Quel est le sens de la « religion civile », chez Rousseau et certains de ses disciples? Et quel rapport la religion civile, c’est-à-dire la « religion du citoyen », entretient-elle avec la « religion de l’homme » telle que Rousseau la présente dans la Profession de foi du vicaire savoyard ? Voilà deux des principales questions soulevées par cet article, qui met à jour plusieurs aspects de la pensée de Rousseau et de sa réception (notamment Edgar Quinet, Claude Fauchet). Dans une dernière partie, l’auteur propose une réflexion sur certains enjeux contemporains du christianisme dans des sociétés capitalistes et plaide pour une remise en valeur de la dimension eschatologique présente au coeur de la religion chrétienne.
1. Introduction
On travaille parfois sur la notion de « religion civile » avec des instruments périmés ou trop limités d’un point de vue idéologique. La distinction entre religieux et temporel (ou si l’on veut profane, laïque), par exemple, est indispensable pour ce qui concerne l’Occident, elle peut servir à expliquer certains aspects de son histoire, mais on ne peut pas l’utiliser dans n’importe quel contexte, pour comprendre des situations et des cultures totalement étrangères. Dans le même sens, le terme de religion paraît lié au milieu européen et à l’histoire chrétienne, du moins si on fait confiance à certains historiens de la religion comme Giovanni Filoramo, professeur à Turin, selon qui : « Dans cette perspective qui est la mienne, ‘religion’ est une catégorie interprétative dotée d’une histoire particulière au sein de la civilisation occidentale et de la tradition juive et chrétienne qui la caractérise » 1.
Dans la société contemporaine, les religions jouent un rôle important pour fixer les identités, pour délimiter les groupes qui composent l’espace public. De ce point de vue, le christianisme a exercé une fonction séculière ou directement politique pendant la Révolution française, contribuant à fixer une théorie des droits individuels. Henry Michel écrivait en 1903, à l’occasion d’une commémoration d’Edgar Quinet : […]
la Révolution, loin d’être la négation du christianisme, constitue l’une des époques de son développement. La Révolution amène au jour, plus net, plus dégagé, plus visible qu’il ne le fut jamais, le principe même du christianisme, l’esprit de vie qui l’anime, le soutient, le fait durer, malgré l’Église : la liberté .




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