Le premier des cinq enfants de Jean-Jacques Rousseau et Thérèse Levasseur, alors âgé de deux jours, est déposé à l’hospice des Enfants-Trouvés par une sage-femme.
C’est le destin de ce bébé, celui d’un enfant abandonné que l’on envoie dans la Picardie rurale et profonde du 18e siècle, et qui passe de nourrice en nourrice, avant de trouver peut être une famille pour l’accueillir.
Le « paradoxe Rousseau ». Comment le philosophe des Lumières a-t-il pu convaincre sa compagne d’abandonner successivement cinq enfants entre 1746 et 1752 ?
A défaut d’excuser, on peut au moins s’interroger et tenter de comprendre.
La SIAM JJR n’est pas là pour juger. Nous devons replacer les faits dans le contexte de leur époque. Au 18e siècle, les naissances ne peuvent être planifiées et les familles ne bénéficient d’aucune aide à l’éducation de leurs enfants.
L’attitude de Rousseau n’a rien d’une exception. À Paris, un quart des nouveaux-nés sont abandonnés par leurs parents. Ils sont acheminés hors de la capitale dans des conditions effroyables, afin notamment que leurs mères n’aient pas la tentation de les retrouver.
70 % d’entre eux décèdent avant l’âge de 1 an. Lire la suite →
Vue de l’hermitage à Montmorency du Coté du Jardin, lithographie coloriée.
C’est en lisière de la forêt que Rousseau vint se retirer. L’Ermitage, le jardin et la demeure, dont l’intérieur a été reconstitué, est devenu un musée.
« Je comptais bien que la forêt de Montmorency, qui était presque à ma porte, serait désormais mon cabinet de travail », écrivit Jean-Jacques Rousseau dans Les Confessions. On devine déjà la cime des arbres, dans le train qui nous dépose à Saint-Leu-la-Forêt. Pour rejoindre le plus grand massif forestier du Val-d’Oise (2 000 hectares de vallons essentiellement composés de châtaigniers), il suffit de lever la tête et d’emprunter un chemin balisé au départ de l’église.
L’Ermitage à Montmorency (1809)
Quelques kilomètres de la Châtaigneraie nous séparent encore du musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency. Lassé des vanités et de la course à la gloire, refusant même une invitation de Louis XV, le philosophe s’installa en lisière de forêt dans l’Ermitage — dont il ne reste plus rien — de madame d’Epinay. Après une brouille avec celle-ci, il loua la petite maison aujourd’hui en plein centre de la commune. Il faut s’imaginer entrer ici comme dans un tableau de Jean Siméon Chardin : s’il ne reste rien du mobilier ayant appartenu à Rousseau, la liste qu’il en dressa permit aux conservateurs de reconstituer un intérieur fidèle à l’atmosphère de l’époque. Trois pièces toutes simples, avec à l’étage la chambre de Rousseau, dont la circulation autour d’une alcôve distille un charme très moderne.
Dans le jardin, l’allée de tilleuls, quelques marches et le « donjon », un cabinet de travail, jouxtent l’ancienne maison des Commères, le sobriquet dont se servait le philosophe pour désigner ses anciens voisins, qu’il accusa du vol du manuscrit d’Emile ou De l’éducation. En 1762, le Parlement de Paris condamne l’ouvrage à être brûlé et son auteur, emprisonné, Jean-Jacques n’a que le temps de s’enfuir. La demeure abrite la Bibliothèque d’études rousseauistes disposant de 30 000 documents imprimés et quelques trésors. Dont l’un des trois portraits de l’écrivain par Quentin de La Tour.
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Rousseau est fils d’un horloger, orphelin de mère, citoyen de Genève né en 1712. Il découvrit sur les étagères de son père des livres de droit comme ceux de Grotius, un des principaux jusnaturalistes du XVIe siècle à l’origine d’une pensée du droit international, selon ce que déclare Rousseau lui-même dans la dédicace du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (ROUSSEAU 1959-95, III, 118). C’est d’ailleurs un point que souligne aussi l’abbé de Saint-Pierre dans sa La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau (SAINT-PIERRE 1907, 40-41).
Fils d’un citoyen, Rousseau a pu être très tôt sensibilisé à la vertu civique, au droit public, au droit international et de manière générale à la question de la justice.
» (…) Gardons-nous d’annoncer la vérité à ceux qui ne sont pas en état de l’entendre, car c’est y vouloir substituer l’erreur (…) Il vaudrait mieux n’avoir aucune idée de la Divinité que d’en avoir des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes d’elle. C’est un moindre mal de la méconnaître que de l’outrager. Les grand mal des images difformes de la Divinité qu’on trace dans l’esprit des enfants, est qu’elles y restent toute leur vie et qu’ils ne conçoivent plus, étant hommes, d’autre Dieu que celui des enfants.
(…)
Un enfant doit être élevé dans la religion de son père :on lui prouve toujours très bien, très aisément, que cette religion, telle qu’elle soit, est la seule véritable ; que toutes les autres ne sont qu’extravagance et absurdité. La force des arguments dépend absolument, sur ce point, du pays où on les propose. Qu’un Turc, qui trouve le christianisme si ridicule à Constantinople, aille voir comment on trouve le mahométisme à Paris. C’est surtout en matière de religion que l’opinion triomphe (…) »
Un pleurnicheur, Rousseau ? C’est l’image qu’il a parfois auprès de ceux qui comprennent mal une sensibilité qui, au-delà de la philosophie, s’étendait aussi à la musique – car Rousseau est aussi un compositeur – et à la littérature. Il est vrai que, sur le plan philosophique, le Genevois n’a eu de cesse de dénoncer les injustices et de réfléchir aux conditions réelles de la liberté. Marginal dans un XVIIIe siècle français où la foi dans le progrès prévaut, il affirme son caractère ambivalent en décelant au cœur même de l’idéologie des Lumières les causes du malheur de l’humanité : loin de libérer l’humanité, la civilisation risque de l’asservir.
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