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Le romantisme révolutionnaire

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Rousseau et le romantisme

Le romantisme (révolutionnaire) est né en 1755 : le Discours de Jean-Jacques Rousseau sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes ouvre un chapitre nouveau dans l’histoire de la culture.

         Le romantisme –  pas comme « école littéraire » mais comme vision du monde – s’est cristallisé vers la deuxième moitié du 18ème siècle dans les principaux pays européens.   S’il fallait cependant choisir une date « inaugurale » pour ce courant de la culture moderne,   ce  pourrait-être  1755,  date de la publication du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.  Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel bleu des Lumières,  dont on entend encore les échos en 2012.

Qu’est-ce que le romantisme ?   Question tellement controversée que le chercheur américain A.Lovejoy a proposé que les chercheurs cessent d’utiliser ce mot : ce fut une vaine tentative de guérir la fièvre romantique en cassant son  thermomètre terminologique. Si le romantisme est généralement présenté dans les dictionnaires et encyclopédies comme un mouvement littéraire et artistique du début du XIX siècle, je pense au contraire qu’il s’agit d’un phénomène beaucoup plus étendu et profond, qui traverse tous les domaines de la culture : littérature,  poésie,  arts, philosophie, politique, religion,  droit,  anthropologie,  historiographie.  Et je suis convaincu que l’histoire du romantisme n’est pas terminée en 1830 ou 1848,  mais continue jusqu’à aujourd’hui.

Le romantisme doit être  conçu comme une  vision du monde – au sens du concept de Weltanschauung  – dont la caractéristique quintessentielle est la protestation culturelle contre la civilisation capitaliste occidentale moderne au nom de certaines valeurs du passé.    Le romantisme proteste contre la mécanisation, la rationalisation abstraite, la réification, la dissolution des liens communautaires et la quantification des rapports sociaux.  Cette critique se fait au nom de valeurs sociales, morales ou culturelles prémodernes,  ou précapitalistes.   Si le romantisme s’affirme comme une forme de sensibilité profondément empreinte de nostalgie, ce n’est pas pour autant qu’il refuse de penser ce qui fait le propre de la modernité : d’une certaine façon on peut même  le considérer comme une forme d’autocritique culturelle de la modernité,  qui   continue, jusqu’à nos jours, à être une des principales structures-de-sensibilité de la culture moderne.1

Bien évidemment,  la nébuleuse culturelle romantique est loin d’être homogène :  on y trouve une pluralité de courants,  depuis le romantisme conservateur ou réactionnaire qui aspire à la restauration des privilèges et hiérarchies de l’Ancien Régime,  jusqu’au romantisme révolutionnaire,  qui intègre les conquêtes de 1789 (liberté, démocratie, égalité) et pour lequel le but n’est pas un retour en arrière mais un détour par le passé communautaire vers l’avenirutopique 

         Si Rousseau est,  comme nous verrons,  un des premiers représentants de cette sensibilité romantique révolutionnaire,  on va la trouver également chez Schiller,  dans les premiers écrits républicains des romantiques  allemands (Schlegel),  dans les poèmes de Hölderlin,  Shelley et William Blake,  dans les œuvres de jeunesse de Coleridge,  dans les romans de Victor Hugo,  dans l’historiographie de Michelet,  dans le socialisme utopique de Fourier.   On le retrouve aussi dans les écrits de marxistes ou socialistes libertaires comme William Morris,  Gustav Landauer,  Ernst Bloch,  Henri Lefebvre,  Walter Benjamin.  Enfin,  il marque de son empreinte quelques-uns des principaux mouvements de révolte culturelle du XXème siècle,  comme l’expressionisme,  le surréalisme et le situationnisme.

Qu’est-ce que le Discours de 1754 sinon un cri angoissé de révolte et protestation contre la civilisation moderne ?   Certes,  Rousseau désigne,  dans un passage qui a la force prophétique d’une parabole vétérotestamentaire,  l’origine du mal dans un passé lointain : « Celui qui,  ayant enclos un terrain,  s’avisa de dire : Ceci est à moi,  et trouve des gens assez simples pour le croire,  fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes,  de guerres,  de meurtres,  que de misères et d’horreurs n’eut point épargnés au genre humain celui qui,  arrachant les pieux ou comblant le fossé,  eut crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ;  vous êtes perdus,  si vous oubliez que les fruits sont à tous,  et que la terre n’est à personne ». [1] L’histoire du socialisme et de l’anarchisme contient maintes proclamations contre la propriété privée: aucune n’a la force concentrée,  la puissance épique,  la qualité d’indignation,  de cette célèbre ouverture de la seconde partie du Discours de 1755.

Certes,  les maux – la propriété et l’inégalité – sont anciens,  mais jamais ils n’ont atteint de telles proportions avant la société « civilisé » moderne.  Même s’il parle d’ « origine », c’est bien sa propre époque –  celle où le capitalisme fait de l’inégalité entre riches et pauvres l’axe central de la hiérarchie sociale – qu’il dénonce avec une rage qui n’a rien perdu de son actualité deux siècles et demi plus tard : « Telle fut,  ou dut être,  l’origine de la société et des lois,  qui donnèrent de nouvelles entraves au faibles et de nouvelles forces aux riches,  détruisirent sans retour la liberté naturelle,  fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l’inégalité,  d’une adroite usurpation firent un droit irrévocable,  et pour le profit de quelques ambitieux assujettirent désormais tout le genre humain au travail,  à la servitude et à misère. »   Plus explicite encore,  en termes de modernité,  est la note IX  qui s’attaque à la naissante industrie minière et chimique,   aux « métiers malsain qui abrègent les jours ou détruisent le tempérament ;  tels que sont les travaux des mines,  les diverses préparations des métaux,  des minéraux,  surtout du plomb,  du cuivre,  du mercure,  du cobalt,  de l’arsenic, du réalgar ;  ces autres métiers  périlleux qui coûtent tous les jours la vie à quantité d’ouvriers,  les uns couvreurs, d’autres charpentiers,  d’autres maçons,  d’autres travaillant aux carrières. »   Ce qui importe,  dans cette production,  c’est le prix,  le profit,  le lucre : « Du même principe on peut tirer cette règle,  qu’en général les arts  sont lucratifs en raison inverse de leur utilité et que les plus nécessaires  doivent enfin devenir les plus négligés.  Par où l’on voit ce qu’il faut penser des vrais avantages de l’industrie et de l’effet réel qui résulte de ses progrès ».  La dernière phrase du Discours est elle aussi sans équivoque : il s’agit de l’inégalité qui règne-  en 1755 – « parmi tous les peuples policés » : « une poignée de gens regorge de superfluités,  tandis que la multitude affamée  manque de nécessaire ». [2]

On trouve ici,  parfaitement à contre-courant de l’optimisme des philosophies du progrès propres aux Lumières,  une première intuition de la dialectique du progrès,  une vision critique,  du point de vue de ses victimes –  ouvriers,  artisans,  paysans – du développement des « arts et industries » du capitalisme naissant.  Bien entendu,  la critique de Rousseau ne concerne pas seulement cet aspect socio-économique :  c’est tout l’ethos de la civilisation  moderne,  son vide moral et son inhumanité qui sont dénoncés : « au milieu de tant de philosophie ,  d’humanité,  de politesse et de maximes sublimes,  nous n’avons qu’un extérieur trompeur et frivole,  de l’honneur sans vertu,  de la raison sans sagesse,  et du plaisir sans bonheur ». [3]

Des éminents spécialistes de Rousseau rappelleront que l’auteur du Discours  a changé d’avis,  que dans d’autres écrits il défend la propriété privée,  et avance des propositions prudentes de réforme institutionnelle.  Il n’importe : le texte du Discours de 1755 existe,  il est inscrit sur le marbre de la culture libertaire, et il n’a pas cessé d’exercer des effets subversifs au cours de l’histoire.

Cette protestation,  cette critique,  sont romantiques parce qu’ils se réfèrent à un passé prémoderne –  réel ou imaginaire,  peu importe,  sans doute idéalisé – celui de l’homme « naturel » ou même « barbare » qui  « ne plie point sa tête au joug que l’homme civilisé porte sans murmure » ;  tandis que l’homme sauvage  « ne respire que le repos et la liberté »,  le civilisé  « sue,  s’agite (…) travaille jusqu’à sa mort ».   Contrairement aux romantiques réactionnaires,  qui,  dans les décennies suivantes,  vont entretenir la nostalgie du Moyen-Age aristocratique,  chrétien et monarchique,  Rousseau va s’inspirer d’un univers primitif libre et égalitaire.   N’est-ce pas ce que feront les socialistes ou communistes des siècles suivants,  en se référant au  « communisme primitif » ?

Dans quel sens cette critique est-elle « révolutionnaire » ?  Tout d’abord,  contrairement aux romantiques rétrogrades,  Rousseau n’est pas du tout un avocat du retour au passé.  Contrairement à la facile  plaisanterie de Voltaire,  il ne propose nullement que l’humanité «  recommence à  marcher à quatre pattes ».  Il n’est pas question,  explique la note IX,  de « retourner vivre dans les forêts avec les ours ». [4]  S’il refuse une impossible régression,   le Discours de 1755 ne propose pas,  pour autant,  une alternative.  Il est cependant intéressant de noter que  dans certains passages,  il se réfère à la  démocratie comme la forme de gouvernement des peuples « qui s’étaient le moins éloignés de l’état de nature » et où l’inégalité des fortunes était moindre.  Ce n’est pas le cas de la monarchie ou de l’aristocratie.  « Le temps  vérifia laquelle de ces formes était la plus avantageuse.  Les uns restèrent uniquement soumis aux lois,  les autres obéirent bientôt à des maîtres. (…)  en un mot,  d’un côté furent les richesses et les  conquêtes,  et de l’autre le bonheur et la vertu ». [5]   Ce clair plaidoyer  pour la démocratie était assez rare en 1755 et sans doute (implicitement) révolutionnaire dans le contexte absolutiste de l’époque.

Il n’est pas question,  bien entendu,  d’une révolution dans le Discours sur l’origine de l’inégalité ;  ce qui est révolutionnaire dans ce document c’est,  avant tout,  la critique impitoyable de l’inégalité sociale,  et du pouvoir exorbitant de l’oligarchie des riches.  Les révolutionnaires de 1789-94 ne se sont pas trompés,  qui ont fait de Jean-Jacques  leur héros,  leur inspirateur et leur prophète.

Le Discours de 1755 ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de la culture humaine,  le chapitre du romantisme (révolutionnaire) ;  s’il coule encore,  ce merveilleux et rafraichissant ruisseau,   c’est la faute à Rousseau.

 


1 Cf. Michael Löwy et  Robert Sayre,  Révolte et Mélancolie.  Leromantisme à  contre-courant de la modernité,  Payot, Paris, l992.

[1] J.J.Rousseau,  Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755),  Paris,  Bordas,   1987, p. 59.

[2]Ibid.  pp. 72-73, 97.

[3]Ibid. p.87.

[4]Ibid.  p. 98.

[5]Ibid.  p. 81.

Source : Michael Löwy

Le réchauffement climatique : « La nature est innocente … le mal du séisme incombe aux hommes. »

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Jean-Jacques Rousseau : la première vision non catastrophiste ?

Tous victimes du réchauffement climatique ? Théoriquement oui. Si les émissions de gaz à effet de serre sont principalement émises par le monde occidental, le réchauffement climatique est un phénomène global, donc logiquement nous affecte tous.

Serons-nous alors tous touchés pareillement par ses conséquences?

Dans les faits, non !

S’il y a 150000 personnes dans le monde d’ores et déjà victimes des conséquences des changements climatiques, il y aura 50 millions de réfugiés climatiques (ces personnes qui ne peuvent ou ne vont très bientôt plus pouvoir vivre dans leur environnement) d’ici 2020 et 150 millions d’ici 2050, oui, mais qui ça et où ça? La première liste de zones touchées est la suivante: Afrique, Chine (rurale), îles du Pacifique, Bengladesh, Alaska, Népal, etc.

Donc essentiellement hors des principales zones émettrices de CO2 et dans des régions qui subiront de petites variations de température, environ +0,5% (alors que des régions européennes devraient connaître une hausse de plus de 2°!). Pourquoi?

Trois explications : l’augmentation du niveau de la mer, l’extrême sensibilité des régions sèches à la moindre variation climatique, et surtout la pauvreté qui empêche de déployer des solutions alternatives.

Que va-t-on faire de ces victimes?

Le vide juridique intersidéral actuel concernant les conséquences du réchauffement climatique ne donne aucun statut à ces premiers expulsés du climat, ils ne sont ni considérés comme des réfugiés ni comme ayant droit à des compensations.

Vers qui se tourner pour trouver une bonne réponse ?

Vers Jean-Jacques Rousseau. Il y a plus de 250 ans qui, suite à la première catastrophe mondialement «médiatisée», l’incendie de Lisbonne le 1er novembre 1755 qui fit 10000 à 30000 morts, Jean-Jacques Rousseau affirmait contre Voltaire : la nature est innocente, l’organisation sociale est corrompue, le mal du séisme incombe aux hommes.

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Montmorency: Chasse aux œufs dans le jardin du musée !

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Pour fêter l’arrivée du Printemps et la réouverture du musée les dimanches, une chasse aux oeufs est organisée dans le jardin du Mont-Louis le dimanche de Pâques (1er avril) pour petits et grands !

Départs à 14h30 et 16h. Visite de la maison + chasse aux œufs dans le jardin.

Dès 6 ans. Gratuit pour les enfants. Tarif normal (5,10€) pour les parents.

Réservations indispensables au 01.39.64.30.43

Ou par courriel : rousseau-museum@ville-montmorency.fr

Insolite : La scène de la cueillette des cerises par Narcisse Alexandre Buquet

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DATE : VERS 1850

Cette toile imprimée sur fond blanc fut gravée par Narcisse Alexandre Buquet, fils d’Alexandre Buquet vers 1830 chez l’indienneur Henri à Maromme.

Cette toile illustre les relations complices qu’entretenait Rousseau avec cette femme, sa protectrice qui l’héberge, le conseille à Annecy depuis l’âge de 16 ans.

Cette toile illustre donc ces moments idylliques que Rousseau décrit dans son œuvre autobiographique Les confessions. La scène de la cueillette des cerises est particulièrement identifiable. Elle témoigne d’un passage des confessions (livre IV, chapitre 6), où Rousseau cueille des cerises avec Mlle Galley par Camille Roquetan. De nombreuses gravures on reprit cette illustration du jeune homme cueillant des cerises et les lançant dans le décolleté des demoiselles. Cette épisode souvent appeler l’idylle aux cerises est narré ainsi par Rousseau :

« et pour tenir notre appétit en haleine, nous allâmes dans le verger achever notre dessert avec des cerises. Je montai sur l’arbre, et je leur en jetais des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches. Une fois, Mlle Galley, avançant son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste, que je lui fis tomber un bouquet dans le sein ; et de rire. Je me disais en moi-même. ».

Plusieurs versions de cette toile sont connues, certaines portent la signature et la marque de la fabrique Henry, sur d’autre le nom de Henry a disparu. Cette omission pourrait signifier que la toile a connu un succès important et a donc été réimprimé chez un autre indienneur, Buquet gardant lui, la propriété de sa gravure.

 

DATE : AROUND 1850

This work, printed on a white background, was printed by Narcisse Alexandre Buquet, the son of Alexandre Buquet, around 1830 at the workshop of Indienne manufacturer Henri in Maromme. It illustrates the knowing relationship that Rousseau maintained with this woman, a patron who housed and advised him in Annecy from the age of 16 years old.

The image depicts idyllic moments described by Rousseau in his autobiographical work Les confessions. The cherry picking scene is particularly recognisable. It shows a passage of Les confessions (Book IV, Chapter 6), in which Rousseau picks cherries with Miss Galley by Camille Roqueplan. Numerous prints reproduced this illustration of the young man picking cherries and dropping them into the cleavage of the young ladies. This scene, often referred to as the cherry idyll, is described by Rousseau as follows: “To keep our appetites in play, we went into the orchard, meaning to finish our dessert with cherries. I got into a tree, throwing them down bunches, from which they returned the stones through the branches. One time, Mademoiselle Galley, holding out her apron, and drawing back her head, stood so fair, and I took such good aim, that I dropped a bunch into her bosom. On her laughing, I said to myself.” We know of several versions of this painting, some bearing the signature and mark of the Henry factory, and others on which the Henry name has disappeared. This omission could mean that the painting was a major success and was therefore reprinted by another Indienne manufacturer, with Buquet maintaining ownership of his print.

References :

Musée de la Corderie Vallois