Jean-Jacques Rousseau et la violence éducative

Jean-Jacques Rousseau et la violence éducative
dans les Confessions et dans l’Emile

Une quantité d’ouvrages ont été écrits sur Rousseau, en particulier sur sa pédagogie, car elle constitue une branche importante de sa philosophie : il ne s’y intéresse pas de façon accessoire. Elle est liée à son système, car l’homme est « dénaturé » et l’éducation doit porter à son terme cette dénaturation pour faire de l’enfant un homme et un citoyen. On connaît aussi tout ce que Rousseau apporta de révolutionnaire à la pédagogie, et l’influence qu’auront eue ces idées sur le XIXe siècle. Aujourd’hui encore, on ne peut se passer de lui. Il est peut-être l’un des premiers à comprendre que, pour transformer l’humanité, il faut se pencher sur l’enfant et transformer les méthodes éducatives qui étaient en vigueur à son époque (et qui n’ont pas cessé avec lui). « Pour agir sur l’humanité, s’occuper de l’enfant ; pour transformer la société, transformer l’éducation : voilà l’idée juste, féconde, véritablement réformatrice, vraie au temps de Rousseau comme de notre temps1. » A bien des égards, Rousseau semble être un auteur qui s’insurge contre les violences faites aux enfants et prône une « éducation naturelle et libre ». Pourtant, Rousseau se révèle être bien plus manipulateur à l’égard de son Emile que ce que la tradition nous a laissé supposer et retombe dans une forme de pédagogie noire. Alice Miller affirme, dans son ouvrage C’est pour ton bien : « La pédagogie de Rousseau est manipulatrice au plus haut degré2. » Voyons ce qu’il en est.

Enfant abandonné et battu

 

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Les trois sésames pour comprendre Jean-Jacques Rousseau

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Converti au catholicisme avant de l’abjurer et de se dire fidèle à la Réforme, le philosophe prôna une foi éclairée et proposa un pacte social fondé sur la bonté naturelle de l’homme, le culte de la liberté et le respect de la « religion civile ».

« Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre », confie Jean-Jacques, l’écrivain, à Rousseau, le philosophe, dès les premières lignes de ses Confessions. Mi-Socrate (« Connais-toi toi-même ») mi-Diogène (« Je cherche un homme »), le philosophe des Lumières préfère être « homme à paradoxes qu’homme à préjugés ».

 

Né le 28 juin 1712 dans la République calviniste de Genève, cet orphelin de mère vit cependant une enfance idyllique auprès de sa nourrice Jacqueline. Abandonné par son père à 16 ans, il s’enfuit jusqu’à Annecy, où il fait la rencontre d’une veuve catholique, Madame de Warens. Celle qu’il nomme « Maman » sera sa protectrice avant de devenir sa maîtresse. Sur ses conseils, il se convertit à Turin au catholicisme romain et se fait tour à tour laquais, musicien puis secrétaire d’ambassade à Venise, avant d’envisager la prêtrise. Mais il finit par s’installer en 1742 à Paris, où il fréquente les encyclopédistes, de Diderot à d’Alembert, pour lesquels il rédige des articles de musique.


Le meilleur ennemi Voltaire 

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J.J Rousseau, Mel Bonis et Antoine Duhamel sont-ils des compositeurs oubliés ?

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En 1ère partie, cette Ballade musicale évoque la mémoire de Jean-Jacques Rousseau, écrivain, philosophe mais aussi compositeur qui vécut à Montmorency de 1756 à 1762 à l’Hermitage puis au petit Mont-Louis, actuel Musée Jean-Jacques Rousseau. Il publia l’Emile qui fût condamné à être lacéré et brûlé en place publique.

L’émission nous raconte aussi le destin de la compositrice Mel Bonis de son vrai nom Mélanie Bonis qui décédée à Sarcelles en  1937 et inscrivit à son répertoire plus de 300 pièces pour piano, orgue, musique de chambre, orchestre, mélodies et choeurs.

On ne quittera pas le Val-d’Oise sans passer par Valmondois ou Antoine Duhamel connu pour ses musique de films est né en 1925, y mourut en 2014. L’indicatif  du célèbre feuilleton Le Chevalier de Maison Rouge, la musique entre autre de Que la Fête commence, La Sirène du Mississipi ou encore Baisers volés, c’est lui, c’est Antoine Duhamel.

La 2ème partie est consacrée au disque du jour Grieg/Mendelssohn du label Muso qui rassemble 4 des meilleurs musiciens de la jeune génération musicale russe : le quatuor à cordes David Oïstrakh qui se produit le 20 janvier à la Philharmonie de Paris.

En fin de cette heure musicale, nous revenons à Pontoise avec la lauréate de Piano Campus d’or 2013, Kana Okada qui nous interprète Debussy pour nous rappeler que 2018 est l’année Debussy…

Source : Bernard Ventre. idfm98

L’authenticité entre arnaque consumériste et tradition philosophique

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« Le souci d’authenticité entre vie soutenable et soin de la médiation » in Jean-François Perrin (éd.), Jean-Jacques Rousseau et l’exigence d’authenticité, Paris, Classiques Garnier, 2014, p. 419-438.

 

Comment situer la figure de Rousseau dans le renouveau des débats touchant à l’exigence d’authenticité en notre début de XXIe siècle qui fête aussi somptueusement le tricentenaire de sa naissance ? Que nous dit aujourd’hui sa revendication de « mettre sa conduite d’accord avec ses principes » ? Comment distinguer, chez lui comme chez nous, ce qui relève de l’illusion de ce qui relève de la nécessité lorsqu’il est question d’authenticité ?

Après un bref survol de quelques positionnements philosophiques récents qui nous aident à recadrer les références faites à « l’authentique » dans nos discours contemporains, je tenterai de pointer ce qui explique que l’exemple de Jean-Jacques Rousseau continue à jouer un rôle central dans ce type de discussion. Au cœur de ce qui fait la force de son écriture, la beauté de sa pensée, la radicalité de son message, l’intransigeance de ses prises de position, c’est peut-être dans son souci d’authenticité qu’il faut aller chercher la vertu propre de son entreprise indissociablement scripturaire, éthique et politique.

L’authenticité entre arnaque consumériste et tradition philosophique

La soif d’authenticité et la dénonciation symétrique d’inauthenticité ont connu leur heure de gloire, au XXe siècle, avec l’apogée du mouvement existentialiste, autour des écrits de Jean-Paul Sartre et de Martin Heidegger. Au fil de multiples interventions ultérieures (de Theodore Adorno ou de Lionel Trilling), un mouvement contradictoire de flux et de reflux s’est rapidement établi entre ceux qui redécouvraient périodiquement les attraits ou la mélancolie de l’authentique, et ceux qui en dénonçaient avec agacement les impostures. Ce mouvement se poursuit à notre époque, avec des livres à succès oscillant entre le rejet d’une modernité industrialisée et médiatisée au point de perdre tout contact avec « la vie réelle », au nom même de « ce que les consommateurs désirent vraiment », et la moquerie envers la naïveté sans fin de ceux qui succombent à « l’arnaque de l’authentique », qui nous égare dans la recherche de nous-même1. Comme le résument bien Phillip Vanini et J. Patrick Williams, ces débats répétitifs reposent généralement sur l’absurdité de voir « les industriels culturelles contemporaines investir toute leur énergie dans la production de cette même authenticité dont elles nous disent qu’elle ne saurait être fabriquée »2. N’est-on pas allé jusqu’à mettre sur le marché des cosmétiques « bio » se glorifiant du prestige de l’authenticité3 ‒ sans même mesurer l’ironie de la contradiction qui tiraille le consommateur entre la naturalité (supposée) du « bio » et l’artificialité constitutive du maquillage.

1 Voir par exemple David Lewis, The Soul of the New Consumer: Authenticity What We Buy and Why in the New Economy, New York, Brealey Publishing, 2000; David Boyle, Authenticity: Brands, Fakes, Spin and the Lust for Real Life, New York, Harper, 2003; James Gilmore & Joseph Pine, Authenticity: What Consumers Really Want, Harvard Business School Press, 2007; Andrew Potter, The Authenticity Hoax: How We Get Lost Finding Ourselves? New York, Harper, 2010.

2 Phillip Vanini et J. Patrick Williams (éd.), Authenticity in Culture, Self and Society, Farnham, Ashgate, 2009, p. 2. (Ma traduction.)

Malgré sa superficialité souvent agaçante, la querelle de l’authenticité revient périodiquement occuper la sphère publique parce qu’elle touche à une question centrale de la modernité, question qui paraît s’être renouvelée à partir du début des années 1990. Dans sa réflexion sur L’éthique de l’authenticité publiée en 1992, Charles Taylor situe l’émergence de cette valeur à la fin du XVIIIe siècle, au carrefour de deux déplacements majeurs, dont la popularité de Rousseau a été le symptôme tout autant que le catalyste. Nos esprits éprouvent le besoin de se raccrocher à quelque chose d’authentique dès lors (a) que la source du Bien n’est plus située dans une entité transcendante (Dieu, l’Idée du Bien) mais dans l’immanence du monde humain, et dès lors (b) que l’on refuse de réduire cette immanence aux seuls rapports d’intérêts calculables par des logiques économistes. La source des exigences éthiques ne vient plus ni d’En-Haut (une divinité), ni de l’extérieur (les rapports sociaux), mais d’une intériorité qui paraît relever de la proprioception (« le sentiment de l’existence ») ou d’une voix intuitive (« la conscience »). Mon sentiment de l’existence a la force et la jouissance de l’authenticité lorsque l’image que je perçois de moi-même me paraît coïncider avec celle que je désire en percevoir.

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