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Comment Rousseau a fait admirer les Alpes aux Anglais

Par Etienne Dumont
dans la tribune de geneve

Eric Christen et Françoise Baud publient une intelligente anthologie poétique commentée, en marge de l’année Rousseau qui commence.

Les Alpes, on le sait, sont longtemps demeurées un objet d’horreur. Comme le rappellent Eric Christen et Françoise Baud dans l’introduction de « Rousseau, les Alpes et la poésie anglaise », les voyageurs préféraient les franchir en fermant les rideaux de leur voiture « pour arriver de l’autre côté aussi vite que possible, sans même essayer de jouir du paysage.»

Jean-Jacques Rousseau devait changer cette perception de la nature. Le Genevois n’a pas été le premier. Ses écrits, répandus dans toute l’Europe des Lumières, ont surtout servi de catalyseur. Le premier texte reproduit (en français, puis en anglais dans une seconde partie) par Eric Christen et Françoise Baud remonte ainsi à 1739. Il est dû à Thomas Gray. Il y a certaines scènes (de « scenery», paysage) qui imposeraient la foi à un athée, sans l’aide d’aucun argument.»

Parler aux âmes sensibles

C’est donc bien à l’esthétique du sublime que renvoient l’immensité vide, les sommets enneigés, les avalanches terribles et la montée vers une sorte d’absolu. Plus le voyageur grimpe, plus il se sent seul et désarmé, plus il approche de Dieu. Rousseau se montrera moins exalté que les Britanniques, qui découvraient ainsi une nouvelle étape pour leur «grand tour» sur le Continent. Mais les «Confessions», «L’Emile» ou «La nouvelle Héloïse» comportent leur part de descriptions. Elles sauront parler aux âmes sensibles.

Très bien faite, dans la mesure où elle situe chaque texte retenu en contexte, l’anthologie du tandem littéraire conduit le lecteur jusqu’en 1900.

Le désert de neige et de glace va alors devenu un immense terrain de jeu. De nombreux auteurs sont ici présents. Certains demeurent encore célèbres, comme John Ruskin ou Lord Byron. D’autres constitueront des redécouvertes, en tout cas pour les francophones.

Un ouvrage à lire donc, en marge d’une année Jean-Jacques Rousseau qui s’annonce longue, et parfois douloureuse.

Pratique 

«Rousseau, les Alpes et la poésie anglaise», d’Eric Christen et Françoise Baud, bilingue, aux Editions de L’Aire, 360 pages.

Rousseau, les Alpes et la poésie anglaise 9782940478187 CHF


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