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2003-2-130-ph5UQAM (Université du Québec À Montréal)
Colloque International:
« Jean-Jacques Rousseau, anticipateur ou retardataire? »

Yves VARGAS
Rousseau, les paysans et la monnaie

Il semble admis que Rousseau ne fut pas un économiste fort sagace, on le soupçonne même d’avoir été d’une myopie entêtée concernant les phénomènes qu’il avait sous les yeux: à savoir la modernité capitaliste qui prenait fermement ses marques dans l’essor de la manufacture. Contre la manufacture Rousseau enracine ses principes dans l’agriculture, contre la marée mercantiliste libre-échangiste il se cambre sur la production autosuffisante, contre le monétarisme envahissant, il clame que l’homme est la seule richesse en ce monde et qu’il faut supprimer la monnaie, allant jusqu’à préconiser le retour à la corvée publique pour remplacer l’impôt en espèces. En clair, Rousseau semble être l’homme d’un autre âge, celui qui aurait gémit contre le capitalisme naissant sans voir son bel enfant sourire au milieu des douleurs de l’accouchement.

Je ne souhaite certes pas faire Rousseau meilleur économiste qu’il ne fut. Je voudrais plutôt montrer que la théorie économique de Rousseau n’est pas une rêverie morale mais une théorie fort rigoureuse. Il est certain que Rousseau commet une bévue dans son analyse de l’économie contemporaine, mais il est utile de voir qu’à partir de cette bévue toute son économie est cohérente. On pourrait dire que son économie est déductivement vraie à partir d’une hypothèse inadaptée qui en rend les conclusions inacceptables.

Si on peut affirmer cela, c’est parce que son constat erroné dans l’Europe du dix huitième siècle s’est réalisé dans le « tiers monde » du vingtième selon des analogies troublantes. Les catastrophes économiques dont Rousseau menaçait le monde (c’est-à-dire l’Europe) se sont avérées dans plusieurs pays du tiers monde selon des mécanismes fort proches de ceux qu’il dénonçait à tort. À tort mais à raison. À tort factuel et à raison théorique.

Je propose donc d’exposer cette idée en rappelant d’abord les principes de l’économie rousseauiste, et leur bévue, puis en précisant le point nodal et fautif qui préside à cette économie; enfin je rappellerai quelques éléments de l’économie tiers mondiste qui permettront un retour sur notre philosophe.

* [ I ]. Les méfaits de la manufacture

La manufacture développe le commerce puisque sa production ne peut nourrir directement son producteur, à la différence de l’agriculture; il faut donc échanger; en conséquence elle développe le besoin d’argent, car la monnaie favorise le commerce. Pour finir, la manufacture siège dans les villes qu’elle enrichit et embellit. Or tous ces caractères apparemment positifs sont pour Rousseau causes de misère et d’appauvrissement de la nation. Examinons ces points: la ville, le commerce, la monnaie.

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1) la ville

Plus la ville s’enrichit, plus les campagnes se désertifient:

Les environs des capitales ont un air de vie, mais plus on s’éloigne plus tout est désert. De la capitale s’échappe une peste continuelle qui ruine et détruit enfin la nation.[1]

Nous savons qu’à propos des villes Rousseau se trompe puisqu’à la vérité le développement des campagnes est venu de la ville dès qu’ont cessé les entraves de la propriété foncière de l’ancien régime[2]. Sans attendre la Révolution, les économistes contemporains savaient que dès la fin du quatorzième siècle les terres du Nord de l’Europe rendent bien mieux que celles de France grâce à la location des terres mises en fermage par des propriétaires citadins qui laissent au paysan le bénéfice de son travail excédent et lui assure des débouchés sur le marché urbain[3]. Rousseau se trompe mais ce n’est pas à cause d’ignorance, car il connaît fort bien les théories sur la culture intensive encouragée par le fermage à somme fixe, il prend la peine de les évoquer et de les repousser, prônant la culture extensive de subsistance et l’exploitation directe par le propriétaire. C’est ce que montre clairement la description de l’économie familiale de Clarens:

Leurs terres ne sont pas affermées mais cultivées par leurs soins… Ils ont pour maxime de tirer de la culture ce qu’elle peut donner, non pour faire un plus grand gain mais pour nourrir plus d’hommes. Monsieur de Wolmar prétend que la terre produit à proportion du nombre de bras qui la cultivent.[4]

Il se permet même de railler les théoriciens qui « raffinent sur l’agriculture » au lieu de lui fournir des bras.

Pour multiplier les hommes, il faut multiplier leur subsistance, de là l’agriculture. Je n’entends pas par ce mot l’art de raffiner sur l’agriculture… J’entends une constitution qui porte un peuple à s’étendre sur toute la surface de son territoire, à s’y fixer, à la cultiver dans tous ses points[5].

Rousseau n’ignore pas davantage la théorie de l’offre et de la demande qui favorise la campagne aux abords des villes, mais à cet argument comptable il préfère rétorquer par un argument démographique:

On s’imagine que les grandes villes favorisent l’agriculture parce qu’elles consomment beaucoup de denrées mais elles consomment encore plus de cultivateurs.[6]

Bref, la terre est faite pour nourrir ceux qui la cultivent. L’excédent agricole est la perte de l’agriculture.

A80542) le commerce

Passons au deuxième aspect, le commerce qui est la conséquence immédiate de cette production moderne en plein essor. Le commerce, idole incontesté de la pensée économique, est condamné par Rousseau sans appel.

Je regarde si bien tout commerce comme destructif de l’agriculture que je n’en excepte même pas le commerce des denrées qui sont le produit de l’agriculture.[7]

On ne saurait être plus clair, l’argument est a fortiori: le commerce est si nocif qu’il détruit même ce qu’il favorise, car la production agricole n’est pas faite pour être échangée, elle est faite pour être consommée par ses propres producteurs.

De plus, le commerce contredit les fondements politiques de la vie agricole:

Le commerce produit la richesse, mais l’agriculture assure la liberté.[8]

Car le commerce selon Rousseau rend le pays dépendant de ses fournisseurs extérieurs alors que l’agriculture assure la clôture des frontières, et donc la liberté au dedans. Pour vivre libres, vivons fermés: Rousseau n’ignore pas ses classiques, il sait que l’esprit mercantile est transnational, libre-échangiste, sa vocation n’est pas d’assurer les échanges intérieurs mais bien de passer les frontières:

Si la Corse avait besoin des étrangers, elle aurait besoin d’argent, mais pouvant se suffire à elle-même, elle n’en a pas besoin… Moins il en circulera dans l’île, plus l’abondance y régnera.[9]

8p3) la monnaie

Pourquoi la circulation monétaire est-elle accusée de ruiner les campagnes? Je crois qu’on peut résumer la réponse à trois principes essentiels.

1) Le premier principe est que la monnaie n’a pas de valeur, elle est un simple signe des richesses. Ce qui signifie que si un pays a deux fois plus de monnaie il n’est pas plus riche mais il s’ensuit que les biens coûtent deux fois de cher. On appelle cette théorie le « quantitativisme », c’est une théorie avancée par de nombreux auteurs depuis le seizième siècle et jusqu’au début du dix neuvième[10]

2) Le deuxième principe porte sur la circulation de l’argent: celui-ci ne circule pas de façon homogène, il a un pôle d’attraction vers lequel il se porte facilement et dont il ne s’écarte qu’avec difficulté. Ce pôle d’attraction est la ville, de sorte qu’il y a une suraccumulation monétaire dans les villes.

Les villes où se fait tout le commerce se sentent seules de cette abondance [de monnaie].[11]

De là une hausse des prix hypertrophiée puisque c’est dans les villes que se fait le commerce. Mais cette hausse des prix s’étend uniformément jusqu’à la campagne, là où précisément l’argent ne revient pas.

Les prix de toutes choses haussant avec la multiplication de l’argent, il faut aussi que les impôts haussent en proportion, de sorte que le laboureur se trouve plus chargé sans avoir plus de ressources.[12]

3) Voyons le troisième principe de la monnaie. Il porte sur le fait que la production agricole est incompatible avec la logique du commerce monétaire. En d’autres termes, le paysan n’est pas en mesure de s’inscrire dans les mécanisme du marché, car la loi du marché suppose la capacité de négocier les prix, d’attendre l’opportunité: toutes choses dont le paysan est privé pour la raison qu’il n’a pas les moyens d’attendre. Pourquoi cela? Parce qu’il ne possède pas de monnaie (comme on vient de voir tout l’argent reste en ville) et il doit néanmoins payer son impôt en argent à terme fixe qui ne dépend pas du marché. Pour lui l’argent n’est donc plus un moyen d’échange ou une mesure de valeur, c’est un besoin. Le paysan se trouve dans l’urgence de trouver de l’argent et par là hors d’état de fixer ses prix. En introduisant la monnaie dans le système agricole, le paysan est condamné au marché sans pouvoir être marchand.

Le laboureur qui… est contraint de payer à des termes fixes pour le terrain qu’il cultive n’est pas maître d’attendre qu’on mette à sa denrée le prix qu’il lui plaît… [il] est forcé de le vendre pour payer la taille.[13]

On devine la conséquence, de ce choc entre la logique du marché subordonné à l’argent et la logique de la terre cultivée, la paysannerie est condamnée à la fuite, au découragement et les paysans quittent la terre vers la ville victorieuse désormais entourée de campagnes désertes.

* [ II ] Ville et campagne: le mirage de la guerre

Avant de le condamner au mépris que méritent ceux qui ont raté le rendez-vous avec l’histoire, il est utile d’examiner le point d’inflexion à partir duquel Rousseau s’écarte de la ligne dominante. Je crois que ce point qui fait toute la différence et qui alimente continûment l’errance économique de Rousseau, c’est le rapport de la ville à la campagne. Rousseau pense ce rapport selon une hétérogénéité radicale, une altérité. Entre la ville et la campagne il y a pire qu’une frontière (à la limite une frontière protégerait les paysans), il y a une sorte de guerre, une guerre interminable menée par un vainqueur permanent contre un éternel vaincu, qui se terminera, comme toute guerre interminable par la défaite universelle de l’humain.

La ville, donc, est l’autre et pas seulement l’ailleurs.

Toutes ces fortunes se font en un lieu et se consomment dans un autre, ce qui… appauvrit beaucoup de pays pour enrichir une seule ville (…). Le commerce et l’industrie attirent dans les capitales tout l’argent de la campagne… L’argent vient sans cesse et ne retourne jamais, plus la ville est riche, plus le pays est misérable.[14]
Tandis qu’on multipliait les villes, la culture des terres [était] négligée.[15]

Entre la ville et la campagne, il faut choisir, c’est l’une ou l’autre, avec cette différence que l’agriculture est première, historiquement et économiquement. L’agriculture est le fait établi alors que la ville est présentée comme un nouvel arrivant, un importun dont il faut mesurer les désordres induits. Ce nouvel arrivant n’est pas un nouveau stade de la vie économique, c’est le produit d’un artifice politique, c’est l’outil de la tyrannie.

[Ils] sentirent que pour mieux dominer le peuple il fallait lui donner des goûts plus dépendants. De là l’introduction du commerce, de l’industrie et du luxe, qui liant les particuliers à l’autorité politique par leur métier ou par leurs besoins les fit dépendre de ceux qui gouvernent.[16]

Fille de la tyrannie, la ville « peuplée de mercenaires »[17], alors que la campagne fournit des patriotes défenseurs de la patrie dont ils aiment la terre[18]. La ville n’est pas un élément de l’ensemble économique, c’est un intrus jeté dans l’économie pour des raisons extra-économiques et dont les effets sont antiéconomiques. Le commerce, l’argent, les goûts luxueux sont autant de coins qui s’insinuent dans l’édifice économique et le disloque. Il ne peut pas y avoir de communication entre la ville et le pays simplement parce que la ville est un corps étranger.

Cette analyse d’une dislocation entre ville et campagne est bien le point d’inflexion qui écarte Rousseau de la modernité. Alors que les réflexions économiques considèrent l’agriculture comme la richesse de base sur laquelle s’édifient les autres activités économiques dans un ensemble homogène et continu, Rousseau traite tout ce qui excède l’agriculture non comme un complément mais comme un envahisseur sans droit ni titre, une véritable aberration, et il fonde toute son analyse sur ce rejet. Pour lui il n’y a pas une nouvelle économie du commerce et de l’industrie une déclaration de guerre à l’économie elle-même.

En cela il est myope, obstinément myope. Il ne veut pas admettre que la ville entretient avec les campagnes un lien séculaire d’échanges économiques et politiques. Il méconnaît les liens historiques anti-féodaux qui se sont noués entre la paysannerie et les villes franches, il refuse d’examiner la topologie économique qui montre comment les villes et les campagnes entretiennent des équilibres et ne sont pas des entités étrangères imposées du dehors. Il considère la ville comme un abcès qui défigure le visage du pays sans voir qu’elles sont une lente modification de sa croissance, un élément de son équilibre séculaire.

De toute cette longue histoire, Rousseau ne veut rien entendre, il s’obstine à faire valoir la misère du paysan, il en accuse uniformément la ville luxueuse et néglige le poids des coutumes foncières et ecclésiastiques venues davantage des résidus féodaux non abolis que des nouveaux rapports de fermages avec les bourgeois urbains.

Si au lieu de jeter les villes en enfer, Rousseau avait pris en compte l’histoire réelle du mouvement urbain au cours du moyen-âge, il aurait tâché, pour le moins, de combiner son parti-pris paysan aux exigences des nouveaux équilibres économiques. Peut-être aurait-il vu comment la fureur paysanne et l’essor mercantile pouvait trouver quelques points de fraternisation: il aurait alors été le seul à penser les conditions de la révolution à venir.

Il ne l’a pas fait, il s’est trompé. Cela dit, s’il avait eu raison sur ce seul point, si la ville avait été comme il l’affirme une enclave étrangère rivée par la force politique au milieu des campagnes meurtries, alors, toutes les conséquences qu’il en tire eussent été vérifiées. Car le tableau que Rousseau nous présente ressemble par de nombreux traits aux conséquences du colonialisme dans ce qu’on appelle le « tiers-monde ».

* [ III ] Le tiers-monde, miroir du rousseauisme

La colonisation des continents par les puissances européennes fut spectaculaire par son aspect militaire et par les souffrances et vexations imposées brutalement aux populations locales. Mais si on regarde ce phénomène selon une stricte analyse économique et sociale, on ne peut manquer d’être saisi par le caractère rousseauiste des situations.

Il est très notable en effet que la colonisation fut bien un parachutage artificiel de la ville moderne dans les campagnes. « Parachutage », car les villes des colons ne prenaient en compte aucune des traditions sociales et économiques. Cette situation a bouleversé en effet la vie des campagnes qui n’ont pu continuer de vivre comme si de rien n’était; on a vu les paysans modifier leur production coutumière pour vendre à la ville les produits qu’elle demandait, on les a vu s’établir dans les villes, « mangés » par elles aurait dit Rousseau, on les a vu modifier leur moeurs et leurs coutumes. Après le départ des colons européens, cette situation a perduré: les villes, devenues centres politiques ont fait la loi à la campagne, la monétarisation de l’impôt a forcé les familles d’abandonner les cultures de subsistance afin de produire des denrées monnayables à vil prix, devenant pauvres sans avoir rien perdu parce que tout changeait autour d’elles et qu’elles ne pouvaient changer.

Il y a plus, cette disjonction entre la ville coloniale et la campagne qui a désorganisé la vie des champs et transformé les paysans en misérables vendeurs à la sauvette s’est doublé d’un phénomène mondial. Les pays riches, par le moyen du crédit, ont imposé aux pays pauvres l’usage d’une monnaie extra-territoriale (les devises), la seule reconnue pour leurs achats, une monnaie qu’ils n’ont pas et doivent se procurer à l’extérieur: on retrouve le schéma rousseauiste de la campagne achetant à la ville avec la monnaie détenue par celle-ci et qui manque à celle-là. Plus que cela: pour rembourser leur dette dans cette monnaie rare, les pays pauvres durent accepter de vendre à des prix sous évalués leurs produits (caoutchouc, arachide, pétrole…) sans pouvoir faire jouer à leur profit les mécanismes du marché mondial. De plus, cette nécessité d’avoir de la monnaie a entraîné la ruine des campagnes obligées d’abandonner les cultures de subsistances polyvalentes pour une monoculture exportée, et obligées donc d’importer leur nourriture. On a vu cette aberration d’un monde obligé à renoncer à produire sa subsistance afin d’être en mesure de l’acheter: l’absurdité de l’économie disloquée se manifeste alors en des termes parfaitement rousseauistes. Cette importation a eu à son tour des effets forts pervers car le maître fait modèle et les consommateurs, méprisant leur produits demandent des biens que Rousseau qualifierait de « luxe », c’est-à-dire de biens non nécessaires comme le Coca-Cola, les hamburgers à la farine de blé et au boeuf hors de prix.

Avec les conséquences du parachutage colonial et post-colonial on a bien ce que Rousseau décrit: un pôle monétaire extérieur et dangereux qui impose au monde agricole une logique commerciale qui l’étouffe en l’embrassant.

Comme le montrent les études sur les dysfonctionnements économiques du tiers-monde, sitôt qu’une économie traditionnelle est occupée par un pôle financier et mercantile extérieur, elle se disloque, perd toute autonomie, s’appauvrit et reproduit pour sa perte le modèle qui lui est imposé.

Voilà bien l’erreur de Rousseau: il a pensé la ville européenne sur le mode d’une colonisation des campagnes par une population étrangère. Si cette analyse s’était avérée, Rousseau aurait été peut-être le plus grand économiste du dix huitième siècle. Il aurait pu être celui du dix neuvième s’il avait connu les processus de colonisation, il aurait pu, mot pour mot, reprendre son analyse de la campagne pour dénoncer les illusions hypocrites de la « modernisation » de l’Afrique et de l’Asie par les armées européennes, il aurait pu mettre en garde ces peuples contre les tentations d’une vie luxueuse achetée au prix de la mendicité, sans changer un mot à ses textes.

Je ne dis pas que Rousseau a anticipé quoi que ce soit et j’accorde qu’il s’est trompé. Comme ce navigateur espagnol qui croyait découvrir les Indes quand il abordait l’Amérique, Rousseau en parlant des paysans jurassiens nous peignait les villages ivoiriens ruinés par l’arachide, les favellas brésiliennes à la recherche du luxe urbain; en parlant des villes mangeuses d’hommes à force de monnaie, il nous donne à penser la Banque Mondiale d’Investissement ou le Fonds Monétaire International.

Par son erreur vraie, Rousseau nous donne les clefs de la dislocation économique du tiers-monde, aussi n’est-il pas étonnant que les penseurs et les acteurs de monde là l’aient, pour certains, lus et relu infatigablement, comme Fidel Castro à Cuba[19], tandis que d’autres, sans l’avoir lu l’ont réinventé à partir de leur analyse concrète comme Moammar El Kadhafi en Libye[20].
Rousseau n’en finit pas de nous montrer du doigt ce qu’il ne voit pas lui-même? C’est sans doute le paradoxe des erreurs géniales.

 

[1] Constitution pour la Corse, p 912
[2] Cf. François Dagognet, Des révolutions vertes (éd Hermann, 1983).
[3] Selon Walter Prévenier et Win Blockmans (Les Pays-Bas bourguignons, éd Mercator, 1983), le rendement moyen en Europe au XIV° siècle est de 1:4,4 (rapport semis:récolte) alors qu’il est à Bruges de 1:6, à Bruxelles de 1:13,9 et généralement en Artois de 1:8,6 à 12,8 selon les régions.
[4] La Nouvelle Héloïse, IV, lettre X, p 442.
[5] Constitution pour la Corse, p 904.
[6] Constitution pour la Corse, p 911.
[7] Constitution pour la Corse, p 920.
[8] Constitution pour la Corse, p 905.
[9] Constitution pour la Corse, p 921.
[10] David Ricardo s’y range lui aussi en développant la métaphore des canaux qui peuvent varier quant au niveau de l’eau mais ne sauraient s’étendre hors de leurs digues: la monnaie hausse les prix mais n’étend pas les richesses. Cette théorie est souvent accompagnée d’une restriction: il ne suffit pas de connaître la quantité de monnaie, il faut prendre en compte sa vitesse de circulation, car si l’argent est lent à revenir, s’il se bloque dans le circuit, les prix peuvent hausser ou baisser sans que la quantité ne varie. Dans son article Economie Politique, Rousseau professait un quantitativisme strict sans prendre en compte la circulation, il rectifiera cette erreur quelques années plus tard pendant son travail sur Du Contrat Social, et affirme alors que la valeur de l’argent dépend de trois causes:
« 1° l’abondance ou la rareté de l’espèce, 2° l’abondance ou la rareté des marchandises,…(jusque là pas de changement par rapport au quantitativisme strict, mais il ajoute cette troisième cause) 3° le degré de circulation qui dépend de la quantité des échanges, c’est-à-dire de la vigueur du commerce. »(Fragments politiques,p 520). Cette rectification suffirait à prouver à qui en douterait que Rousseau poursuit durant ces années une réflexion spécifiquement économique, et qu’il s’informe des théories de l’époque.
[11] Economie Politique, p 275.
[12] Economie Politique, p 275.
[13] Economie Politique, p 273.
[14] Economie Politique, p 268 et 273.
[15] Constitution pour la Corse, p 916.
[16] Constitution pour la Corse, p 916.
[17] Constitution pour la Corse, p 911.
[18] Constitution pour la Corse, p 905.
[19] Cf Jean-Pierre Clerc, Fidel de Cuba, (éd Ramsay, 1988)
[20] « Le Livre Vert, explique El Kadhafi, ne cite aucune source, car il n’a pas recueilli ses informations dans d’autres livres… Il s’agit plutôt d’une compilation… d’un ensemble d’évidences relatives à la vie de l’homme…. » (Intervention au Symposium sur le Livre Vert. In Al Firk Al Jamahiry n°1, janvier-mars 1984). Ce qui n’empêche les commentateurs occidentaux d’y voir l’influence de Jean-Jacques Rousseau et de Gracchus Baboeuf à toutes les pages.

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