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122081-004-ad040a4cJean-Jacques Rousseau et la violence éducative
dans les Confessions et dans l’Emile

Par Alexandra Barral, membre de l’OVEO, professeur de philosophie

(Révision : Catherine Barret.)

Une quantité d’ouvrages ont été écrits sur Rousseau, en particulier sur sa pédagogie, car elle constitue une branche importante de sa philosophie : il ne s’y intéresse pas de façon accessoire. Elle est liée à son système, car l’homme est « dénaturé » et l’éducation doit porter à son terme cette dénaturation pour faire de l’enfant un homme et un citoyen. On connaît aussi tout ce que Rousseau apporta de révolutionnaire à la pédagogie, et l’influence qu’auront eue ces idées sur le XIXe siècle. Aujourd’hui encore, on ne peut se passer de lui. Il est peut-être l’un des premiers à comprendre que, pour transformer l’humanité, il faut se pencher sur l’enfant et transformer les méthodes éducatives qui étaient en vigueur à son époque (et qui n’ont pas cessé avec lui). « Pour agir sur l’humanité, s’occuper de l’enfant ; pour transformer la société, transformer l’éducation : voilà l’idée juste, féconde, véritablement réformatrice, vraie au temps de Rousseau comme de notre temps1. » A bien des égards, Rousseau semble être un auteur qui s’insurge contre les violences faites aux enfants et prône une « éducation naturelle et libre ». Pourtant, Rousseau se révèle être bien plus manipulateur à l’égard de son Emile que ce que la tradition nous a laissé supposer et retombe dans une forme de pédagogie noire. Alice Miller affirme, dans son ouvrage C’est pour ton bien : « La pédagogie de Rousseau est manipulatrice au plus haut degré2. » Voyons ce qu’il en est.

Enfant abandonné et battu

Grimm disait de Rousseau qu’il avait été malheureux presque toujours. Rousseau dit lui-même dans les Confessions : « Je serai battu. Soit : je suis fait pour l’être3. » L’enfance de Rousseau est d’abord marquée par la mort de sa mère. On connaît la formule des Confessions : « Ma naissance fut le premier de mes malheurs, je coûtai la vie à ma mère. » C, I, p. 31. Cette entrée dans le monde, Rousseau la portera toute sa vie comme un fardeau, en ayant le sentiment de ne pas y avoir sa place.

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