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Le cœur de l’homme est inquiet et malheureux. Il lui fait tous les jours de sa vie rechercher le bonheur, mais le temps passe et le bonheur le fuit. Il lui fait désirer de vivre seul et content dans l’innocence de ses sentiments naturels et à l’abri de tout ce qui l’agite parmi ses semblables, mais il n’y a pas d’existence possible en dehors de la société. Il voudrait être soi, trouver sa place et s’aimer lui-même, mais il est le plus souvent plein d’amour-propre, envieux et jaloux de la place occupée par les autres. Au moins il peut rêver et écrire. Rousseau, qui a un des cœurs les plus sensibles de son temps, souffre de toutes les souffrances qui accablent les hommes, mais il sait rêver mieux qu’un autre et il peut écrire sans
presque s’interrompre. Il écrira donc sur le bonheur et sur les moyens de se garder du malheur autant qu’il est possible, en sachant bien que tout cela n’est pour lui qu’un rêve.
Il rêve, entre autres écrits, d’un enfant qui serait lui-même et qu’il referait vivre sous ses propres conseils depuis sa naissance jusqu’à sa vie d’adulte en le préparant au mieux pour le bonheur et en l’armant de manière réfléchie contre le malheur inévitable. Dans ce traité sur l’éducation connu sous le titre du prénom Émile (1969 Folio, Gallimard [1762]),









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