Le modèle de Julie

Le modèle de Julie

Sources et postérités de La Nouvelle Héloïse, Aix-en-Provence, 5-7 mai 2011

Charles-Edouard Leprince, La Promenade de Julie et de Saint-Preux sur le lac de Genève, 1824, huile sur toile, 97,5x130 cm, Montmorency, musée Jean-Jacques Rousseau

Charles-Edouard Leprince, La Promenade de Julie et de Saint-Preux sur le lac de Genève, 1824, huile sur toile, 97,5×130 cm, Montmorency, musée Jean-Jacques Rousseau

    Par ce colloque international, l’université de Provence entendait participer à la célébration du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau en 2012.

    « Avant d’être un texte philosophique ou une confession transposée, La Nouvelle Héloïse est un roman, le plus beau roman français du XVIIIe siècle, qui a marqué de son influence toute l’évolution ultérieure du genre », écrit Henri Coulet dans Le Roman jusqu’à la Révolution.

    Et de fait : la parution du roman de Rousseau en 1761 a constitué une révolution littéraire et idéologique. Contre le roman libertin, qui ridiculise la vertu, et contre les fadeurs de la pastorale rococo, qui la réduit en chimères, Rousseau entend réhabiliter la vertu, en la présentant sous un jour moins austère. Déçu par la société qui l’entoure, il imagine un monde peuplé d’êtres selon son cœur, qui exaltent les vertus, la morale et l’économie de la bourgeoisie et de l’aristocratie progressistes.

    Mais le monde fictionnel de Julie, et le modèle imaginaire et symbolique qu’il institue, ne sauraient se réduire à la fantasmagorie solitaire d’un seul homme. Ce modèle vient synthétiser toute une pratique européenne du roman, développée notamment dans la sphère de Richardson, pratique que Rousseau réinterprète, s’approprie, et en quelque sorte retourne contre elle-même.

    À son tour, le modèle lancé par la Julie ouvre la voie à de nombreux imitateurs, qui le reproduisent plus ou moins fidèlement, inventant un nouveau roman sentimental et sensible. Il se constitue alors, au prix d’un certain infléchissement de l’original, un modèle vertueux de La Nouvelle Héloïse, qui, tout en déployant un nouvel idéal social et féminin, met en œuvre une véritable machinerie de production sérielle de la fiction : le modèle moral est aussi un modèle économique.

    Si La Nouvelle Héloïse a bénéficié de nombre d’études et d’exégèses, la façon dont il s’est constitué comme modèle, et la postérité de ce modèle n’ont pas toujours bénéficié de la même attention. Le colloque se propose donc de réfléchir sur l’exploitation idéologique, esthétique et poétique du modèle proposé par Rousseau.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s