Quand Rousseau présentait à l’Académie des sciences sa méthode de notation de la musique

Jean-Jacques Rousseau, lorsqu’il arrive à Paris, en 1742, n’a qu’une idée en tête : écrire de la musique. Il s’était essayé à l’opéra, avait pris des cours de chant et surtout, espérait faire fortune en fixant de façon originale – du moins selon son avis – la transcription de la musique.
Histoire d’un échec musical qui poussera Rousseau vers la littérature !

« En réfléchissant à la peine que j’avais eue d’apprendre à déchiffrer les notes, écrit Rousseau, et à celle que j’avais encore à chanter à livre ouvert, je vins à penser que cette difficulté pouvait bien venir de la chose autant que de moi, sachant surtout qu’en général apprendre la musique n’était pour personne chose aisée. »

Jean-Jacques Rousseau se crut alors l’inventeur d’une nouvelle manière de noter la musique.

Plus tard, dans Les Confessions, il racontera :
« En examinant la constitution des signes, je les trouvais souvent fort mal inventés. Il y avait longtemps que j’avais pensé à noter l’échelle par chiffres pour éviter d’avoir toujours à tracer des lignes et portées lorsqu’il fallait noter le moindre petit air. J’avais été arrêté par les difficultés des octaves et par celles de la mesure et des valeurs. Cette ancienne idée me revint dans l’esprit, et je vis, en y repensant, que ces difficultés n’étaient pas insurmontables. J’y rêvais avec succès et je parvins à noter quelques musique que ce fût par mes chiffres avec la plus grande exactitude, et je puis dire avec la plus grande simplicité. Dès ce moment, je crus ma fortune faite ; et dans l’ardeur de la partager avec celle à qui je devais tout (entendez Mme de Warens), je ne songeai qu’à partir pour Paris, ne doutant pas qu’en présentant mon projet à l’Académie, je ne fisse une révolution ! »

Voici donc Rousseau, nouvellement arrivé à Paris, invité par M. de Boze, alors secrétaire de l’Académie des Inscriptions, à dîner chez lui afin qu’il y rencontre l’un des maîtres de l’Académie des sciences, Réaumur.
« Réaumur est un ami, il vient diner chez moi tous les vendredis, jours de l’Académie des sciences », dit M de Boze,« joignez-vous à nous ».

Réaumur, donc, est l’un des membres éminents de cette Académie des sciences qui était née en 1666 d’un petit noyau d’amis savants rassemblés par Colbert dans la bibliothèque du roi, rue Vivienne. En 1699, l’Académie des sciences était devenue Académie royale, dotée de son règlement par Louis XIV qui l’installa au Louvre.

Puisque Réaumur avait accepté de patronner le jeune homme, Rousseau fut admis à défendre son projet de nouvelle notation musicale, intitulé « Projet concernant de nouveaux signes pour la musique » devant les académiciens qui l’écoutèrent avec la courtoisie, l’attention, la politesse, dont ils sont familiers.

Le « système » Rousseau était relativement simple, concret : il s’agissait de noter la musique plus commodément en substituant des chiffres aux notes.

Do, ré, mi, etc, devenait, 1, 2 3 4 jusqu’à 7… et lorsqu’il y avait changement de tonalité, on l’indiquait tout simplement à la clé.

Mais malheureusement, les trois académiciens chargés de porter un jugement sur le nouveau système, Jean-Jacques de Mairan, Jean Hellot et Jean-Paul de Fouchy, n’étaient pas musiciens. Rousseau l’écrira dans les Confessions : «  aucun ne savait la musique ». Un mathématicien, un chimiste, un astronome pour juger d’une question de notation musicale ?

Le jugement fut, certes, élogieux : « cet ouvrage est fait avec art et énoncé avec beaucoup de clarté », dit le rapport, mais il fut négatif et Rousseau en garda quelque amertume.

Ils reprochèrent à Rousseau de présenter un projet moins nouveau qu’il n’ y paraissait. Les dignes membres de l’Académie royale des sciences, dont la mémoire et les connaissances ne pouvaient être prises en défaut, affirmèrent qu’un moine cordelier, le père Souhaitty, avait, un siècle auparavant, proposé un système identique pour le chant.

« l’Académie a la sage maxime, déclarait-on, de ne donner son approbation à ce qu’on lui propose que lorsqu’elle y trouve du neuf et de l’utile. Il faut que l’un et l’autre de ces avantages soient réunis » . Le système Rousseau n’était jugé ni neuf ni vraiment utile.

C’est ainsi que l’Académie royale des sciences mit fin au rêve de Rousseau de faire fortune grâce à la gamme par chiffres…

C’est peut-être grâce à l’Académie que Rousseau, se détournant de la musique, où il croyait avoir du génie, se replia sur l’écriture…

Pas immédiatement cependant. Malgré le désaveu de l’Académie, malgré l’inimitié de Rameau, grand maître de la musique à cette époque, Rousseau s’obstina, rédigea en 1743 une « Dissertation sur la musique moderne » qui parut à Paris mais ne rencontra aucune audience.

Tout cela n’empêcha pas le futur auteur du Contrat social, de la Nouvelle Héloïse, de l’Emile, desRêveries du promeneur solitaire, de continuer à composer.
Pour la première et unique fois de sa vie, Rousseau rencontra un bon succès dans le domaine de la musique vocale avec « Le devin du village », un intermède qui fut donné à la Cour, au château de Fontainebleau en 1752. Louis XV, qui, paraît-il, chantait parfaitement faux, prit du plaisir à chanter les airs de ce divertissement joliment tourné.

Encore une preuve que la musique tenait une place importante dans la vie de Rousseau ? C’est lui qui rédigea l’article « Musique » de l’Encyclopédie, un article qui débute par une déclaration : « la Musique est la science des sons, en tant qu’ils sont capables d’affecter agréablement l’oreille ».

Lien interessant :

http://www.nexyzbb.ne.jp/~nityshr/index.htm

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