peux offenser l’honneur », mots qui peuvent nous aider à comprendre dans quel sens il utilise le mot « honneur » lorsqu’il parle de Thérèse. On peut ajouter que si J. J. Rousseau considérait comme déshonorant d’avoir des enfants hors-mariage il ne lui aurait pas refusé ce mariage en lui faisant cinq enfants pour la déshonorer. Soit il savait, en lui refusant ce mariage, qu’il n’aurait jamais d’enfants avec elle ; soit il savait que les mœurs et laconduite relâchée de Thérèse rendaient impossible un mariage qui aurait alors légitimé des enfants illégitimes, chose que J. J. Rousseau n’admettait pas.

 

On peut aussi se demander si c’est l’union de Thérèse avec J. J. Rousseau qui la déshonore ; cette hypothèse, évidemment, ne tient pas. Qu’est donc Thérèse ? Une pauvre fille inculte, maltraitée, battue, exploitée, un être à la limite de la débilité auquel jamais J. J. Rousseau ne put apprendre à lire l’heure, à connaître les chiffres ni même àsavoir tous les mois de l’année (OCI, 332). Et si J. J. Rousseau insiste sur ces détails d’une façon qui pourrait sembler indélicate, c’est bien pour nous montrer que c’est lui etnon pas elle qui pourrait être déshonoré par leur liaison. Ne commence-t-il pas à devenir célèbre ? N’est-il pas l’ami de gens qui le sont ? J. J. Rousseau est devenu un nom ; il écrit un Opéra et Voltaire lui écrit ; il fréquente Rameau et va avec son premier Discours sur les sciences et les arts connaître la gloire que l’on sait. Entre lui et Thérèse existe un mariage en lui faisant cinq enfants pour la déshonorer. Soit il savait, en lui refusant ce mariage, qu’il n’aurait jamais d’enfants avec elle ; soit il savait que les mœurs et laconduite relâchée de Thérèse rendaient impossible un mariage qui aurait alors légitimé des enfants illégitimes, chose que J. J. Rousseau n’admettait pas

On peut aussi se demander si c’est l’union de Thérèse avec J. J. Rousseau qui la déshonore ; cette hypothèse, évidemment, ne tient pas. Qu’est donc Thérèse ? Une pauvre fille inculte, maltraitée, battue, exploitée, un être à la limite de la débilité auquel jamais J. J. Rousseau ne put apprendre à lire l’heure, à connaître les chiffres ni même àsavoir tous les mois de l’année (OCI, 332). Et si J. J. Rousseau insiste sur ces détails d’une façon qui pourrait sembler indélicate, c’est bien pour nous montrer que c’est lui etnon pas elle qui pourrait être déshonoré par leur liaison. Ne commence-t-il pas à devenir célèbre ? N’est-il pas l’ami de gens qui le sont ? J. J. Rousseau est devenu un nom ; il écrit un Opéra et Voltaire lui écrit ; il fréquente Rameau et va avec son premier Discours sur les sciences et les arts connaître la gloire que l’on sait. Entre lui et Thérèse existe un abîme intellectuel et social qui ne peut nous faire hésiter plus longtemps : ce n’est pas d’avoir des enfants de J. J. Rousseau que Thérèse serait déshonorée et bien des femmesvoudraient connaître ce déshonneur. C’est donc à la première hypothèse que l’on est forcé de revenir, celle des enfants adultérins. Mais comment l’étayer en se bornant surles seuls textes de J. J. Rousseau ? Aurait-il dit le contraire de ce qu’il avoue à la seule fin de ne jamais désavouer Thérèse et de lui conserver, justement, son honneur ?
La lettre à Madame de Luxembourg
L’aveu suivant sera fait à Madame de Luxembourg, en écriture cette fois tout à fait ordinaire, le 12 juin 1761 (CC, 1430). J. J. Rousseau y avoue dès le début, évoquant sa vie commune avec Thérèse : « De ces liaisons sont provenus cinq enfans, qui tous ont été mis aux Enfants-Trouvés ». Le ton de la lettre est beaucoup plus serein, plusrespectueux aussi que celui qu’il avait adopté pour parler à Madame de Francueil ; il est vrai qu’il s’adresse ici à une duchesse-maréchale d’un âge certain ; il est vrai aussi que Madame de Luxembourg n’a pas trahi un secret qu’elle ne connaissait pas et tente, loin de reprocher quoique ce soit à J. J. Rousseau, de rechercher l’aîné de ses enfants, et cecià sa demande, dans la mesure où il pense mourir bientôt et souhaite que sa compagnepuisse retrouver cet enfant qui, âgé d’une quinzaine d’années, pourrait maintenantconstituer pour elle une aide précieuse. Le contexte est donc tout à fait différent. Les années ont passé. L’Emile est en voie d’achèvement et J. J. Rousseau, maintenant coupé de la ville et de son atmosphère séditieuse, a retrouvé son calme, son bon sens et peut- être aussi le sens de l’honnêteté. Que va-t-il dire cette fois à Madame de Luxembourg dans cette longue lettre qu’il lui écrit le 12 juin 1761 croyant ses jours comptés ? La début de la lettre consiste, nous l’avons dit, dans l’aveu de l’abandon. Mais toute la suite est réservée à Thérèse dont il veut établir le sort après sa mort, la recommandant vivement à Madame de Luxembourg, louant ses qualités mais ne déguisant pas non plus ses faiblesses afin de mieux obtenir l’appui de sa tutrice. C’est dans ce récit que J. J. Rousseau parle pour la première fois des circonstances de l’abandon du premier enfant, circonstances qu’il reprendra dans les Confessions en les étendant aux deux enfants suivants : « De ces liaisons sont provenus cinq enfants qui tous ont été mis aux Enfants-Trouvés, et avec si peu de précaution pour les reconnaître un jour, que je n’ai même pas gardé la date de leur naissance. Depuis plusieurs années le remords de cette négligence trouble mon repos et je meurs sans pouvoir la réparer augrand regret de la mère et au mien. Je fis mettre seulement dans les langes de l’aîné une marque dont j’ai gardé le double ; il doit être né ce me semble dans l’hiver de 1746 à 47, ou à-peu-près. Voilà tout ce que je me rappelle. S’il y avait moyen de retrouver cetenfant ce serait faire le bonheur de sa tendre mère ; mais j’en désespère, et je n’emporte point avec moi cette consolation. Les idées dont la faute a rempli mon esprit, ont contribué en grande partie à me faire méditer le Traité de l’Education, et vous y trouverez, dans le livre premier un passage qui peut vous indiquer cette disposition. Je n’ai point épousé la mère, et je n’y étais point obligé, puisque avant de me lier avec elle, je lui ai déclaré que je ne l’épouserais jamais ; et même un mariage public nous eut été impossible à cause de la différence de religion : mais du reste je l’ai toujours aimée ethonorée comme ma femme, à cause de son bon cœur, de sa sincère affection, de son désintéressement sans exemple, et de sa fidélité sans tâche sur laquelle elle ne m’a pasmême occasionné le moindre soupçon ». Le passage de l’Emile est celui-ci : « Celui quine peut remplir les devoirs de père n’a point droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté nitravaux ni respect humain qui le dispensent de nourrir ses enfants, et de les élever lui-même. Lecteurs, vous pouvez m’en croire. Je prédis à quiconque a des entrailles etnéglige de si saints devoirs qu’il versera longtemps sur sa faute des larmes amères, et n’en sera jamais consolé » (OCIV, 262, 263). Et il ajoute, dans une note (OCIV, 263, note 1) : « Tout lecteur sentira, je m’assure, qu’un homme qui n’a nul remords de sa faute ou qui veut la cacher au public se gardera de parler ainsi ». Est-ce vraiment un aveu? Les arguments qu’il invoque ici pour Madame de Luxembourg sont en contradiction totale avec les arguments qu’il utilisait dans la lettre à Madame de Francueil.Rien ne dispense un père d’élever ses enfants : il le dit et l’affirme avec force et il n’estplus question ici de pauvreté. A-t-il changé de sentiment ? Il a, du moins, changéd’interlocutrice et s’adresse à sa nouvelle amie tout différemment.

Les dates présumées des abandons

Les dates qu’il avance ici avec précaution contredisent quelque peu celles qu’il proposedans lesConfessions. Si l’on en croit ce qu’il en dit alors, la première naissance seplacerait fin 1747 ou début 1748. C’est à l’automne 1747 qu’il situe en effet son séjour à Chenonceaux au retour duquel il découvre l’état de grossesse de Thérèse : « plus avancéque je ne l’avais cru » (OCI, 343). Situer l’accouchement fin 1747 ou début 1748 paraîtdonc raisonnable. Mais J. J. Rousseau a fait deux séjours à Chenonceaux : un enautomne 1746 et l’autre en automne 1747. Se serait-il trompé d’année en 1761 ou en1766, ou bien aurait-il feint de se tromper pour brouiller la piste et ralentir les recherches qu’avait fait entreprendre Madame de Luxembourg ? Il est certain qu’il n’apporte aucun zèle particulier à suivre le déroulement de ces recherches que Madamede Luxembourg avait confiées à son valet de chambre et homme de confiance La Roche. Nous avons à ce sujet une suite de lettres qui nous apportent d’utiles renseignements dans la mesure où La Roche, qui semble être un homme consciencieux, s’avère incapable de trouver trace de l’enfant dans les registres des Enfants-Trouvés. Nous disposons eneffet d’une lettre de Madame de Luxembourg adressée à J. J. Rousseau et datée du 18 juillet 1761 qui dit brièvement : « Je ne vous parle point de nos autres affaires, il y en aune qui n’est pas encore avancée » (CC, 1452) lettre à laquelle J. J. Rousseau répond le 20 juillet : « Heureux même si je trouvais ces avantages dans la recherche dont vous voulez bien vous occuper ; mais quelqu’en soit le succès j’y verrai toujours les soins de l’amitié la plus précieuse qui jamais ait flatté mon cœur, et cela seul dédommage detout » (CC, 1454). Plus d’un mois s’est donc passé depuis le début de la recherche et la trace de ce premier enfant n’est toujours pas retrouvée. C’est le 7 août 1761 queMadame de Luxembourg va donner quelques nouvelles de cette recherche qui piétine dans une lettre dont nous reproduisons l’orthographe : « L’affaire de cest letres inisial est la plus difficile du monde, l’homme qui se melle de cet recherche la est dificille et facheux, il ne veut point d’argent, par consequent on le peut bien moins presé, il demandeplusieurs mois parce que les renseignement sont fort peu certain et qu’il faut qu’il feuettroit au moins six mois de registre, j’espère insesament tenir celle qui est la ainé » (CC,1470 ). Il semblerait donc que le premier enfant fût une fille si l’on s’en réfèreà cette lettre. Quant à l’expression : « j’espère incessamment » que peut-elle signifier ? La proximité de la découverte ou le désir de Madame de Luxembourg de voir les choses aboutir ? La réponse que lui fait J. J. Rousseau dans la lettre datée du 10 août 1761 semble dénuée de passion pour ne pas dire d’intérêt vis-à-vis de cette recherche et ilpropose même d’arrêter l’enquête qui, deux mois après le début, n’a encore rien donné sous le prétexte que l’enfant retrouvé pourrait devenir un danger pour sa mère : « Je vois avec peine, Madame la Maréchale, combien vous vous en donnez pour réparer mes fautes ; Mais je sens qu’il est trop tard et que mes mesures ont été trop mal prises ; il est juste que je porte la peine de ma négligence et le succès même de vos recherches ne pourrait plus me donner une Satisfaction pure et sans inquiétude. Il est trop tard, il est trop tard ; ne vous opposez point à l’effet de vos premiers soins, mais je vous Supplie de n’y en pas donner davantage (…) Dans l’état où je suis, cette recherche m’intéressaitencore plus pour autrui que pour moi, et vu le caractère trop facile à subjuguer de la personne en question, il n’est pas sur que ce qu’elle eut trouvé déjà tout formé soit en bien ou en mal, ne fut pas devenu pour elle un présent funeste. Il eut été bien cruel pour moi de la laisser victime d’un tiran » (CC, 1472). Notons le caractère un peu bouleversédes ponctuations, l’usage de quelques initiales, un ton précipité et même suppliant : manifestement, et quelle qu’en fût la raison, J. J. Rousseau n’était pas à son aise lorsqu’ilrédigea cette missive. Est-ce Thérèse qui, mise au courant, n’appréciait pas ladémarche ? J. J. Rousseau redoutait-il une découverte qu’il voulait cacher ? Ainsi s’arrêta la recherche des enfants abandonnés. Il est certain que cette lettre écrite à Madame de Luxembourg, lettre qui ne prend apparemment jamais en compte les désirs de Thérèse (mais fut-elle mise au courant de la démarche ? ) pourrait accréditer l’hypothèse de la fable exprimée par Frédérica Mac Donald. Craindre qu’on lui imputât n’importe quel enfant était un risque évident et même certain si cet enfant n’était pas le sien.

Mais alors pourquoi J. J. Rousseau aurait-il pris ce risque énorme ? Et pourquoi aurait-il demandé cette recherche s’il savait à l’avance qu’elle serait négative ? Pour aller jusqu’au bout de sa fiction et donner corps à ces enfants imaginaires ? Il y a dans cette affaire un paradoxe qui nous interroge et nous aimerions savoir le motif réel de cette recherchemenée, d’ailleurs, nous semble-t-il, assez mollement par La Roche[20].

 

La Bibliothèque de la Pléiade, cette fois non sous forme de preuve mais de document, auquel une large place est consacrée, elle réapparaît sous la plume de Paule AdamyFernandez qui a la probité d’en vérifier les sources. Elle aboutit d’ailleurs à la même conclusion que Frédérica Mac Donald : cet enfant n’est pas de J. J. Rousseau, qui, selon elle, n’a jamais eu d’enfants ni même jamais abandonné ceux que Thérèse aurait pu avoir.

Une recherche a été menée depuis par Albert Dupoux, lui-même directeur de l’hôpital hospice de St Vincent de Paul, recherche publiée en 1952[26]. Il défend la thèse de la paternité de J. J. Rousseau tout en infirmant l’hypothèse que l’enfant Joseph Catherine soit son fils, dans la mesure où il estime que ses enfants furent « abandonnés sous un autre nom que le sien ». Nous avons fait nous-même des recherches étendues, portant non pas sur deux ou cinq registres comme les auteurs précédents, mais sur tous les procès-verbaux allant de l’année 1745 incluse à l’année 1755. Cette recherche est détaillée dans l’Appendice qui suit notre essai mais il est nous possible d’affirmer dès maintenant qu’aucun enfant s’appelant Rousseau, Le Vasseur ou Levasseur ne peut êtreraisonnablement attribué à J. J. Rousseau ou à sa compagne dans la mesure où lescirconstances de l’abandon ne correspondent pas à celles que nous décrit J. J. Rousseau.

Soit, en effet, les parents connus n’avaient aucun rapport avec Thérèse et J. J. Rousseau et portaient des noms différents, soit le nom de Rousseau avait été attribué à l’enfantabandonné en raison du lieu de son exposition, soit l’enfant avait été exposé et non déposé comme le certifie J. J. Rousseau, soit la mère avait accouché à l’Hôtel-Dieu et non chez une sage-femme comme J. J. Rousseau l’indique. La plupart du temps, nous le verrons de façon détaillée dans l’Appendice, plusieurs de ces arguments s’additionnent de telle sorte que parmi les 97 enfants portant le nom de Rousseau ou de Le Vasseur (Levasseur) dont nous avons retrouvé la trace pendant ces onze années aucun (oupresque aucun) n’a véritablement retenu notre attention, argument supplémentaire pour nous poser cette question : les enfants de Thérèse auraient-ils été abandonnés de façon anonyme comme il était fréquent de le faire alors ?[27]

 

L’hypothèse d’un abandon anonyme

L’hypothèse d’un abandon anonyme ou, plus exactement, de plusieurs abandonsanonymes, pourrait expliquer la négativité de toutes ces recherches menées depuis plus de deux cent trente-sept ans par différents auteurs. En effet si J. J. Rousseau nous parle d’un « chiffre » il ne nous parle jamais d’un nom. « Ce chiffre n’eut pas dû êtreintrouvable » (OCI, 558) nous dit-il dans les Confessions. Ce n’est donc pas un nom que cherche La Roche mais un chiffre. L’argument utilisé par Frédérica Mac Donald, à savoirque si l’enfant se nommait Rousseau, La Roche n’aurait pas eu grand mal à le retrouver, nous semble, en effet, très pertinent. A l’époque les registres étaient complets, bientenus, et la recherche était facile. Un autre argument allant dans le même sens est le temps considérable exigé par La Roche pour mener à bien cette recherche : pourquoidemander à Madame de Luxembourg un délai de plusieurs mois alors qu’en quelques heures – si l’enfant avait reçu le nom de ses parents – il eut été possible de le retrouver ?

C’est aussi ce qu’exprime indirectement J. J. Rousseau dans le livre onzième des Confessions, relatant l’histoire de la recherche : « Pendant assez longtemps les choses en restèrent là : mais enfin Madame la Maréchale poussa la bonté jusqu’à vouloir retirer un de mes enfants. Elle savait que j’avais fait mettre un chiffre dans les langes de l’ainé ; elle me demanda le double de ce chiffre ; je le lui donnai. Elle employa pour cette recherche La Roche son valet de Chambre et son homme de confiance, qui fit de vaines perquisitions et ne trouva rien, quoiqu’au bout de douze ou quatorze ans seulement, si les registres des enfants-trouvés étaient bien en ordre, ou que la recherche eut été bienfaite, ce chiffre n’eut pas du être introuvable » (OCI, 558). Un autre argument plaide, nous semble-t-il, en faveur de ce dépôt anonyme : la Préface
de Narcisse écrite par J. J. Rousseau en 1752, après l’abandon des enfants,vraisemblablement des trois premiers. Il nous semble, en effet, que cette préface tardive n’a pas simplement fonction de prendre la défense de sonDiscours sur les sciences et les arts mais aussi d’exprimer des pensées beaucoup plus personnelles s’approchant fort des aveux publics qu’il osera plus tard : « Ce n’est donc pas de ma pièce mais de moi-mêmequ’il s’agit ici » (OCII, 959) déclare J. J. Rousseau tout au début. Puis il va évoquer ses productions antérieures en disant : « Ce sont des enfants illégitimes que l’on caresse encore avec plaisir en rougissant d’en être le père, à qui l’on fait ses derniers adieux, et qu’on envoie chercher fortune sans beaucoup s’embarrasser de ce qu’ils deviendront »(OCII, 963). L’allusion aux enfants abandonnés est claire et jugée en général sévèrement dans la mesure où il adopte ce ton de persiflage qu’il reprendra plus tard danslesConfessions pour avouer les abandons. C’est au livre neuvième des Confessions qu’ilva également nous parler de Narcisse, dans un passage (OCI, 387) qu’il intercale juste au milieu de deux récits concernant la naissance de ses enfants (OCI, 356, 415) : « Narcisse lui plut, il se chargea de le faire jouer anonyme (…) La pièce fut reçue avec applaudissements et représentée sans qu’on en nommât l’auteur (…) Pour moi je m’ennuyai tellement à la première que je ne pus tenir jusqu’à la fin, et sortant du spectacle, j’entrai au café de Procope où je trouvai Boissi et quelques autres, qui, probablement s’étaient ennuyés comme moi. Là je dis hautement mon peccavi,m’avouant humblement et fermement l’auteur de la Pièce, et en parlant comme tout le
monde en pensait. Cet aveu public de l’Auteur d’une mauvaise pièce qui tombe fut fort admiré et me parut très peu pénible. J’y trouvai même un dédommagement d’amour propre dans le courage avec lequel il fut fait, et je crois qu’il y eut en cette occasion plus d’orgueil à parler qu’il n’y aurait eu de sotte honte à se taire. Cependant comme il était sûr que la pièce, quoique glacée à la représentation soutenait la lecture, je la fis imprimer et dans la Préface qui est un de mes bons écrits, je commençai de mettre àdécouvert mes principes un peu plus que je n’avais fait jusqu’alors » (OCI, 388). Ce passage qui pourrait sembler anodin mérite une attention soutenue. Il s’agit là aussi d’un aveu de paternité concernant une oeuvre jouée sous anonyme qu’il revendique « humblement ou fièrement » après nous avoir dit qu’il la comparait à des enfants illégitimes. Pourquoi d’ailleurs Narcisse est-il joué sous anonyme ? La raison n’est pas expliquée clairement. C’est le comédien La Noue qui aurait décidé de cet anonymat pour faire jouer la pièce au Français selon le vœu de J. J. Rousseau qui n’arrivait pas à la faire jouer aux Italiens où elle restait en attente depuis « sept ou huit ans ». La phrase, très
embrouillée, ne permet d’éclairer ni le choix de l’anonymat ni même les circonstances de la représentation comme si J. J. Rousseau s’amusait ici aussi à brouiller les pistes et àsuggérer autre chose. Comparons, en effet, cet « Humblement et fièrement » dont il qualifie son aveu de paternité littéraire aux termes dont il qualifie son aveu de paternité charnelle : « Je l’appris dans la suite à Madame d’Epinay ; et dans la suite encore à Madame de Luxembourg, et cela librement, franchement, et pouvant aisément le cacher à tout le monde » (OCI, 357). Il est bien tentant de mettre les deux textes en parallèle,d’autant que le mot « fièrement » a été rajouté par la suite (OCI, 389, a). Cet aveu quin’était pas obligatoire puisque s’agissant d’une pièce anonyme ne peut que nous faire songer à l’aveu de l’abandon que rien ne justifiait puisque les enfants avaient été
déclarés (probablement) sous anonyme. J. J. Rousseau estimerait-il, comme beaucoup de ses contemporains, que l’anonymat littéraire était une bonne façon de faire ? Non, tout au contraire. Il désapprouve totalement l’anonymat, estimant qu’il ne faut jamaisséparer un livre de son auteur : « L’équité (…) veut qu’on ne sépare point la cause duLivre de celle de l’homme puisqu’il déclare en mettant son nom ne les vouloir pointséparer ; elle veut qu’on ne juge l’ouvrage qui ne peut répondre, qu’après avoir ouï l’Auteur qui répond pour lui » (OCIV, 792, 793) dit-il dans la cinquièmeLettre écrite de la montagne. Contrairement à beaucoup d’auteurs de son siècle – Voltaire tout particulièrement – J. J. Rousseau n’a pratiquement jamais publié anonymement si l’on excepte quelques ouvrages mineurs : la Lettre à Grimm au sujet des remarques ajoutées à sa lettre sur Omphale, la Lettre d’un symphoniste et la Vision de Pierre de la montagne dit le Voyant. Est-il alors logique que si ces enfants sont de lui – ces enfants qu’il assimile à des livres – il les abandonne sous anonyme, refusant ainsi de faire un lien entre cesoeuvres de chair et l’auteur qui les conçut ? Il apparaît une contradiction certaine entre le fait qu’il revendique très bruyamment sa paternité et le fait qu’il pourrait avoir fait déposer les enfants sous anonyme. Père légitime de ses enfants, n’aurait-il pas eu à cœur d’assumer sa paternité jusqu’au bout et de les faire enregistrer sous son nom ? Cet anonymat vraisemblable ne serait-il pas une forme de désaveu ? « Ils prétendent encore que ma conduite est en contradiction avec mes principes » (OCII, 961) dit-il encore dans cette Préface de Narcisse qui dit, nous le verrons, beaucoup. Et si, en effet, sa conduite
était en accord avec ses principes ? S’il n’avait jamais abandonné ses propres enfants, mais, simplement, aidé Thérèse à abandonner les siens ?
[1] Frédérica Mac Donald, La légende des enfants de Rousseau, La Revue Bleue du 22 juin 1912, p. 784.
[2] Barruel Beauvert, Vie de J. J. Rousseau, 1789, 391pages.
[3] Louis Sébastien Mercier, De J. J. Rousseau considéré comme l’un des premiers auteurs de la Révolution, 1791, t II, p. 265, note 1.[4] George Sand, La Revue des Deux Mondes, 15 novembre 1863, t XLVIII, pp. 341-365. [5] Frédérica Mac Donald, idem.
[6] Paule Adamy Fernandez, Les enfants de Rousseau, réalité ou fiction ? Autobiographie et fiction romanesque autour des Confessions de J. J. Rousseau, actes du Colloque

 

international organisé par J. Domenech, Nice 11-13 janvier 1966, CRLP, No 37, 465 pages, pp. 83-98.
[7] Voir notamment F. Bocquentin, Comment lire J. J. Rousseau selon J. J. Rousseau ? J. J. Rousseau et la lecture, éd. T. L’Aminot, Studies on Voltaire and the eighteenth century, 369, Voltaire Foundation, Oxford, 1999, pp. 329-349.[8] A-t-il demandé à Madame de Francueil de détruire la lettre qu’il lui avait envoyée ? Ou bien s’est-il borné à la rédiger sans vraiment l’envoyer ? En l’absence du manuscritoriginal nous ne pouvons faire que des suppositions.
[9] La mortalité des enfants déposés aux Enfants-Trouvés était très forte à cette époque. Les chiffres proposés sont cependant assez différents selon les auteurs. Louis Sébastien

 

Mercier estime que sur 6 à 7000 enfants abandonnés 180 seulement survivaient au bout de 10 à 12 ans. Tenon estime, lui, que de 1773 à 1777 inclus sur 31. 951 enfants abandonnés il en survécut 4. 711. Voir à ce propos : Léon Lallemand :Histoire des enfants abandonnés et délaissés au XIX° siècle, Paris, 1885.

[10] Parlant d’une nouvelle édition de l’Emile que J. J. Rousseau aurait projetée, Corancez dit ceci : « Elle contenait aussi le parallèle de l’éducation publique et de l’éducation particulière ; morceau qu’il me disait être essentiel au traité de l’éducation et qui manque à Emile » : Corancez O. : De J. J. Rousseau, Extrait du Journal de Paris, No 251, 256,258, 259, 260 et 261, de l’an VI, reprints 1978, 75 pages. Voir aussi à propos del’éducation et de Platon l’article : « Education » de T. L’Aminot dans le Dictionnaire de J. J. Rousseau, publié sous la direction de R. Trousson et F. S. Eigeldinger, Paris, 1996, 961, pp. 275-278 et l’article de R. Galliani : La signification politique de l’Emile, à propos de Platon, Etudes J. J. Rousseau, No 9, Musée J. J. Rousseau Montmorency, 340 pages, pp. 79-83.

[11] F. S. Eigeldinger, Des pierres dans mon jardin, Paris Genève, 1992, 730 pages, p. 210.
[12] « Enfant exposé ou comme on l’appelle vulgairement un enfant trouvé est un enfant nouveau-né ou en bas âge et hors d’état de se conduire que ses parents ont exposé hors de chez eux, soit pour ôter au public la connaissance qu’il leur appartenait, soit pour se débarrasser de la nourriture, entretien et éducation de cet enfant. Il y avait anciennement devant la porte des églises une coquille de marbre où l’on mettait les enfants que l’on voulait exposer. On les portait en ce lieu pour que quelqu’un touché de compassion se chargea de les nourrir. Ils étaient levés par les marguilliers qui en dressaient procès-verbal et cherchaient quelqu’un qui voulut bien s’en charger, ce qui était confirmé par l’évêque et l’enfant devenait serf de celui qui s’en chargeait ». Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, nouvelle réimpression en fac-similé, Stuttgart, 1967.

 

[13] Voir à ce sujet la belle étude de Claude Delasselle : Les Enfants-Trouvés à Paris au XVII° siècle, DES, Faculté de Nanterre, juin 1966, 78 pages, ainsi que les précisions que fournit Albert Dupoux : Sur les pas de Monsieur Vincent, Trois cents ans d’histoire parisienne de l’enfance abandonnée, Paris, 1948, Assistance Publique de Paris, 415 pages.Consulter également l’ouvrage de Léon Lallemand : Un chapitre de l’histoire des Enfants- Trouvés : la maison de la Couche à Paris, Paris, 1885, 148 pages, Chapitre II : admission et mise en nourrice des Enfants-Trouvés : pp. 28-44.

[14] Léon Lallemand, Un chapitre de l’histoire des Enfants-Trouvés : la maison de la Couche à Paris au XVII et XVIII° siècle, Paris, 1885.
[15] Marcel Fossoyeux : L’Hôtel Dieu de Paris au XVII et XVIII° siècle, Paris-Nancy, 1912.

[16] Albert Babeau : Paris en 1789, Librairie Firmin Didot et Cie, Imprimeurs-éditeurs,Paris. A. Babeau parle ici de la maison St Antoine où étaient reçus les enfants lorsqu’ilsrevenaient de nourrice, maison qui faisait partie intégrante des Enfants-Trouvés.

[17] Louis Sébastien Mercier : Tableau de Paris, tome 1, Mercure de France, 1989, p. 687.[

18] Abrégé historique de l’établissement de l’hôpital des enfans trouvés, par Arrault, à Paris, chez Thiboust, Imprimeur du Roy, 1746, No 1332, Archives de la Bibliothèque del’Assistance Publique.

[19] Josette Ménard, Le sort misérable des enfants mis en nourrice dans nos villages au XVIII et XIX° siècle,Les cahiers de la SHGBE, No 36, 1995, pp. 20-27.[20] Nous verrons dans l’Appendice qu’à cette époque tous les registres étaient encore disponibles et que retrouver le nom d’un enfant était chose aisée sans même avoirrecours à la consultation des procès-verbaux.

[21] Jules Lemaître : J. J. Rousseau, deuxième conférence Paris, 1921, 360 pages, p. 61.[22] Frédérica Mac Donald, idem, p. 817.
[23] G. Variot, L’abandon des enfants de J. J. Rousseau et le fonctionnement de l’hôpitaldes Enfants-Trouvés à cette époque, Bulletin de la société d’Histoire de la médecine, XIX , 2-3, 1925,1 pp. 63-83.

[24] G. Variot, idem, p. 69.
[25] G. Variot, idem, p. 82.
[26] A. Dupoux, J. J. Rousseau a-t-il abandonné ses enfants ? Revue d’information et de documentation de l’Assistance Publique, vol 3, mars-avril 1952, pp. 160-166.[27] Cet anonymat fréquent ne dépassait pas cependant 20% des enfants abandonnéscomme l’indique C. Delaselle dans son étude qui porte cependant sur des années ultérieures (1772-1778) : Les enfants trouvés à Paris au XVIII° siècle, DES, Faculté de Nanterre, 1966, 78 pages.

 

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