Résonances contemporaines de la pensée musicale de Rousseau

 Le Dictionnaire de musique de Rousseau a contribué à construire « une nouvelle sémiologie musicale qui met au cœur de l’activité de sens non pas le sujet pensant mais l’homme sensible ,  Il s’agit d’un ‘cogito du cœur’, si l’on peut dire, où la sensation est première. »1

De fait, la pensée de Rousseau a nourri le mouvement de sensibilité musicale qui a triomphé dans le dernier tiers du XVIIIe siècle et elle a durablement marqué le romantisme, de façon directe ou indirecte2. Les mutations esthétiques et intellectuelles du XIXe siècle ont néanmoins tendu à reléguer progressivement la théorie rousseauiste au second plan, avant que la modernité ne s’en désintéresse fondamentalement. Aussi semble-t-il a priori paradoxal de s’attarder sur les résonances contemporaines d’une pensée reposant sur des valeurs que les avant-gardes du XXe siècle ont battues en brèche. Quel héritage peut avoir eu le rousseauisme au cœur d’une époque qui s’est élevée contre le pouvoir expressif de la musique (songeons aux écrits théoriques de Stravinsky) et qui a cherché à fonder la création sur des paramètres moins subjectifs qu’objectifs (dans la hantise de revivre les dérives politiques et idéologiques du romantisme) ?

La pensée de Rousseau est certes désuète sur bien des points : trop circonstanciés paraissent aujourd’hui les réflexions sur la consonance (un siècle après l’apparition de la musique atonale), les débats sur les modèles de la musique française et de la musique italienne (à l’heure de la mondialisation culturelle), ou les propos polémiques concernant la primauté du paramètre mélodique dans l’écriture musicale. Et pourtant, croyons-nous, la pensée musicale de Rousseau n’a pas totalement disparu du paysage actuel. Cet article partira donc en quête de ses traces. 

Rousseau visionnaire ?

A suivre sur : https://jjrousseau.net/rousseau-pour-tous/7191-2/