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main_vm_16-2-00-0015419Régine Belley sur l’Article commentes on La mort de Jean-Jacques ROUSSEAU et les controverses qu’elle a suscitées

Ermenonville , 2 juillet 1778 Lire la suite ( ici)

Rousseau n’a pas achevé son règne
D’aucuns se passionnent sur les conditions de son décès. Logique puisqu’il est encore vivant ! Convenez que tous ces commentaires prêtent à l’ambiguïté la plus totale pour qui sait ne pas être clairvoyant. Les gros titres fantasmagoriques s’affichent : l’ineptie d’un suicide ; la sottise d’un empoisonnement ; le courage d’un pistolet ; et pourquoi pas une dispute avec Thérèse «au bon naturel » qui aurait pas tourné ?
Pourtant, ça ne se discute pas : le mot phare de l’écrivain suffit à balayer toutes les versions : Nature. Car Rousseau a naturellement pris congé sur la pointe des pieds, un matin de juillet, « dans la joie, le calme et la tranquillité », résolument seul. Comme à l’accoutumée, personne ne saura l’aider, même ce jour là : il est mort comme il a vécu, simplement.
Et comme sur une affiche de Gala, Purepeople ou feu France Soir, la vindicte populaire ou plutôt « les hères de ces Messieurs » en rajoutent : « et si Rousseau protégé sous 3 cercueils impénétrables n’était pas Rousseau ? » et l’ingrat Grimm qui bave, sur fond de prétendue folie du Génie et Gérard de Nerval, très fort en expérience balistique y va de son pistolet qui fit feu. On aura tout vu, lu et entendu.
Heureusement que le marquis de Girardin, l’ami vrai, présent lors de l’événement, a tempéré « les babils » et détricoté les interprétations les plus ridicules.
Voilà ce en quoi je crois : A 40 ans Rousseau se découvrait déjà, sans état d’âme, des cheveux blancs. A 60, il se déclarait « vieux ». A 66, il savait qu’il était naturellement prêt pour le grand voyage, vous savez « le grand chemin » que suit le cerf volant en bord de mer (cf. l’Emile). Rousseau le timide n’aurait jamais su rien emprunter au sensationnel. Il a eu un malaise ; Il a même cru à une banale indigestion de fraises. L’eau de Carmes n’a pas suffi à le revigorer. Certes il s’est violemment heurté le crâne en chutant : l’autopsie le prouve. Mais la violence, il connaît. Souvenons-nous du 24 octobre 1776 lorsque la course d’un chien fou furieux soudain culbuta, dans le bas de Ménilmontant, le sens de sa rêverie ; Là déjà on le crut parti dans l’au-delà.
Le reste n’est que pure Littérature. Rousseau n’aurait jamais pu mourir avec faste et fracas car il était homme silencieux. Il convient de fuir les témoignages honnêtes « de source sûre » et de laisser à ces gens là le soin de continuer de parler inlassablement dans les Salons, du temps et de compliments hypocrites.
Ma conviction naît naturellement de ses Confessions. Il convient de faire du mot à mot en le lisant. L’origine de son décès se cache, de toute évidence, dans son écriture.

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Régine Belley sur l’Article: En ce printemps 1762

En ce printemps 1762, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), coule des jours paisibles entre son logement de Montlouis, près de …

Livre 11 des Confessions à propos de cette gravure et la présence du maréchal de Luxembourg, « l’embrassement fut long et muet. Nous sentîmes l’un et l’autre que cet embrassement était un dernier adieu ».(9 juin 1762, date du début de l’exil).

1761 – Pour illustrer cette période sereine, m’adressant à Rousseau :
Il est une esquisse qui appelle à une minute de silence, une minute de réflexion surtout à Montmorency. C’était l’été, à l’initiative du peintre Jean-Pierre Houel, grand ami de la salonnière madame Geoffrin. Cette esquisse vous représente en compagnie de votre clone et fidèle ami Turc, votre chien. Peints d’après nature : tous les deux, tête baissée à la façon d’un duo de bassets, les quatre yeux Calimero, la patte avant de l’un avancée à l’identique du pied volontaire, planté au sol de l’autre. La grâce de la boucle de votre soulier n’atteint pas celle de la patte de votre compagnon. On observe Turc et Rousseau apparaît. On fixe Jean-Jacques et se dévoile son ombre à ses pieds. Votre imposante chatte Doyenne, gardienne de tous les secrets, bien trop nourrie, jouit d’une longue et chaleureuse caresse mais semble vouloir s’échapper car, à la maison, toujours la féline décide. Vous la retenez, prenant un plaisir palpable en leur double compagnie. Elégant, vous arborez, en pleine semaine pourtant, d’affriolants volants au bas des manches et une charmante passementerie à votre chemise blanche. Le gilet strict offre de l’ampleur à l’ensemble. N’attendriez-vous pas, ainsi décoré, la visite de la belle Sophie ? Mais à en croire l’absence de perruque d’apparat, madame d’Epinay, à la tête de musaraigne fâchée, ferait bien l’affaire. Votre interlocuteur doit être, pour une fois, plaisant puisque l’oreille l’écoute avec la sérénité d’un lac endormi. Rappelez-vous, vous ne manquiez de rien : la table apprêtée méticuleusement nappée, le chandelier élancé pour vous éclairer, peut-être vous chauffer, tant celui-ci côtoie votre proximité, les ustensiles de tous formats seulement utiles à Thérèse pour vous choyer et puis les livres, empilés pêle-mêle, tête-bêche, sans aucune belle façon, dans cette cuisine à ne pas y avoir vraiment leur place.
Ce portrait de vous décrit avec malice les premiers rôles que tiennent, dans votre vie : la douceur du quotidien et le bien-être du temps qui s’écoule. Voyez-vous qui j’appelle à votre mémoire ? L comme Liberté. Evidemment, cette esquisse n’a pas couru les salons d’art et ne s’affiche aujourd’hui dans aucun musée non plus. Mais à Montmorency, pourvu qu’on daigne parfois le prêter à ses amis, ce beau tableau, beau parce qu’il vous ressemble et que c’est vous, permet d’apposer un sceau de cire carmin gravé sur votre image.

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