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 1) Rousseau, père de l’éducation moderne, découvreur de l’enfance, ancêtre revendiqué de l’éducation nouvelle, des méthodes nouvelles. Certes, et non sans de nombreuses ambiguïtés, comme on le verra. Il faudra essayé de comprendre comment cela est lié et indissociable : la modernité éducative, l’enfance reconnue.

2) Une clé, un principe central : la liberté, le principe de la liberté. Avec Rousseau se clôt un monde dans lequel l’éducation (ses moyens et ses fins), pouvait se déduire d’un système (philosophique, religieux, politique) disant ce que l’homme est (sa nature). Il n’y a pas une essence, une « nature » de l’homme donnée.

Ce qui revient à refuser de faire dépendre l’éducation d’un quelconque dogme qui prétendrait la commander de l’extérieur : qu’il soit religieux, moral, politique, philosophique. Voilà pourquoi le déchaînement des autorités contre l’Emile, condamné à Paris, à Genève. Voilà pourquoi le déchaînement de tous les pouvoirs constitués, voilà pourquoi « la ligue des pouvoirs, tant politiques que religieux, protestants aussi bien que catholiques, qui, à travers l’Europe, ont condamné et fait brûler l’ouvrage en place publique » ( Michel Soëtard, Qu’est-ce que la pédagogie ?, Paris, ESF, 2001, p. 39). affirmer l’autonomie de l’éducation à l’égard Le refus de la

L’homme est indéfiniment « perfectible ». Plus de fondement qui justifierait d’avance le sens de l’éducation et les moyens ou les règles d’une pédagogie. L’éducation n’a pas d’autre fondement que la liberté. Comme l’écrit bien Michel Soëtard :

« Cette liberté qui est au coeur de la nature humaine, chacun, du haut au bas de l’échelle, l’a désormais entre les mains : elle est ce qu’il en fera » (Qu’est-ce que la pédagogie ?, Paris, ESF, 2001, p. 21).

Dans l’Emile, il n’est question que de cela, que de cette responsabilité au coeur de l’éducation. Comment éduquer, conduire les apprentissages afin que l’enfant accède à la « liberté bien réglée » ?

 3) Mais aussi, on l’ignore trop quand on croit célébrer en lui le chantre de l’éducation naturelle, Rousseau, une pensée de l’éducation qui a pris la mesure des paradoxes, des difficultés, des contradictions de l’éducation. Si l’Emile nous éclaire encore aujourd’hui, nous qui sommes aux prises avec les difficultés de l’éducation et de la pédagogie modernes, c’est aussi pour cela.

« L’intérêt de l’œuvre pédagogique de Rousseau nous semble consister en ce qu’il a développé et magnifié mieux que personne certaines découvertes de la pédagogie nouvelle : charme de l’enfance, négation du péché originel, attachement à ce monde-ci – et en même temps il s’est efforcé de réagir contre certaines illusions, certaines facilités auxquelles beaucoup se laissaient aller, qui soutenaient que la vertu se confond avec le bonheur, conduit comme d’elle-même à sa récompense, que les intérêts particuliers se confondent avec l’intérêt général, que le progrès se développe d’un mouvement continu et irrésistible et qu’il suffit de se confier à lui – et l’on voulait dire du même coup que l’enfant s’éduque presque seul, par sa spontanéité propre, au prix seulement de quelques légères incitations, comme le bébé apprend naturellement à marcher. Il suffirait à l’enfant de se laisser porter par l’élan de sa croissance naturelle« .

Georges SNYDERS, La pédagogie en France aux XVIIè et XVIIIè siècles, Paris, PUF, 1965, pp. 418/419

 

 

On en jugera en méditant ce passage de l’Emile :

 

« Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable ? C’est de l’accoutumer à tout obtenir ; car ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire, tôt ou tard l’impuissance vous forcera malgré vous d’en venir au refus ; et ce refus inaccoutumé lui donnera plus de tourment que la privation même de ce qu’il désire. D’abord il voudra la canne que vous tenez ; bientôt il voudra votre montre ; ensuite il voudra l’oiseau qui vole ; il voudra l’étoile qu’il voit btiller ; il voudra tout ce qu’il verra : à moins d’être Dieu, comment le contenterez-vous ? »

Emile ou de l’éducation, Livre II., p. 103 (édition G.F.)

 

 

 I. UN MAITRE SANS ELEVE ? UN ENFANT IMAGINAIRE ?

 


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