Rousseau et Diderot, meilleurs ennemis

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En 1742, deux jeunes intellectuels se rencontrent, admirant tous deux l’Antiquité et partageant la même idée très élevée de la vertu : Rousseau et Diderot. Mais leur vision de la philosophie s’oppose en tout point.

Comment leur conception de l’amitié fut-elle mise alors à l’épreuve ?

 

Par l’intermédiaire d’un ami commun, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et Denis Diderot (1713-1784) se rencontrent en 1742. Ils ont une trentaine d’années, sont tous deux très cultivés et partagent des valeurs communes.
Mais leur caractères sont très différents et sont à l’origine d’un malentendu entre eux… Leurs attentes ne sont pas les mêmes et leur conception de la philosophie, de la réalité, divergent.
Quant Rousseau emploie le terme de « philosophe » de façon péjorative, et le critique, Diderot revendique cette appellation et il est même considéré comme LE philosophe par excellence.
Comment ces conceptions ont-elles évolué au fil de leur vie et les ont finalement séparés ?

L’invité du jour :

Franck Salaün, professeur de littérature française du XVIIIème siècle à l’Université de Montpellier

Les opposés s’attirent

Cette différence de caractères entre Rousseau et Diderot explique en partie leur attirance mutuelle. Rousseau semble introverti, timide, mal à l’aise en société… Diderot donne l’impression de vivre en dehors de lui-même, il est entièrement dans l’échange. Cela alimente un malentendu : Rousseau n’a pas les mêmes attentes à l’égard de son ami que Diderot. Diderot va entrer dans le groupe des philosophes, ceux qui vont changer les choses, il a l’esprit collectif quand Rousseau a déjà le sentiment qu’il a une œuvre à écrire, que sa vie est un enjeu, que sa vie est une œuvre…
Franck Salaün

Rousseau et la critique des philosophes

Assez rapidement, Rousseau emploie les termes « philosophe » et « philosophie » de façon péjorative, pour lui, le terme sert souvent à désigner les philosophes modernes, c’est-à-dire justement ceux de « L’Encyclopédie »… Le chef de file de ces philosophes étant Diderot, Rousseau aurait dû beaucoup plus tôt se fâcher avec lui. C’est ce qui est curieux ! Mais on a l’impression qu’il lui pardonne alors qu’est en train de croître dans l’écriture de Rousseau ce rejet des philosophes…
Franck Salaün

Rousseau et Diderot, attraction et répulsion

Diderot va de plus en plus affirmer un monisme, une conception matérialiste de l’univers, tandis que Rousseau après diverses hésitations, va oser confesser Dieu chez les philosophes et réaffirmer le dualisme, sa croyance en l’âme.
Ils sont attirés l’un par l’autre, attirés par ce qui brûle… Rousseau n’est pas fait pour s’entendre avec Diderot, il ne pourra que souffrir de la fréquentation de Diderot qui est beaucoup plus à l’aise dans l’échange et la vie sociale. Inversement, Diderot aurait pu deviner qu’il n’aurait que des difficultés avec Rousseau car ce dernier est égocentrique, il ne comprend pas l’intérêt de « L’Encyclopédie », il ne comprend pas qu’on puisse se consacrer ainsi à un ouvrage collectif… Alors que Diderot est en train de mettre en place cet important projet, Rousseau lui écrit : « occupez-vous de moi ! ».
Franck Salaün

Sons diffusés :

  • Chanson du film animé Rox et Rouky de Walt Disney, 1981
  • Chanson de Joe Cocker, With A Little Help From My Friends

Textes lus par Thibault de Montalembert :

  • Deux extraits de Jean-Jacques Rousseau, Correspondance générale, éditions Classiques Reprint, 2012

Textes lus par Vincent Schmitt :

  • Extrait de Diderot, Correspondance, Tome V de l’édition des Oeuvres de Diderot, éditions Robert Laffont, 1997
  • Extrait de Essai sur les règnes de Claude et de Néron, de Denis Diderot, dans Diderot, Oeuvres philosophiques, éditions Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2010

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La notion de travail dans l’Émile de J.J. Rousseau

Le cœur de l’homme est inquiet et malheureux. Il lui fait tous les jours de sa vie rechercher le bonheur, mais le temps passe et le bonheur le fuit. Il lui fait désirer de vivre seul et content dans l’innocence de ses sentiments naturels et à l’abri de tout ce qui l’agite parmi ses semblables, mais il n’y a pas d’existence possible en dehors de la société. Il voudrait être soi, trouver sa place et s’aimer lui-même, mais il est le plus souvent plein d’amour-propre, envieux et jaloux de la place occupée par les autres. Au moins il peut rêver et écrire. Rousseau, qui a un des cœurs les plus sensibles de son temps, souffre de toutes les souffrances qui accablent les hommes, mais il sait rêver mieux qu’un autre et il peut écrire sans presque s’interrompre. Il écrira donc sur le bonheur et sur les moyens de se garder du malheur autant qu’il est possible, en sachant bien que tout cela n’est pour lui qu’un rêve.

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Rousseau et Stendhal

Il existe dans leurs destinées des convergences qui ne pouvaient que frapper le jeune Beyle.
Mais plus important encore est le dialogue conflictuel entre Stendhal et Jean-Jacques. On s’est à maintes reprises posé la question d’une désaffection de Stendhal à l’égard de Rousseau, notamment sous l’emprise des idéologues.
Or, une lecture attentive des deux œuvres fait apparaitre qu’il n’y eut pas de « dérousseauisation » de la part de Stendhal, mais une stendhalisation rendu possible par un dialogue permanent avec l’auteur de la nouvelle Héloïse,
Rousseau est présent chez Stendhal des les premières aux dernières œuvres de son théâtre à son dernier roman.
En outre, l’étude de l’autobiographie stendhalienne met en lumière que le point central de ce dialogue est le style qui hantera Stendhal sa vie durant. Enfin, s’il est un point de convergence qui ne fut jamais remis en question, c’est leur accord sur la musique. Stendhal, en effet, devait toujours reconnaitre en Jean-Jacques un maître en ce domaine.

Il faut sauver Jean Jacques Rousseau !

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Le musée Jean Jacques Rousseau  a fermé ses portes le 13 mars conformément aux directives du gouvernement pour freiner la propagation du coronavirus.

Depuis notre philosophe se languit,

seul  dans sa demeure

Nous le connaissions en Mars 2020 

 

puis confiné dans son petit appartement  en Avril 2020

 

 

et maintenant en Mai 2020; Jean Jacques n’est plus le même , même son jardin au Mont Louis ne lui apporte plus les ressources qui sont nécessaires à un philosophe  ..

Il nous confiait encore ne plus retrouver ses repères ..

 

SAUVONS JEAN JACQUES ROUSSEAU

SOUTENEZ

l’ ASSOCIATION

DES AMIS DU MUSEE – SIAM JJR

MERCI

 

 

Rousseau face au Coronavirus

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Le coronavirus et le péché originel de l’homme mondialisé

Dans son second Discours sur l’origine de l’inégalité, Jean-Jacques Rousseau fustige la civilisation comme la source de tous les maux terrestres. La maladie serait un fléau « appartenant principalement à l’homme vivant en société ». Pour l’auteur de Du contrat social, la médecine moderne ne suffit pas à affirmer la supériorité de la vie civilisée sur la vie sauvage. Car les maux que soigne la modernité lui sont exclusifs… L’homme civilisé, voilà l’ennemi !

La coïncidence a voulu que ce Discours soit publié l’année du tremblement de terre de Lisbonne. Mais ce désastre n’infléchit pas la pensée du philosophe genevois. Il ne se joint pas au concert d’indignations animé par Voltaire, qui déplore la cruauté du sort qui s’abat sur le Portugal.

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