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La république française est proclamée le 22 septembre 1792. Sans pompe et sans solennité : simplement par un décret de la Convention qui stipule qu’à compter de ce jour les actes publics seront datés « de l’an un de la république ». La prudence des conventionnels s’explique aisément : depuis les premiers jours de la Révolution, l’idée d’un changement de régime a eu bien du mal à faire son chemin, même parmi les adversaires les plus acharnés du roi.

En 1690, dans son Dictionnaire universel, Furetière définit en ces termes le mot « république » : « État ou gouvernement populaire. » Et il ajoute : « Les plus florissantes républiques ont été celles de Rome, d’Athènes et de Sparte. Aujourd’hui, il n’y a guère de vraie république, dont le gouvernement soit absolument populaire ; les Vénitiens et les Génois appellent leurs États républiques, quoique leur gouvernement soit oligarchique et entre les mains des nobles. On dit aussi la république des Lettres en parlant collectivement de tous les gens d’étude. » Au XVIIIe siècle, la plupart des philosophes qui critiquent, au nom des Lumières, les institutions et la société de leur temps mettent en cause non le régime monarchique, mais l’absolutisme et, s’appuyant notamment sur l’exemple anglais, préconisent une monarchie tempérée par l’existence de contre-pouvoirs. Même Jean-Jacques Rousseau, partisan de la république directe, estime qu’un tel régime, applicable jadis dans les cités grecques ou aujourd’hui à Genève, est difficilement transposable dans les grands États modernes. En fait, tout au long du XVIIIe siècle, le mot « république » reste d’un usage limité. Certes, il fait partie de l’enseignement des collèges jésuites et des références obligées à l’Antiquité gréco-romaine, mais concrètement, il désigne soit un régime qui n’est pas monarchique mais populaire, en droit sinon en fait, soit une organisation quelconque, comme la république des Lettres. C’est encore un mot vague, innocent du sens réel et symbolique dont deux siècles d’histoire de France l’ont chargé, et notamment ces mois décisifs qui vont du printemps 1789 à l’automne 1792.

Lorsque les Français prennent la parole, en mars 1789, pour rédiger leurs cahiers de doléances, aucun de ceux-ci ne se fait l’écho de la volonté, ou même du souhait, de voir substituer en France la république à la monarchie. Au contraire, la plupart d’entre eux, tout en dénonçant mille abus qu’il est urgent de réformer, expriment l’attachement des Français à leur « bon roi» et la confiance qu’ils placent dans sa capacité à mener à bien ces réformes, à partir du moment où il sera mis au courant des tristes réalités de son royaume. Et pourtant, moins de quatre ans plus tard, en septembre 1792, la république est proclamée. Comment et pourquoi un concept vague et d’emploi limité a-t-il pu si vite se charger d’un sens positif et rallier à lui une majorité de Français, du moins parmi ceux qui, à Paris et dans les départements, détenaient le pouvoir ou participaient à un titre ou à un autre à la chose publique ?

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