Résonances de la pensée musicale de Rousseau

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La pensée de Rousseau 

résonances contemporaines

 

 

 

PAR EMMANUEL REIBEL

Le Dictionnaire de musique de Rousseau a contribué à construire « une nouvelle sémiologie musicale qui met au cœur de l’activité de sens non pas le sujet pensant mais l’homme sensible », explique Violaine Anger : « Il s’agit d’un ‘cogito du cœur’, si l’on peut dire, où la sensation est première. »1

De fait, la pensée de Rousseau a nourri le mouvement de sensibilité musicale qui a triomphé dans le dernier tiers du XVIIIe siècle et elle a durablement marqué le romantisme, de façon directe ou indirecte2. Les mutations esthétiques et intellectuelles du XIXe siècle ont néanmoins tendu à reléguer progressivement la théorie rousseauiste au second plan, avant que la modernité ne s’en désintéresse fondamentalement. Aussi semble-t-il a priori paradoxal de s’attarder sur les résonances contemporaines d’une pensée reposant sur des valeurs que les avant-gardes du XXe siècle ont battues en brèche. Quel héritage peut avoir eu le rousseauisme au cœur d’une époque qui s’est élevée contre le pouvoir expressif de la musique (songeons aux écrits théoriques de Stravinsky) et qui a cherché à fonder la création sur des paramètres moins subjectifs qu’objectifs (dans la hantise de revivre les dérives politiques et idéologiques du romantisme) ?

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NOUVELLES LETTRES A MONTMORENCI

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JEAN-JACQUES ROUSSEAU

Volume 17

NOUVELLES LETTRES
DE J. J. ROUSSEAU

A Paris le 15 Octobre 1754.
Il faut vous tenir parole, Monsieur, & satisfaire en même temps mon coeur & ma conscience; car, estime, amitié, souvenir, reconnoissance, tout vous est dû, & je m’acquitterai de tout cela sans songer que je vous le dois. Aimons-nous donc bien tous deux & hâtons-nous d’en venir au point de n’avoir plus besoin de nous le dire.
J’ai fait mon voyage très-heureusement & plus promptement encore que je n’espérois. Je remarque que mon retour a surpris bien des gens, qui vouloient faire entendre que la rentrée dans le royaume m’étoit interdite & que j’étois relégué à Genève; ce qui seroit pour moi, comme pour un Evêque français, être relégué à la cour. Enfin, m’y voici, malgré eux & leurs dents, en attendant que le coeur me ramène où vous êtes, ce qui se seroit dès à présent, si je ne consultois que lui. Je n’ai trouvé ici aucun de mes amis. Diderot est à Langres, Duclos en Bretagne, Grimm [2] en Provence, d’Alembert même est en campagne, de sorte qu’il ne me reste ici que des connoissances, dont je ne me soucie pas assez pour déranger ma solitude en leur saveur. Le quatrième volume de l’Encyclopédie paroît depuis hier; on le dit supérieur encore au 3me. Je n’ai pas encore le mien; ainsi je n’en puis juger par moi-même. Des nouvelles littéraires ou politiques, je n’en sais pas, Dieu merci, & ne suis pas plus curieux des sottises qui se sont dans ce monde que de celles qu’on imprime dans les livres.
J’oubliai de vous laisser, en partant les canzoni que vous m’aviez demandées; c’est une étourderie que je réparerai ce printemps, avec usure, en y joignant quelques chansons françaises, qui seront mieux du goût de vos dames & qu’elles chanteront moins mal.
Mille respect je vous supplie, à M. votre père & à Mde. votre mère, & ne m’oubliez pas non plus auprès de Mde. votre soeur, quand vous lui écrirez; je vous prie de me donner particulièrement de ses nouvelles; je me recommande encore à vous pour faire une ample mention de moi dans vos voyages de Sécheron, au cas qu’on y soit encore. Item, à Mr. Mde. & Mlle. Mussard, à Châtelaine; votre, éloquence aura de quoi briller à faire l’apologie d’un homme qui, après tant d’honnêtetés reçues, part & emporte le chat.
J’ai voulu faire un article à part pour M. Abauzit. Dédommagez-moi en mon absence, de la gêne que m’a causé sa modestie, toutes les sois que j’ai voulu lui témoigner ma profonde & sincère vénération. Déclarez-lui, sans quartier, tous les sentimens dont vous me savez pénétré [3] pour lui, & n’oubliez pas de vous dire à vous-même quelque chose des miens pour vous.
p. s. Mlle. Le Vasseur vous prie d’agréer ses très-humbles respects. Je me proposois d’écrire à M. de Rochemont; mais cette maudite paresse…. Que votre amitié fasse pour la mienne auprès de lui, je vous en supplie.
[06-07-1755] LETTRE A Mr. V….s

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Que faire avec les cris des enfants ?

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122081-004-ad040a4cJean-Jacques Rousseau et la violence éducative
dans les Confessions et dans l’Emile

Par Alexandra Barral, membre de l’OVEO, professeur de philosophie

(Révision : Catherine Barret.)

Une quantité d’ouvrages ont été écrits sur Rousseau, en particulier sur sa pédagogie, car elle constitue une branche importante de sa philosophie : il ne s’y intéresse pas de façon accessoire. Elle est liée à son système, car l’homme est « dénaturé » et l’éducation doit porter à son terme cette dénaturation pour faire de l’enfant un homme et un citoyen. On connaît aussi tout ce que Rousseau apporta de révolutionnaire à la pédagogie, et l’influence qu’auront eue ces idées sur le XIXe siècle. Aujourd’hui encore, on ne peut se passer de lui. Il est peut-être l’un des premiers à comprendre que, pour transformer l’humanité, il faut se pencher sur l’enfant et transformer les méthodes éducatives qui étaient en vigueur à son époque (et qui n’ont pas cessé avec lui). « Pour agir sur l’humanité, s’occuper de l’enfant ; pour transformer la société, transformer l’éducation : voilà l’idée juste, féconde, véritablement réformatrice, vraie au temps de Rousseau comme de notre temps1. » A bien des égards, Rousseau semble être un auteur qui s’insurge contre les violences faites aux enfants et prône une « éducation naturelle et libre ». Pourtant, Rousseau se révèle être bien plus manipulateur à l’égard de son Emile que ce que la tradition nous a laissé supposer et retombe dans une forme de pédagogie noire. Alice Miller affirme, dans son ouvrage C’est pour ton bien : « La pédagogie de Rousseau est manipulatrice au plus haut degré2. » Voyons ce qu’il en est.

Enfant abandonné et battu

Grimm disait de Rousseau qu’il avait été malheureux presque toujours. Rousseau dit lui-même dans les Confessions : « Je serai battu. Soit : je suis fait pour l’être3. » L’enfance de Rousseau est d’abord marquée par la mort de sa mère. On connaît la formule des Confessions : « Ma naissance fut le premier de mes malheurs, je coûtai la vie à ma mère. » C, I, p. 31. Cette entrée dans le monde, Rousseau la portera toute sa vie comme un fardeau, en ayant le sentiment de ne pas y avoir sa place.

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Bonne et heureuse année 2017

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A vous Adhérents, « Rousseauistes », 

Chers Amis 

rousseauEn 2017, nous mettons toute notre énergie à votre service…

Toute l’équipe SIAM JJR  vous souhaite ses meilleurs vœux pour l’année 2017

que celle-ci soit synonyme de réussite dans tous vos projets !

Celui de l’association:

Provoquer l’avenir 2017

Christian DIDIER

Société Internationale des Amis du Musée Jean Jacques Rousseau.

Président 

Quand Jean-Jacques Rousseau jouait aux échecs !

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En Suisse, c’est connu, on n’est pas pressé.

Jean-Jacques Rousseau, né à Genève,

attendra 1742 pour venir s’installer à Paris.
Il a 30 ans.

Finalement, peu importe le temps quand on a le talent.

Encore 20 petites années passent.
« Le contrat social » est publié en 1762.
Ce texte majeur de philosophie politique affirme le principe de souveraineté du peuple et précède la Révolution Française de 1789. D’autres idées sont diffusées, d’autres livres sont publiés, et pas des moindres : Discours sur les sciences et les arts (1750), Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), Emile ou de l’Education (1762), . . .

Rousseau est un Philosophe des Lumières qui contribue à l’Encyclopédie de Diderot. C’est un écrivain, d’ailleurs précurseur du Romantisme. C’est aussi un musicien imaginatif. Il meurt en 1778, Quelques années passent . . . et la France reconnaissante transfère ses cendres au Panthéon (1794).

C’est bien !

Mais Rousseau, est aussi un joueur d’échecs.
Et les témoignages concernant cet habitué du Café de la Régence abondent.

Rousseau, joueur d’échecs plutôt doué.
« Il s’avisa de me proposer d’apprendre les échecs, qu’il jouait un peu. J’essayai presque malgré moi ; et, après avoir tant bien que mal appris la marche, mon progrès fut si rapide, qu’avant la fin de la première séance, je lui donnai la tour qu’il m’avait donnée en commençant ».
Extrait du livre Les Confessions

Rousseau, joueur d’échecs plutôt passionné.
« Il ne m’en fallut pas davantage : me voilà forcené des échecs. J’achète un échiquier, j’achète le Calabrois : je m’enferme dans ma chambre, j’y passe les jours et les nuits à vouloir apprendre par cœur toutes les parties, à les fourrer dans ma tête bon gré mal gré, à jouer seul sans relâche et sans fin. Après deux ou trois mois de ce beau travail et d’efforts inimaginables, je vais au café, maigre, jaune, et presque hébété ».
Extrait du livre Les Confessions

Rousseau, joueur d’échecs plutôt paresseux.
« J’avais un autre expédient non moins solide dans les échecs, auxquels je consacrais régulièrement, chez Maugis, les après-midi des jours que je n’allais pas au spectacle. Je fis là connaissance avec M. de Légal, avec un M. Husson, avec Philidor, avec tous les grands joueurs d’échecs de ce temps-là, et n’en devins pas plus habile. Je ne doutai pas cependant que je ne devinsse à la fin plus fort qu’eux tous; et c’en était assez, selon moi, pour me servir de ressource. De quelque folie que je m’engouasse, j’y portais toujours la même manière de raisonner. Je me disais : Quiconque prime en quelque chose est toujours sûr d’être recherché. Primons donc, n’importe en quoi ; je serai recherché, les occasions se présenteront, et mon mérite fera le reste. Cet enfantillage n’était pas le sophisme de ma raison, c’était celui de mon indolence. Effrayé des grands et rapides efforts qu’il aurait fallu faire pour m’évertuer, je tâchais de flatter ma paresse, et je m’en voilais la honte par des arguments dignes d’elle. »

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