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« On n’est curieux qu’à proportion qu’on est instruit. » – Jean-Jacques Rousseau

EXTRAITS D’UN DIALOGUE THEATRAL

ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU

Rousseau (choisit de s’assoir sur la chaise en face de Voltaire)

Voltaire : Que me vaut l’honneur de votre visite ? La présentation d’un nouveau discours directement inspiré par Thomas Hobbes peut-être ?

Rousseau : Ce n’est point, là, le but de mon déplacement, je le crains.

Voltaire : Vous aurez donc omis de m’apporter un exemplaire d’Emile ou de La Nouvelle Heloïse ? Vous m’en voyez peiné.

Rousseau (regardant Voltaire droit dans les yeux) : Je ne suis guère ici, pour votre bonheur personnel. Je le conçois parfaitement.

Voltaire : Bonheur… Vous parlez de bonheur… mais l’homme que vous êtes, cet homme reclus dans la campagne suisse et ce même homme ayant abandonné ses cinq enfants aux « enfants-trouvés », peut-il savoir ce qu’est le bonheur ?

Rousseau (tentant de garder bonne figure) : N’oubliez pas toute méchanceté vient de faiblesse… Les accusations que vous levez contre moi restent infondées. Et si jamais, j’avais des justifications à rendre, je me garderais bien de vous en faire part. Malgré l’admiration que j’éprouve à votre égard, il vous faudra surement tourner les pages d’une de mes futures œuvres, et vous abîmer les yeux à la lecture de mes mots, de mes confessions, pour peut-être y trouver quelconque satisfaction.

(…)

Rousseau (levant la voix) : Mais qu’est ce que le luxe veut dire pour vous ? De beaux habits ? De l’argent ? De la nourriture en abondance ? De belles demeures ? Tout cela n’est que superflu ! Le vrai bonheur ne réside pas dans la superficialité mais dans la naturalité. La paix, l’amitié, l’amour, la famille, la nature, la nourriture en quantité suffisante, voilà les fondements du vrai bonheur d’une vie ! Aujourd’hui nous pourrions les qualifier de luxe tant notre futile société et ses intérêts les ont raréfiés.

Voltaire : La famille et les amis, la société en règle générale est source de bonheur. Un paysan vivant seul avec pour simple compagnie un âne et une poule, est obligatoirement malheureux. Le bonheur est de vivre en ville, ou à la cour. Il faut s’entourer, faire preuve de courtoisie et se montrer curieux. N’est ce pas vous qui avez écrit dans Emile ou de l’Education: « on n’est curieux qu’à proportion qu’on est instruit » ? Voyez donc que le savoir est fondamental pour accéder au bonheur !

Rousseau (gardant son calme tant bien que mal) : En effet, il s’agit de ma plume. Mais il me semble également que j’avais énoncé quelque chose comme « les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu ». Vous qui parlez de société, je crains de ne savoir trop bien à quelle catégorie vous pourriez appartenir.

(…)

Ce fut très plaisant cher ami de débattre ainsi avec vous. De plus, il me tarde de retrouver ma douce et accueillante campagne.

(Rousseau se lève et pose son regard sur les fleurs sauvages qu’il a apportées, puis se détourne vers son hôte)

Jusqu’à ma prochaine visite, tâchez de prendre soin de ce bouquet, et de goûter au prélude du bonheur.

Voltaire (en ouvrant lui-même la porte) : Je vous en prie, sortez. Et surtout n’hésitez pas à revenir quand bon vous semble. Nos entrevues sont toujours un plaisir.

 

Source : Lycée de l'Iroise - Brest (France)
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