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Abandonnant ses ambitions de devenir un grand maître de l’époque, Rousseau n’en poursuivit pas moins de cultiver avec ardeur les Échecs. « À Montmorency, par exemple, ne nous dit-il pas qu’il était prêt à endurer quatre heures d’ennui pour obtenir une pauvre petite partie des sieurs Ferraud et Minard, ses voisins¹ ».

Enfin, les Confessions ont conservé le souvenir de mémorables parties jouées avec un prince du sang, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, dans le donjon de Mont- Louis. Le Prince « passait pour un joueur habile, élève du chevalier de Lorenzi, l’un de illuminé de l’école italienne¹ ».

« Au milieu de toutes ces petites tracasseries littéraires, qui me confirmaient de plus en plus dans ma résolution, je reçus le plus grand honneur que les lettres m’aient attiré, et auquel j’ai été le plus sensible, dans la visite que M. le prince de Conti daigna me faire par deux fois, l’une au petit Château, et l’autre à Montlouis. Il choisit même toutes les deux fois le temps que Mme de Luxembourg n’était pas à Montmorency, afin de rendre plus manifeste qu’il n’y venait que pour moi. Je n’ai jamais douté que je ne dusse les premières bontés de ce prince à Mme de Luxembourg et à Mme de Boufflers ; mais je ne doute pas non plus que je ne doive à ses propres sentiments et à moi-même celles dont il n’a cessé de m’honorer depuis lors.

rousseau conti
La partie d’Échecs dans le Donjon.Gravure d’après M. Leloir, édition des Confessions, 1889. Musée Jean-Jacques Rousseau – Montmorency

Comme mon appartement de Montlouis était très petit, et que la situation du Donjon était charmante, j’y conduisis le prince qui, pour comble de grâce, voulut que j’eusse l’honneur de faire sa partie aux échecs. Je savais qu’il gagnait le chevalier de Lorenzy, qui était plus fort que moi. Cependant, malgré les signes et les grimaces du chevalier et des assistants, que je ne fis pas semblant de voir, je gagnai les deux parties que nous jouâmes. En finissant, je lui dis d’un ton respectueux, mais grave : « Monseigneur, j’honore trop Votre Altesse Sérénissime, pour ne la pas gagner toujours aux Échecs. » Ce grand prince, plein d’esprit et de lumières, et si digne de n’être pas adulé, sentit en effet, du moins je le pense, qu’il n’y avait là que moi qui le traitasse en homme, et j’ai tout lieu de croire qu’il m’en a vraiment su bon gré ».

Visualisez l’une des deux parties contre le Prince en cliquant ( ici)

¹ I. Grünberg ‘Rousseau joueur d’Échecs’ tiré des Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, volume trois (Geneve, 1907).

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