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Un pleurnicheur, Rousseau ? C’est l’image qu’il a parfois auprès de ceux qui comprennent mal une sensibilité qui, au-delà de la philosophie, s’étendait aussi à la musique – car Rousseau est aussi un compositeur – et à la littérature. Il est vrai que, sur le plan philosophique, le Genevois n’a eu de cesse de dénoncer les injustices et de réfléchir aux conditions réelles de la liberté. Marginal dans un XVIIIe siècle français où la foi dans le progrès prévaut, il affirme son caractère ambivalent en décelant au cœur même de l’idéologie des Lumières les causes du malheur de l’humanité : loin de libérer l’humanité, la civilisation risque de l’asservir.

Plus que pour sa participation à l’Encyclopédie, on lit surtout Rousseau pour son Contrat social et pour son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Il y définit l’homme par la « perfectibilité », conséquence de sa liberté, et qui le rend toujours susceptible de changer, que ce soit en bien ou en mal. Rousseau y affirme aussi la bonté originelle de l’homme, corrompue par la vie en société. Il n’en fallut pas plus pour que Voltaire, son contemporain à l’esprit mordant, se moque de lui, ce qui donna lieu à des échanges très vifs : Rousseau n’aurait-il pas l’intention de nous faire vivre à quatre pattes, comme des sauvages ? Pourtant, Rousseau est loin d’être naïf et ne prône pas au premier degré un retour à un hypothétique état de nature, qui est d’ailleurs pour lui « un état qui n’existe plus, qui n’a peut-être jamais existé, qui probablement n’existera jamais » : cette célèbre notion rousseauiste d’« état  de nature » n’est qu’une expérience de pensée, une tentative pour comprendre le développement historique de la société et inventer les conditions d’une vie plus harmonieuse.

Car Rousseau fait le constat (malheureux) que « l’homme est né libre et partout il est dans les fers ». Il dégage alors les conditions légitimes d’un pouvoir politique fondé sur un contrat, et où la souveraineté du peuple est entière et permet de garantir la liberté de tous les citoyens. Il propose ainsi de « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. » La république lui apparaît dès lors comme le régime qui permet non seulement de ne pas renoncer à sa liberté, mais d’en révéler la nature profonde. La liberté politique est possible, au peuple le pouvoir souverain !