Jean-Jacques Rousseau se délectait de plats simples : poires, fromages, lait… Mais au-delà d’une anecdote biographique, quel rôle tenait la nourriture dans sa pensée philosophique, morale et politique ?

Jean-Jacques Rousseau est souvent décrit comme une figure emblématique du renoncement en matière gastronomique… Puisque pour lui, la nature est une norme plus fiable et tout simplement meilleure que la culture, alors l’homme ne devrait se nourrir que de fruits, de lait et d’eau fraîche.
Les choses sont évidemment plus subtiles et plus intéressantes chez Rousseau, dont la philosophie ne se réduit pas à un rejet de la civilisation.
Alors quelle place tient la nourriture dans la pensée de Rousseau ? Comment le goût constitue-t-il un élément décisif de sa réflexion morale et politique ? Et comment l’appétit peut-il servir d’instrument pour retrouver de la mesure, de la juste mesure nécessaire pour se nourrir, et pour jouir ?

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L’invité du jour :

Olivier Assouly, enseignant à l’Institut français de la mode à Paris, ainsi qu’à l’école des Beaux-Arts d’Angers, rattaché au laboratoire ACTE de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

L’estomac en marge de la philosophie 

Le travail de Rousseau est un travail de réélaboration, à travers son œuvre, du rapport à la nourriture. Si on ne dépasse pas le biographique, au sens trivial, on laisse à nouveau la question des nourritures à la marge de la philosophie.
Olivier Assouly

La jouissance

Rousseau réserve une place essentielle à la sensualité et à la jouissance, à condition que celui qui mange est capable d’accéder par ses propres moyens à cette jouissance, ce qui implique qu’il doit apprendre à connaitre ce dont il a besoin. Toute la critique de la « grande table » repose paradoxalement sur l’incapacité des riches à savoir jouir.
Olivier Assouly

Appétit de culture

La nécessité de manger renvoie l’homme à une condition proche des autres vivants. Il ne peut pas se défaire de la nécessité de répondre à ses besoins. La position de Rousseau ne consiste pas à dépasser les besoins pour atteindre la forme la plus civilisée de la culture, mais au contraire à prendre la mesure du besoin et à vivre de ses besoins. L’appétit se cultive, il est éducable. Le travail est une activité qui met en appétit et mettre en appétit c’est recréer un lien entre soi et ses besoins. La restauration de ce lien est une réponse aux maux de la culture qui sont à l’origine d’un oubli : la capacité de l’homme à pouvoir estimer en permanence et sans médiation, ce dont il a besoin.
Olivier Assouly

Textes lus par Denis Podalydès :

  • Extrait des Confessions, de Jean-Jacques Rousseau, Livre 2, 1889, éditions Launette (avec une musique de Bartolo Ruggiero, Spagnola ; et Antonino Genovese, Tarantella)
  • Extrait de Émile ou De l’éducation, de Jean-Jacques Rousseau, Livre II, 1852

Sons diffusés :

  • Archive de Claude Lévi-Strauss, dans le Magazine des sciences, France Culture, 28 octobre 1964
  • Chanson de Dupont et Pondu, Mangez des radis
  • Extrait de la série animée Les Simpson, saison 24, épisode 7, 2012
  • Chanson de fin : Juliette, Le festin de Juliette