Joseph de Maistre contre Rousseau

Ci-dessous nous vous proposons le travail d’étudiants de l’Université d’Academia Christiana qui s’est déroulée du 16 au 22 août, étudiants qui ont participé à des ateliers sur la rédaction et le journalisme. Ci-dessous un article extrait du journal rédigé en interne intitulé L’ETINCELLE.

Joseph de Maistre est né en 1751, dans une famille de l’aristocratie savoyarde qui faisait alors partie du royaume de Sardaigne. En tant qu’homme de lettres, il se préoccupe de réformer la monarchie de Charles-Manel III et Victor-Amédée III. De Maistre a cherché à contenir l’autocratie avec la récupération d’institutions intermédiaires et d’un conseil des sages, à la manière classique ou médiévale. Il avait d’abord été favorable à la Révolution française en raison de son potentiel de réforme, mais s’en est éloigné en août 1789, lorsque les révolutionnaires ont organisé une assemblée législative qui n’avait que peu ou rien à voir avec celles qui avaient existé avant l’absolutisme.

Devant le développement alarmant des événements en France, notamment lorsque la Savoie est envahie par la France révolutionnaire en 1792, de Maistre quitte les bureaux et met sa plume au service de la contre- révolution. « Le rétablissement de la monarchie, qu’on appelle contre-révolution, ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ». Son opposition aux révolutionnaires le conduit à l’exil, où il commence à écrire ses premiers traités de théologie et de politique. Si le siècle des Lumières avait séparé Dieu du monde des hommes, de Maistre se serait chargé, dans son œuvre, de les reconnecter. Son parcours de vie l’a conduit à Lausanne, Venise et Cagliari, toujours à l’affût du développement de la guerre européenne. En 1802, il fut envoyé comme ambassadeur à la cour du tsar Alexandre Ier, où il fut agréablement reçu parmi les cénacles et les réunions mondaines de l’aristocratie russe. Il y consolide sa rhétorique acérée et son goût pour la provocation et le paradoxe, incarnés dans des œuvres qui conservent encore leur fraîcheur et leur originalité.

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La pensée politique de Rousseau

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Les questions relatives à l’origine de la guerre et à sa légitimité sont plus centrales, dans l’œuvre de Rousseau, qu’on ne le considère communément. Cela se révèle particulièrement évident lorsqu’on met en parallèle le Discours sur l’inégalité avec un texte moins connu de Rousseau, qui a fait l’objet récemment d’une reconstitution : la première partie d’un livre qu’il projetait de publier sous le titre Principes du droit de la guerre1. 

Dans le Discours sur l’inégalité et dans les Principes du droit de la guerre, Rousseau s’oppose à la conception qu’ont des auteurs comme Hobbes ou Locke de l’« état de nature », c’est-à-dire de ce que seraient des sociétés et des relations humaines en l’absence de pouvoir politique et de droit positif. Non seulement, dit-il, la société existe avant l’État, mais cette société pré-politique ou pré-étatique n’a rien d’un état social invivable, misérable, encore moins chaotique et barbare2. Il peut exister, dit Rousseau, une existence sociale pacifique, non pas au sens strict – dès qu’il y a société, il y a bien conflit et concurrence –, mais au sens où il existe des formes d’organisation sociale qui ignorent ce qu’il nomme, dans les Principes du droit de la guerre, la « guerre véritable »3.

Loin d’empêcher les hommes de se faire la guerre, l’État est la cause de l’apparition de la guerre : « la guerre est née de la paix, ou du moins des  précautions que les hommes ont prises pour s’assurer une paix durable »4.

Rousseau montre en outre en quoi la thèse de Hobbes est fausse, non pour des raisons morales ou anthropologiques, mais parce qu’elle échoue à prendre en compte les causes sociologiques et économiques, les « relations réelles »5, selon ses termes, qui rendent à la fois possible et nécessaire l’avènement de la « guerre véritable ».

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L’education ou « Le Paradoxe Rousseau ! »

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topelement.jpgLe premier des cinq enfants de Jean-Jacques Rousseau et Thérèse Levasseur, alors âgé de deux jours, est déposé à l’hospice des Enfants-Trouvés par une sage-femme.

C’est le destin de ce bébé, celui d’un enfant abandonné que l’on envoie dans la Picardie rurale et profonde du 18e siècle, et qui passe de nourrice en nourrice, avant de trouver peut être une famille pour l’accueillir.

Le « paradoxe Rousseau ». Comment le philosophe des Lumières a-t-il pu convaincre sa compagne d’abandonner successivement cinq enfants entre 1746 et 1752 ?

A défaut d’excuser, on peut au moins s’interroger et tenter de comprendre.

La SIAM JJR  n’est pas là pour juger. Nous devons replacer les faits dans le contexte de leur époque. Au 18e siècle, les naissances ne peuvent être planifiées et les familles ne bénéficient d’aucune aide à l’éducation de leurs enfants.

L’attitude de Rousseau n’a rien d’une exception. À Paris, un quart des nouveaux-nés sont abandonnés par leurs parents. Ils sont acheminés hors de la capitale dans des conditions effroyables, afin notamment que leurs mères n’aient pas la tentation de les retrouver. 

70 % d’entre eux décèdent avant l’âge de 1 an.
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Rousseau ultra-individualiste ou républicain . Chapitre 1.

Pour certains, il est le théoricien d’un ultra-individualisme ; pour d’autres, le pionnier du républicanisme à la française. Les uns le présentent comme le précurseur du totalitarisme ; les autres, comme un fervent défenseur des libertés fondamentales. On pourrait continuer ainsi : pédagogue visionnaire qui a inspiré le non-directivisme ou éducateur incompétent et misogyne, réactionnaire éhonté ou progressiste imprudent, chrétien authentique ou hérétique, rêveur naïf ou sombre pessimiste… La réception de Rousseau, par ses contemporains comme ses exégètes du XXIe siècle, est une somme de contradictions. S’il est indéniablement un des philosophes français les plus influents, il est aussi de ceux dont l’interprétation suscite le plus de polémiques. 

Rousseau et l’homme naturel 

Et, il faut l’avouer d’emblée, cette postérité qui malmène l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, la tire en tous sens et finit par attaquer sa crédibilité à coups de constats d’incohérence n’est pas totalement injustifiée. En cette occurrence, la responsabilité de l’auteur dans la mésinterprétation de sa pensée n’est pas à écarter : on ne peut pas dire qu’il ait tout mis en œuvre pour diriger dans une direction unique la compréhension du sens de ses propos.

Isaiah Berlin divisait la sphère intellectuelle entre les « penseurs hérissons » et les « penseurs renards », les premiers restant toute leur vie au même lieu théorique pour approfondir leur réflexion sur un sujet unique alors que les seconds explorent plusieurs zones de la pensée, allant et venant entre des thèmes différents. C’est bien entendu dans cette dernière catégorie qu’il faudrait classer Rousseau ; on pourrait même dire de lui que c’est un « renard » particulièrement nomade. Peu de penseurs, en effet, ont laissé une œuvre aussi disparate que la sienne, sur le plan des thèmes comme sur le plan des genres. Des Discours provocateurs, deux modestes opérettes, un traité de philosophie politique concis et percutant, des études botaniques, une correspondance riche et variée, une autobiographie plutôt romancée, un imposant manuel de pédagogie, des considérations sur les relations internationales, un projet de notation musicale, un roman épistolaire… Les Œuvres Complètes de Rousseau se présentent comme un inventaire hétéroclite qui a de quoi laisser perplexe le lecteur. Et ce sentiment risque fort de se trouver amplifié lorsque celui-ci plonge dans les textes : son raisonnement et ses conclusions changent d’un ouvrage à l’autre (et même parfois au sein du même ouvrage) à un tel point qu’il semble souvent se contredire. 

Il ne faut pas compter sur l’étude biographique pour clarifier l’interprétation : celle-ci ne contribue en la matière qu’à apporter un peu plus de confusion. Les contemporains de Rousseau, Voltaire en tête, n’ont pas manqué de lui rappeler que, contrairement à ce que préconise la célèbre maxime de Montaigne (auteur auquel il se réfère pourtant souvent), sa vie n’était pas vraiment le miroir de ses discours... Si on peut leur reprocher la tournure violente et déloyale qu’ont parfois pris leurs remontrances, il semble difficile de leur donner tort sur ce point. Immédiatement après avoir affirmé, dans son Discours sur les sciences et les arts, que les progrès des arts étaient la source de la corruption des hommes, ne décidait-il pas de se retirer pour consacrer son temps à sa passion pour la musique ?

Celui qui, sentencieux, écrivait dans l’Émile que « celui qui ne peut point remplir les devoirs du père n’a point le droit de le devenir » et qu’il n’y a « ni pauvreté ni travaux ni respect humain qui le dispensent de nourrir ses enfants, et de les élever lui-même » 

1 n’avait-il pas , dès leur naissance, confié ses cinq enfants aux Enfants-Trouvés ? Et celui qui fustigeait la vanité de ceux qu’il appelle les « Philosophes », l’inutilité et la prétention des « gros Livres des Moralistes » 

2 et affirmait que « l’homme qui médite est un animal dépravé » 

3 ne nous a-t-il pas laissé une œuvre colossale, qui témoigne indéniablement d’une activité intellectuelle très intense ? 

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A Montmorency, le fantôme de Rousseau hante l’Ermitage

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Vue de l'hermitage à Montmorency du Coté du Jardin, lithographie coloriée.

Vue de l’hermitage à Montmorency du Coté du Jardin, lithographie coloriée.

C’est en lisière de la forêt que Rousseau vint se retirer. L’Ermitage, le jardin et la demeure, dont l’intérieur a été reconstitué, est devenu un musée.

« Je comptais bien que la forêt de Montmorency, qui était presque à ma porte, serait désormais mon cabinet de travail », écrivit Jean-Jacques Rousseau dans Les Confessions. On devine déjà la cime des arbres, dans le train qui nous dépose à Saint-Leu-la-Forêt. Pour rejoindre le plus grand massif forestier du Val-d’Oise (2 000 hectares de vallons essentiellement composés de châtaigniers), il suffit de lever la tête et d’emprunter un chemin balisé au départ de l’église.

L’Ermitage à Montmorency (1809) – Jean-Claude Nattes

L’Ermitage à Montmorency (1809)

Quelques kilomètres de la Châtaigneraie nous séparent encore du musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency. Lassé des vanités et de la course à la gloire, refusant même une invitation de Louis XV, le philosophe s’installa en lisière de forêt dans l’Ermitage — dont il ne reste plus rien — de madame d’Epinay. Après une brouille avec celle-ci, il loua la petite maison aujourd’hui en plein centre de la commune. Il faut s’imaginer entrer ici comme dans un tableau de Jean Siméon Chardin : s’il ne reste rien du mobilier ayant appartenu à Rousseau, la liste qu’il en dressa permit aux conservateurs de reconstituer un intérieur fidèle à l’atmosphère de l’époque. Trois pièces toutes simples, avec à l’étage la chambre de Rousseau, dont la circulation autour d’une alcôve distille un charme très moderne.

Dans le jardin, l’allée de tilleuls, quelques marches et le « donjon », un cabinet de travail, jouxtent l’ancienne maison des Commères, le sobriquet dont se servait le philosophe pour désigner ses anciens voisins, qu’il accusa du vol du manuscrit d’Emile ou De l’éducation. En 1762, le Parlement de Paris condamne l’ouvrage à être brûlé et son auteur, emprisonné, Jean-Jacques n’a que le temps de s’enfuir. La demeure abrite la Bibliothèque d’études rousseauistes disposant de 30 000 documents imprimés et quelques trésors. Dont l’un des trois portraits de l’écrivain par Quentin de La Tour. 

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