L’économie qualitative selon Rousseau

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qualitatifSelon Rousseau, le travail nous enseigne une sagesse sur le temps, un sentiment de soi et un sens du réel qui nous préservent des dangers de l’imagination, des passions et de la société. « Le travailleur ne rêve pas » comme le dira S. Weil. Quelle notion de travail est ici engagée ? Rien de ce qu’on trouvera ultérieurement dans l’Économie Politique classique, Marx ou la socio-économie. Rousseau fait assurément du travail une entrée dans l’économie, mais cette économie reste dominée par la valeur d’usage. On peut parler d’économie qualitative.

English

According to Rousseau, work teaches us wisdom about time and a sense of selfness and reality which protect everybody from imagination, passions and society harms. « The worker does not dream » will say S.Weil. What notion of work is here implied? Nothing which could be later found in classical Political Economy, Marx or the socio-economy. Rousseau indeed thinks work is an access to economy, but his economy remains under the rule of the use-value. It is a qualitative economy.

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L’oeuvre critique de Rousseau

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rousseau-adolescent

Rousseau s’oppose aux idées développées par Voltaire dans les Lettres philosophiques et dans Le Mondain. Le Discours se compose de deux parties : dans la première, il convoque des exemples tirés de l’histoire de Sparte, d’Athènes et de Rome, puis de celle des états modernes. Il constate ainsi que le progrès aboutit à la corruption des mœurs d’une société. Dans la seconde partie, Rousseau apporte une explication théorique des faits précédemment constatés.

 

 

 

Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, essai de philosophie politique, 1755.

Rousseau répond encore à une question posée par l’Académie de Dijon : « Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes ; et si elle est autorisée par la loi naturelle. » Selon lui, l’inégalité parmi les hommes naît essentiellement de la propriété, qui elle-même découle de l’évolution de l’homme et de son éloignement de l’état de nature. Cet état, évoqué dans la première partie du discours, doit être considéré comme ce qu’il est : une utopie, un état idéal dans lequel la nature humaine peut se développer dans toute sa perfection. Il s’agit donc d’une référence philosophique, non d’un repère historique repérable sur un axe temporel. L’homme originel est simple et robuste, indépendant et heureux, et l’exercice de sa force est tempéré par la pitié. Poussés par le sentiment de perfectibilité, les hommes s’associent et s’organisent et forment la société civile, dont l’acte de naissance est la première affirmation de la propriété : « ceci est à moi ». C’est alors que se créent les inégalités, qui ne feront que croître et se renforcer avec le temps et les traditions. En effet, une telle évolution est irréversible. Il ne saurait donc être question de revenir en arrière, et le pessimisme de Rousseau n’est pas le corollaire d’une pensée rétrograde, comme Voltaire a feint de le croire.

6179620-9233773Lettre à d’Alembert sur les spectacles, pamphlet, 1758.

C’est une réponse à l’article « Genève » de l’Encyclopédie, dans lequel d’Alembert, inspiré par Voltaire, demandait l’établissement d’un théâtre à Genève où, depuis Calvin, les représentations étaient interdites. Rousseau répond en présentant son point de vue sur le théâtre. Selon lui, la tragédie est condamnable, parce qu’elle excite les passions, et la comédie parce qu’elle ridiculise la vertu. En outre, les comédiens, dont les mœurs sont dépravées, offrent un exemple déplorable aux honnêtes citoyens. Rousseau s’oppose encore une fois à Voltaire, lui-même auteur dramatique, et à Diderot qui a élaboré le drame bourgeois. L’une des cibles principales de sa critique est Le Misanthrope de Molière : la vertu ridiculisée aux yeux du public mondain. On ne peut s’empêcher de penser à Rousseau, si mal à l’aise dans les salons et si maladroit dans les conversations mondaines…

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Jean-Jacques Rousseau: l’au-delà du politique

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rousseaubusteLa constatation faite par Jean-Jacques Rousseau de la corruption de ses contemporains, due à un mauvais usage du savoir et à l’inégalité criante des conditions, fruit de l’histoire malheureuse de l’humanité, va le pousser à repenser le politique.

Sa philosophie politique repose sur quelques principes apparemment simples: le contrat social, la volonté générale et l’unanimisme qui est son idéal, la figure du législateur, véritable organisateur de la cité et la religion civile tournée vers la réalisation des devoirs du citoyen. Son projet politique, il s’en rendra compte, est irréalisable.

Cette idée, dans laquelle il avait mis tous ses espoirs, celle de la reprise de la notion d’harmonie et son passage de la sphère théologique à la sphère politique, est impossible à réaliser.

Il restera désormais à Rousseau à trouver un bonheur paradoxal dans la solitude, qui lui permet enfin, sur le plan individuel, de vivre en harmonie avec lui-même et la nature dans laquelle se montre la bonté du Créateur.

Information de la MRL

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75b670dc89480c343c2f614926cbbde15e8eb519Au vu de l’immense intérêt que vous avez porté aux ateliers d’écriture ouverts cette année, la MRL en propose un nouveau sur un genre littéraire d’une richesse étourdissante : le conte.

L’excellente auteur et dramaturge Manon Pulver vous entraînera, le temps d’un week-end (1-2 avril), dans les arcanes de cet art entre écriture et oralité.

Attention, nombre de places limité.
Plus d’informations / inscriptions : T. 022 310 10 28 / info@m-r-l.ch

Samedi 1er et dimanche 2 avril 2017
Il était une fois… le conte

Avec Manon Pulver
C’est peu dire que le conte fascine. Cette forme narrative ancestrale semble inépuisable ; sa capacité à se réinventer et à inventer, intarissable. Mais comment ça fonctionne ? Qu’est-ce qui attire petits et grands vers lui et donne tant envie d’écouter, de raconter ? Où est la part d’écriture et la part d’oralité, et comment passer de l’un à l’autre ? Mené par Manon Pulver, cet atelier retournera l’art du conte comme un gant et en dévoilera certaines coutures incontournables.

Manon Pulver écrit comme d’autres manient l’épée. Sa plume aiguisée tranche et pique avec une agilité doublée d’une drôlerie corrosive et fédératrice. Cette fine observatrice de notre époque et des individus s’est principalement fait connaître avec ses pièces de théâtre, dont on retient avec bonheur Un avenir heureux, Au bout du rouleau, A découvert. Si le théâtre est son lieu de prédilection, elle a aussi travaillé pour la télévision, la radio, des revues et continue de collaborer avec différents médias. Elle s’est par ailleurs formée à l’art du conte auprès de Catherine Zarcate.

Côté pratique

A prévoir et prendre avec soi:
– Un conte court de votre choix (de préférence connu)
– Facultatif : une idée personnelle de récit ou de conte à développer

Informations, inscriptions: 022 310 10 28 / info@m-r-l.ch
Horaires : 10h – 18h (avec pause à midi)
Nombre de place : 12 participants max.
Âge minimum : 16 ans
Tarifs : Chf 120.- / 80.- (AVS, étudiant, chômeur)di
MRL
Maison de Rousseau et de la Littérature
T. 00 41 22 310 10 28 / info@m-r-l.ch
Grand-Rue 40, 1204 Genève
Avec le soutien de la République et canton de Genève
Facebook Twitter
http://www.m-r-l.ch

La ville est l’autre et pas seulement l’ailleurs.

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2003-2-130-ph5UQAM (Université du Québec À Montréal)
Colloque International:
« Jean-Jacques Rousseau, anticipateur ou retardataire? »

Yves VARGAS
Rousseau, les paysans et la monnaie

Il semble admis que Rousseau ne fut pas un économiste fort sagace, on le soupçonne même d’avoir été d’une myopie entêtée concernant les phénomènes qu’il avait sous les yeux: à savoir la modernité capitaliste qui prenait fermement ses marques dans l’essor de la manufacture. Contre la manufacture Rousseau enracine ses principes dans l’agriculture, contre la marée mercantiliste libre-échangiste il se cambre sur la production autosuffisante, contre le monétarisme envahissant, il clame que l’homme est la seule richesse en ce monde et qu’il faut supprimer la monnaie, allant jusqu’à préconiser le retour à la corvée publique pour remplacer l’impôt en espèces. En clair, Rousseau semble être l’homme d’un autre âge, celui qui aurait gémit contre le capitalisme naissant sans voir son bel enfant sourire au milieu des douleurs de l’accouchement.

Je ne souhaite certes pas faire Rousseau meilleur économiste qu’il ne fut. Je voudrais plutôt montrer que la théorie économique de Rousseau n’est pas une rêverie morale mais une théorie fort rigoureuse. Il est certain que Rousseau commet une bévue dans son analyse de l’économie contemporaine, mais il est utile de voir qu’à partir de cette bévue toute son économie est cohérente. On pourrait dire que son économie est déductivement vraie à partir d’une hypothèse inadaptée qui en rend les conclusions inacceptables.

Si on peut affirmer cela, c’est parce que son constat erroné dans l’Europe du dix huitième siècle s’est réalisé dans le « tiers monde » du vingtième selon des analogies troublantes. Les catastrophes économiques dont Rousseau menaçait le monde (c’est-à-dire l’Europe) se sont avérées dans plusieurs pays du tiers monde selon des mécanismes fort proches de ceux qu’il dénonçait à tort. À tort mais à raison. À tort factuel et à raison théorique.

Je propose donc d’exposer cette idée en rappelant d’abord les principes de l’économie rousseauiste, et leur bévue, puis en précisant le point nodal et fautif qui préside à cette économie; enfin je rappellerai quelques éléments de l’économie tiers mondiste qui permettront un retour sur notre philosophe.

* [ I ]. Les méfaits de la manufacture

La manufacture développe le commerce puisque sa production ne peut nourrir directement son producteur, à la différence de l’agriculture; il faut donc échanger; en conséquence elle développe le besoin d’argent, car la monnaie favorise le commerce. Pour finir, la manufacture siège dans les villes qu’elle enrichit et embellit. Or tous ces caractères apparemment positifs sont pour Rousseau causes de misère et d’appauvrissement de la nation. Examinons ces points: la ville, le commerce, la monnaie.

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1) la ville

Plus la ville s’enrichit, plus les campagnes se désertifient:

Les environs des capitales ont un air de vie, mais plus on s’éloigne plus tout est désert. De la capitale s’échappe une peste continuelle qui ruine et détruit enfin la nation.[1]

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